Partager l'article ! Réussites et difficultés du Programme Eau, Hygiène, Assainissement de bE: Avertissement : cet article peut paraître technique, voire incompr ...
Avertissement : cet article peut paraître technique, voire incompréhensible à certains.
La fin de mon contrat avec blueEnergy approche et je m’aperçois que je n’ai jamais pris le temps de parler des projets sur lesquels j’ai travaillé cette deuxième année, mis à part le mini projet
à Kahkabila (le plus rigolo à raconter, vu qu’il se passe dans une communauté). Mais vous pourriez penser que j’ai passé l’année à boire du rhum sous les cocotiers et à crapahuter dans la jungle.
Et bien, non ! Pas du tout : j’ai même eu une année plutôt démente au niveau boulot. Je vais commencer par parler technique, et je ferai un effort pour ne pas attendre trois mois avant de parler
du reste. Un peu de contexte tout d’abord : la région Île-de-France et la Guilde Européenne du Raid – l’organisme qui gère les Volontaires de Solidarité Internationale (moi) – ont approuvé le
financement d’un projet pour 30 puits baptistes et 100 filtres de biosable. Les versements ont été effectués en mars 2011. Du pain sur la planche en perspective… surtout que le mois suivant, un
donateur anonyme a décidé de financer 100 filtres de biosable additionnels. Et nous avons également scellé un accord avec l’organisation See Your Impact qui permet à des particuliers de financer
un filtre pour 65$ et de recevoir une photo de la famille en bénéficiant, avec une courte histoire expliquant l’impact qu’a eu ce filtre sur la famille. Un moyen pour les petits donateurs de
savoir exactement à quoi sert leur argent.
Ca fait donc beaucoup de filtres, tout ça. Nous avons donc profondément remodelé la partie « eau » de l’atelier de blueEnergy. Grâce à Ronald, chef de l’atelier, les innovations suivantes ont été
mises en œuvre (les liens pointent vers des vidéos permettant de se faire une idée plus précise) :
La bétonnière permet aussi de laver le sable plus rapidement
La prochaine amélioration, prévue pour la semaine prochaine quand il y aura de l'argent : construction de compartiments pour stocker le sable
et ainsi gagner de l’espace et améliorer l’aspect de l’atelier.
Un filtre de biosable en 2010
Un filtre de biosable, version 2011. Notez le "nez" différent : cela permet d'avoir une sortie plus haute, donc plus d'eau en permanence dans le filtre, donc un temps de rétention plus long, d'où une meilleure élimination des virus
Quant aux puits, le suivi des ouvrages pilotes installés l’an dernier et des premières perforations réalisées cette année a fait apparaître quelques faiblesses :
Alors ni une ni deux, une formation interne a été organisée par Agathe, une volontaire française qui est restée quelques mois, et dont le boulot avant de venir à Bluefields était de perforer des puits, mais avec des machines industrielles (ça tombait bien, quand même). Les techniciens qui perforent les puits et moi, avons donc appris les bases rudimentaires de géologie et d’hydrogéologie pour résoudre le problème du rechargement des puits et apprendre à mieux choisir les emplacements de perforation. Des solutions techniques ont aussi été décidées et sont depuis mises en place :
Un puits baptiste en 2010
Le même puits baptiste, amélioré
Cette fructueuse année 2011 nous a aussi permis d’acquérir un kit de terrain pour effectuer des analyses de l’eau, dans le cadre d’un projet d’évaluation de l’impact social et technique des filtres de biosable. Un de nos financeurs réguliers de projets, la fondation américaine Meal a Day, veut savoir si les filtres de biosable ont réellement l’impact prévu en théorie. Nous collectons donc un maximum de données sur les familles et sur leur filtre, analysons la qualité de l’eau et essayons de corréler les données entre elles. Tout cela nous permettra de :
Le kit d’analyse est un Potakit de marque Wagtech. Il permet d’effectuer trois types d’analyses :
Mes collègues Vladimir et Jayne effectuant des analyses d'eau
Les analyses biologiques sont les plus importantes puisqu’elles révèlent les risques de maladies transmises par des bactéries, les virus, helminthes, vers, etc. Nous avons pour l’instant un souci avec ces analyses biologiques, dont les résultats ne sont pas cohérents. Cela fait maintenant quelques semaines que nous avons ce problème et Jayne, la volontaire australienne qui travaille quasiment à plein temps sur ce projet, nous quitte début février. J’espère que le problème sera réglé d’ici là. Comme ça je pourrai organiser le prochain voyage à Kahkabila, puisque ce projet étudiera les filtres installés non seulement à Bluefields, mais aussi à Monkey Point, et Kahkabila.
Enfin, nous avons construit notre première latrine en 2011 : une latrine solaire. C’est un type de latrine sèche à compost, dont l’originalité est d’avoir une plaque de métal peinte en noir sous
laquelle les excréments sont stockés durant environ 3 mois, temps théoriquement nécessaire à leur transformation en compost et à l’élimination des bactéries pathogènes. Le problème est que
contrairement aux liquides, il est très compliqué d’analyser les matières solides pour s’en assurer. L’urine est envoyée vers une fosse d’infiltration afin de faciliter le séchage des
excréments. Ce modèle de latrine est intéressant mais la température dans la notre durant le long hiver qui tarde à en finir n’a pas atteint des valeurs très élevées. Il est donc possible que
certains pathogènes ne soient pas correctement éliminés et un risque (faible mais non nul) pour la santé lors de la manipulation du compost. La solution la plus simple pour s’assurer de la
destruction des pathogènes est d’augmenter le temps de rétention des excréments. Cependant, pour les futurs projets nous allons privilégier un modèle de latrines plus commun : la latrine sèche de
double fosse. Ce modèle n’est pas dépendant du climat, et il a largement été implémenté par des grandes organisations de développement / humanitaires en Amérique Centrale et ailleurs.
Notre latrine solaire en construction
Tout n'est donc pas parfait pour ce programme Eau et Assainissement, mais tout va clairement en s'améliorant et j'ai bon espoir que les choses continuent à aller de l'avant. J'espère juste que blueEnergy me trouvera rapidement un remplaçant qui mettra toute son énergie au service de ce boulot passionnant. Pour ma part je pense avoir bien mérité le droit de prendre quelques vacances...
Voilà, pour ceux que ça intéresse et qui n’ont pas compris grand-chose, je me ferai un plaisir de répondre à vos questions (pour l’interro écrite à mon retour). Le prochain article traitera de la partie sociale, autrement dit comment s’assurer que ces technologies sont utilisées à bon escient et par ceux qui en ont vraiment besoin.
Bénéficiaires de filtres en 2009 : pas très contents...
Bénéficiaires de filtres en 2011 : contents !
Avez-vous un réseau d'ONG ou d'organismes qui travaillent sur l'assainissement avec lesquels vous pourriez synerger?
Merci pour cet article intéressant et doumenté.
Oui, notamment CAWST (http://www.cawst.org/), qui a développé le filtre de biosable et le programme de formation aux promoteurs de santé ; Fadcanic, la fondation pour l'autonomie et le développement de la côte caraïbe du Nicaragua, Funcos, la fondation pour les récoltes durables, El Porvenir et Agua Para La Vida, deux ONGs nicaraguayennes qui travaillent dans le domaine de l'eau.
Je souhaite donner 65$ pour financer un filtre et tant pis si je n'ai pas la photo...
Deux possibilités : soit aller sur le site de See Your Impact http://seeyourimpact.org/give/#tags=clean-water et faire ton don. Le "problème" c'est que les filtres trouvent financeurs plus vite que nous les construisons donc en général il n'y a pas de filtre à financer sur le site.
Autre otpion, donner à blueEnergy via le lien sur mon blog, mais tu n'as pas la garantie que l'argent serve directement à financer un filtre...