La Ceiba est la ville la plus importante de la côte Caraïbe du Honduras. Pas franchement jolie, elle est par contre animée et festive, surtout les weekends.
Centre de la Ceiba un dimanche après-midi
Peu après avoir posé nos sacs à l’hôtel, nous entendons au loin le son inimitable des tambours garífunas. Nous nous approchons : il s’agit d’un meeting politique du parti national. Les robocops de l’entrée nous informent que nous ne pouvons pas passer car seuls les maires de la région peuvent participer à l’événement. Ca sent un peu l’arnaque car juste après nous un campesino entre avec sa machette, son sombrero et ses bottes de cowboy. Mais bon, on ne peut rien y faire, et puis ici, les policiers arborent gilet pare-balles et fusil a pompe, alors on leur dit Monsieur et on obéit. Quelques heures plus tard, Luís, l’ami de Dina originaire de la Ceiba, nous appelle et passe nous voir à l’hôtel. Luís est musicien dans le groupe Black Man’s Soul, un groupe qui se produit tous les ans à Orinocco, la capitale des Garífunas du Nicaragua, lors de l’anniversaire de la fondation du village. Ce groupe a une particularité : tous ses membres ont un statut de diplomate pour services rendus à la nation. Lorsque nous retournons au congrès du parti national avec Luís, étrangement, les policiers nous font des courbettes et nous prient de bien vouloir passer, et de passer une excellente soirée. Hélas le quart d’heure punta est terminé. Mais les petits fours ne sont pas mauvais.
Admirez le cablage... pas facile de s'y retrouver
A part cela, rien de bien folichon à la Ceiba et si nous avons passé une semaine en ville c’était surtout pour régler un petit problème avec ma banque. Une fois le problème réglé, nous avons mis le cap sur Roatán, un des lieux phares pour le tourisme au Honduras. Il faut dire que jusque là, nous n’avons pas vu des hordes de touristes depuis Bluefields. A Roatán nous nous dirigeons directement vers West End, le village touristique par excellence : un genre de Little Corn Island en plus grand, avec plus de touristes et moins de locaux.
West End
Ce qui est chouette à Roatán, c’est la plongée. Comme je ne peux pas faire de plongée avec bouteilles, je me contente de faire du masque et tuba depuis la plage, et c’est déjà fantastique. Par rapport à Little Corn Island, la barrière de corail est plus rapprochée de la cote. Nul besoin de nager pendant une demi-heure, le récif commence à 10 mètres de la plage. Et les coraux sont extraordinaires : de toutes les tailles, toutes les formes et toutes les couleurs imaginables. Il y a des pics, des cavernes dans lesquelles on peut passer et ressortir de l’autre cote, etc. Je repense à Phil, un copain anglais qui a travaillé à blueEnergy et qui me disait que les Caraïbes ne valent rien pour la plongée… le vieux blasé. J’ai côtoyé des tortues pas farouches, des raies aigles nageant en couple, des poissons très étranges. Comme Dina ne fait pas de nage avec masque et tuba, on a fait un tour dans un bateau à fond de verre, ce qui m’a permis de prendre des photos. Loin d’être effrayés par le bruit du moteur, les poissons s’approchent et nous regardent par la vitre. Sympa.
Apres avoir passe deux jours sur la plage à se reposer de tant voyager (oui, c’est fatiguant), nous nous dirigeons vers le village garífuna de Punta Gorda, toujours sur Roatán. Or, Roatán est l’île par où la culture Garífuna est arrivée en Amérique Centrale, en provenance de l’île de Saint Vincent dans les Antilles. Donc j’espère trouver à Punta Gorda une sérieuse culture Garifuna. Et je n’ai pas été déçu, entre la délicieuse Machuca que j’ai mangée (poisson cuit dans du lait de coco accompagne d’une purée de plantains murs) et les deux jours de punta endiablée, cela valait le coup.
Punta Gorda
Il est temps de parler un peu des musiques et danses garífunas qui sont absolument extraordinaires. Le groupe garífuna traditionnel est composé de : tambours, maracas, carapace de tortue et conque. Les tambours sont de deux types : le large segundo donne le rythme de base grâce a un son grave ; le primero dispose souvent de deux fils métalliques en travers de la peau d’animal, lui conférant une sonorité aigue et légèrement métallique. Le joueur de primero est un musicien plus expérimenté ou talentueux qui prend plus de liberté pour improviser. Les maracas sont en calebasse remplies de petites billes. La carapace de tortue provient d’une tortue de rivière (la carapace est plus dure que celle des tortues de mer) frappée avec une baguette de batterie. Enfin la conque ou coquillage est un instrument à vent à deux tons rappelant le cor. Elle intervient par intermittence durant les chansons, apportant un coté énergique qui euphorise les danseurs. De nos jours, une guitare s’ajoute souvent aux instruments traditionnels et le chant est plus saccadé : c’est le style punta rock.
Il existe de nombreux types de danses garífunas. La plus courante est la punta. C’est une danse qui se pratique lors des velorios, lorsqu’une personne est décédée. Les versions diffèrent quant à la raison pour laquelle on danse lors d’un velorio ; a priori cela a quelque chose à voir avec les esprits. Nous avons eu la chance de voir un velorio à Tornabé mais n’avons pas osé entrer dans la maison (il parait qu’on aurait pu, mais ca fait bizarre de rentrer chez des inconnus en deuil). Mais la punta n’est pas dansée que lors des velorios et les amateurs de danse profitent de la moindre occasion pour montrer leurs mouvements.
Une petite vidéo de punta (cliquez sur le lien).
Jeune danseuse de Punta Gorda
Parmi les nombreuses autres danses garífunas, la plus spectaculaire est sans conteste le Wanaragua. A l’origine les Garífunas sur l’île de Saint Vincent étaient en conflit avec les rosbifs. Or, ils savaient que les anglais n’attaquaient pas les femmes. Ils eurent donc l’idée de tous se déguiser en big mama, avec des masques, des chapeaux, des gros seins et des grosses fesses (bon, j’en rajoute par rapport aux livres d’histoire) allant jusqu'à porter des gants pour se couvrir les mains. Ainsi, lorsque les anglais arrivèrent pour se battre, ils ne trouvèrent que des femmes dans le village. Désorientés, ils constituèrent des victimes faciles lorsque ces prétendues femmes se mirent à les tabasser. Depuis, les Garífunas célèbrent cette victoire sur les stupides rosbifs par le Wanaragua, la danse guerrière.
Vidéo de Wanaragua par Black Men’s Soul (Luís est un des deux personnages qui sautent dans tous les sens, China est la femme en rouge qui chante).
Mais revenons à Roatán. Le groupe la Amistad qui jouait a disposé un pot dans lequel les spectatrices et spectateurs de 3 à 80 ans pouvaient laisser une petite contribution. En général, ils en profitaient pour montrer leurs talents de danseurs. Ceux qui ne savent pas danser comme ceux dont le style est le plus extravagant déclenchent d’immenses éclats de rire.
La Amistad
Sur le bateau qui nous ramène vers le continent, nous tombons sur le guitariste et un des percussionnistes de la Amistad, en route vers Dangriga au Belize ou ils se produiront durant deux petites semaines. Je leur demande s’ils connaissent China, la danseuse de Triunfo de la Cruz. Effectivement, ils la connaissent et elle va danser avec eux au Belize. Comme nous aimerions bien voir danser China et que nous allons passer au Belize, peut-être que nous les reverrons là-bas… En attendant, nous allons vers la Moskitia à l’est de la cote caraïbe du Honduras.

Je sais, ca fait cliché
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