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La Pointe aux Singes… depuis le temps que j’en rêvais, blueEnergy m’y a envoyé. Je dois ce premier vrai déplacement professionnel à l’insistance d’Esteban, un copain argentin qui est depuis retourné à Buenos Aires. Il avait milité pour que je sois inclus dans ce déplacement, alors Esteban si jamais tu lis ces lignes, merci ! (Note : il parle français, pour ceux qui se diraient qu’il y a un truc qui cloche).
Bref, j’ai pris place à bord de la panga (je ne vais pas réexpliquer à chaque fois ce que c’est, d’accord ?) sauf que cette fois c’était sur la mer des Caraïbes et non sur un paisible río ou la polluée mais inoffensive lagune de Bluefields. Si tu te dis que la mer des Caraïbes sert seulement à barboter avec un masque et un tuba, sache qu’il y avait au retour des creux de 2 mètres ; quand tu te les prends en panga, tu morfles, surtout quand tu es assis au premier rang. Gare aux bijoux de famille !
Enfin bon, nous sommes quand même arrivés vivants à Monkey Point. Je ne sais pas pourquoi la communauté porte ce nom, moi je l’aurais appelée Mango Point parce que des singes je n’en ai ni vu ni entendu. Alors que des manguiers, il y en a absolument partout : le bonheur !
A part manger des mangues, j’avais une autre mission : faire le suivi des filtres à eau précédemment installés. C’était surtout un prétexte pour visiter la communauté et commencer à connaître ses habitants, faire en sorte de bâtir une relation de confiance avec eux. C’est en effet à Monkey Point (dorénavant ce sera MP) que devrait se dérouler mon grand projet d’eau et assainissement.
Les visites de filtres ont tout de même débouché sur leur petit lot de satisfactions pour moi. Une femme m’a dit que ses enfants, qui avaient des diarrhées fréquentes avant qu’ils ne reçoivent le filtre, se portent maintenant comme des charmes. Il paraît qu’ils ne veulent plus boire d’eau non filtrée, et ce n’est pas plus mal. Il y avait aussi cette maison dans la jungle dont la propriétaire a apporté un seau d’eau couleur marron : avant elle la buvait telle quelle, maintenant, elle est très contente d’avoir un filtre qui la rende transparente. Je ne suis pas sûr qu’elle sache que l’eau non filtrée présente surtout des risques pour la santé en raison du nombre incalculable d’organismes pathogènes qui peuvent s’y trouver ; le principal est qu’elle utilise son filtre.
J’ai également profité du voyage pour en savoir plus sur leurs pratiques en matière d’assainissement. Le projet prévoit en première phase la construction de latrines individuelles et publiques dans la communauté, il faut donc savoir quel système est le plus approprié. Pour l’instant j’ai juste tâté un petit peu le terrain, mais c’est un thème que les gens n’aiment pas aborder, particulièrement avec un inconnu. Les premières impressions sont cependant que l’idée de latrines sèches est relativement bien acceptée et que ceux qui en ont en sont satisfaits (mais nous allons en construire des archement mieux).
Mais un voyage à MP, c’est pleins d’autres choses également. Les bains de mer face au soleil couchant. Le riz – haricots rouges trois fois par jour. Les nuits dans un hamac d’où l’on peut regarder les étoiles en s’endormant. Boire l’eau d’une noix de coco en regardant la mer à 270 degrés. Assister à une réunion en espagnol durant laquelle les créoles se mettent à parler anglais quand ils s’énervent. Les tortillas de blé cuites à l’étouffée : une tuerie. Et j’en oublie. Vivement la prochaine fois.