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Suite du projet pour la banque mondiale : la communauté Corn River. Pourquoi « Corn River » et pas « Río Maíz », puisque c’est comme cela que l’état nicaraguayen appelle officiellement la communauté ? Et bien tout simplement parce que Corn River est une communauté créole ; la majorité de ses habitants parle anglais et c’est donc ainsi qu’ils nomment leur communauté.
J’ai donc passé une semaine entière dans cette communauté du fleuve de maïs, pour faire le même travail que précédemment à Tiktik Kaanu : étude des points d’eau et rapide bilan des bâtiments communaux en vue de possible projets d’eau potable et d’énergies renouvelables.
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Je pense que Corn River est la plus belle communauté que j’aie vue au Nicaragua ; allez, disons ex-æquo avec Monkey Point qui est située sur un site exceptionnel. Corn River, c’est à la fois la mer et le fleuve ; les cocotiers et la jungle ; l’eau chaude et salée cherchant à vaincre l’eau douce et fraîche à chaque marée montante avant de se faire repousser.
Toutes les maisons sont en bois avec toit de palme. Pas de zinc troué et rouillé ici. Jusqu’à quand ? Les habitants sont satisfaits de leurs maisons ainsi, et ils ont raison : la palme conserve une température agréable. Par contre, ils ne seraient pas contre quelques bâtiments communaux en zinc et béton, car ces matériaux durent plus longtemps.
Pour l’instant, seule la caserne des militaires a son toit de zinc. « A quoi servent ces militaires dans une communauté perdue d’une centaine d’habitants ? », me demanderez-vous. Et bien la côte Est du Nicaragua étant idéalement située sur la route entre la Colombie et les Etats-Unis, le narcotrafic est omniprésent ici. Parfois, les pangas qui voyagent de Colombie aux Etats-Unis terminent dans cet état.
Ici, pas de « millionnaire » ou de « Tak o tak ». La loterie nationale consiste à se balader sur la plage. C’est bien, cela ne coûte pas cher. Pas d’histoires de vendredi 13 ou de vaudou ; simplement, on joue de préférence les jours où souffle le vent du large. En effet, lorsque les pangas colombiennes sont prises en chasse par la marine nica, elles balancent leur chargement par-dessus bord, de manière à échapper à leurs poursuivants. Et c’est pour qui le bingo ? Pour les habitants des communautés côtières, comme Corn River.
A part jouer à la loterie colombienne, l’activité principale à Corn River est la pêche : requins, raies et plein de poissons dont je ne connais pas le nom en français. La majeure partie est pour la consommation dans la communauté, mais certains disposent d’un gros moteur qui leur permet de vendre la poiscaille à Greytown, la ville la plus proche. Les ailes de requins se vendent à un prix exorbitant, au contraire de la chair.
A propos de requin, il m’est arrivé une drôle de mésaventure… En espagnol, requin se dit tiburón. Or comme les gens n’arrivent jamais à prononcer mon prénom, je dis souvent « Thibaut, comme tiburón » pour les aider (il faut croire que l'enchainement de ces deux syllabes est d’une complexité extrême). Or je viens d’apprendre qu’en argot bluefileño, tiburón signifie homosexuel ! Donc je passais mes coups de fils professionnels en me présentant d’une manière qui pourrait se traduire par : « Bonjour, je suis Thibaut comme tarlouse… ». La grande classe ! En plus j’ai déjà dû le sortir aussi à la Cima ou au 4 Brothers. Donc pas mal de filles avec qui j’ai dansé doivent se dire que je suis gay... Bon, la vie continue ; mais je vais peut être vous laisser et aller à la Cima pour rétablir la vérité…