« Choisissez un travail qui vous plaît et vous n'aurez pas à travailler
un seul jour de votre vie »
Confucius
« Choisissez un travail qui vous plaît et vous n'aurez pas à travailler
un seul jour de votre vie »
Confucius
Bon allez, hop ! Un petit mot pour les rares perdus qui passent encore par là
En revenant de vacances en France au mois d’août, j’ai retrouvé mon projet d’eau potable tel que je l’avais laissé, sauf qu’il fallait que je le termine en un mois, avant la visite des financeurs (qui n’étaient pas au courant qu’on n’avait toujours pas commencé, ni que les sous qu’ils avaient prêtés à FEDETA avaient servi à payer bien d’autres choses que le matériel du projet).
Je vous rappelle que je n’avais jamais fait de projet de ce genre et que ma formation ne m’y avait pas franchement préparé non plus, tout ce que je savais, c’est de la théorie que j’ai apprise dans des bouqins ou en parlant avec d’autre ingénieurs qui bossent dans la coopération. Heureusement pour m’aider dans cette lourde tâche je partis avec 2 macons (désolé pour la cédille) expérimentés.
Le bus nous avons pris, j’me souviens, un mardi, soir, de Quito, pour arriver 15 heures plus tard à Lago Ágrio, une ville de la jungle. D’ordinaire, le trajet (moins de 200 km à vol d’oiseau) s’effectue en 8 heures mais là, un pont avait lâché et nous a obligés à effectuer un détour assez important.
Le lendemain, on achète le matériel pour construire le réservoir d’eau : ciment, ferraille, outils. Les accessoires de tuyauterie viendront plus tard, les collègues s’en occupent depuis Quito. On loue un camion pour transporter tout ca jusqu’à
San Pablo : 3 heures de camion, moi à l’arrière avec le chargement, puis la traversée du fleuve en barque.
Jusque là, tout va bien, mais le jeudi les choses se gâtent légèrement. Au lieu de la communauté toute entière, ce sont 7 types peu motivés qui viennent à la réunion. Pas facile de leur expliquer qu’il faut travailler pour construire le réservoir et installer la tuyauterie. Je leur dis que les macons ont besoin de 5 personnes fixes pour travailler avec eux tous les jours, du coup ils veulent être payés. Ca commence à m’agacer, c’te histoire.
Pour transporter le matériel depuis l’autre rive, la participation est bien là, par contre quand je leur dis de revenir l’après-midi pour commencer la construction du réservoir, personne. Les compagnies pétrolières de la zone, qui ont fait énormément de dégâts environnementaux, font souvent des projets de développement dans les communautés pour éviter des procès qui leur coûteraient beaucoup plus cher. Dans ce cas, ils embauchent de la main d’oeuvre dans les communautés et les payent très bien. Pendant que je faisais mon projet, « la » compagnie construisait la route sortira la communauté de son relatif isolement. Pour couper des arbres, les habitants de la communauté sont payés 100 US$ par jour. En 2 jours ils gagnent l’équivalent d’un mois de SMIC... Après, les ouvriers de la compagnie viennent avec leurs gros engins de chantier et se foutent un peu de toi qui fais creuser des tranchées à la pelle et à la pioche.
Le site du futur réservoir dans la brume matinale
Tout ca pour dire que je n’ai pas recu beaucoup d’aide de la part de la communauté, à tel point que j’ai failli tout remballer et repartir à Quito, quand le président de la communauté m’a dit que non, ils ne s’étaient jamais engagés à fournir gratuitement la main d’oeuvre, et que de toute facon on n’a rien signé, et qu’est-ce-que vous croyez, qu’on travaille gratuitement, faut pas nous prendre pour des imbéciles, etc. Mais finalement, le vice-président a parlementé avec mon chef et s’est engagé à fournir la main d’oeuvre nécessaire. Alors je suis resté, et, évidemment, rien n’a changé.
Heureusement qu’il était là d’ailleurs, le vice-président, avec 2 ou 3 autres motivés parce que sinon on n’aurait jamais terminé ce projet (oups j’ai vendu le suspense).
Le réservoir terminé
Mais bon, malgré le peu d’aide on a construit notre réservoir en 2 semaines. Jusque là on était presque dans les temps, mais comme la tuyauterie n’était toujours pas arrivée, c’est la qu’on a pris un peu de retard. En plus les gens de la communauté ne voulaient pas creuser les tranchées tant que les tuyaux n’étaient pas arrivés parce qu’avec la pluie, elles allaient se boucher, ce en quoi ils n’avaient pas tort.
Par contre, quand les tuyaux sont arrivés, ils se sont vraiment motivés pour creuser. Enfin, la partie qui va à leur maison parce que les parties communes du réseau de distribution, c’était une autre histoire. Les accessoires sont arrivés au compte-gouttes, c’est-à-dire que les tuyaux étaient parfaitement placés dans les tranchées mais qu’il manquait toujours un coude, ou un T, ou une vanne pour pouvoir reboucher.
Finalement le dernier colis d’accessoires a été le bon et on a pu reboucher les tranchées, remplir le réservoir et ouvrir les robinets dans les maisons. Après ca, je n’ai pas eu envie de m’éterniser, un peu de fraicheur, une douche chaude et un bon lit m’attendaient à Quito, enfin, après une douzaine d’heures de voyage.
Une chose qui ne me manque pas depuis que je suis revenu, c’est la bouffe : riz au p’tit déj, riz au déjeuner et riz au dîner, avec souvent une soupe au riz en plus... Et quand la soupe n’est pas au riz elle est aux patates ou aux nouilles. Au bout d’un mois, ca lasse.
Donc ce projet a été assez galère du fait du manque de coopération de la communauté et des difficultés à recevoir les accessoires de PVC. Je pense que c’était un bon test personnel parce que malgré tout je l’ai mené à bout mais j’éspère que les projets suivants seront plus faciles à gérer. En tout cas j’ai énormément appris, et c’est ce que je vais en retenir...
Au fait, je vais mettre quelques photos supplémentaires de ce projet dans un répertoire san-pablo
L’Isla Puná est une île dans le golfe de Guayaquil. Pour son malheur, on y a découvert des réserves gaz naturel qui méritent d´être exploitées. L’Equateur n’ayant pas la capacité de le faire, c’est une entreprise vénézuélienne, PDVSA, qui va s’en charger.
Afin de gérer les réticences, bien naturelles à mon avis, des habitants des nombreuses communautés de l’île, qui craignent des dommages écologiques collatéraux, PDVSA et le gouvernement équatorien ont décidé de lancer des projets de développement dans ce coin oublié depuis toujours. « Detruisez notre environnement, tant qu’on a l’électricité on s’en fout ». Je me moque mais je comprend leurs attentes, et puis pour moi c’est l’occasion d’aller découvrir cette île, je ne vais pas m’en plaindre.
Avec Kai et Mario comme d’habitude, je prend pour la première fois l’avion en ligne intérieure. Décollage de Quito à 7h45, arrivée à Guayaquil à 8h15. Même pas sûr que le voyant « attachez vos ceintures » ait eu le temps de s’éteindre...
Le Cotopaxi
Le Chimborazo
Ensuite, 3 heures de bus pour faire les 50 kilomètres restants jusqu’à Posorja, village du continent le plus proche de l’île, et le plus loin de tout le reste. Nous louons un bateau et son conducteur pour faire les quelques kilomètres restants en 1h30.
Pour me rendre à mon boulot, alors je prends le bateau...
Arrivés à la communauté de Puerto Chojón, on se rend compte que personne ne nous attend. On n’était pas trop sûr que quelqu’un ait transmis le message. Au lieu de la magnifique plage de sable blanc espérée, c’est une immense étendue de vase qui nous attend. Mario s’y vautre lamentablement et se coupe avec les coquillages qui la parsèment. Toute la communauté, qui vit sur la plage même, est morte de rire.
Puerto
Chojón
Nous allons nous présenter à ce qui semble être la maison principale. Ils n’ont jamais entendu parler de panneaux solaires. A vrai dire, ils ont du mal à croire qu’on puisse produire de l’électricité sans générateur diésel. Dans cette maison vivent les parents avec leurs 5 enfants, dont 2 trisomiques.
On nous offre de planter la tente dans le jardin de chez Nelly, à 5 mètres de la mer à marée haute. Elle se révèle une cuisinière hors pair (on a déniché des coquillages pour qu’elle nous prépare un ceviche). Nous demandons aux habitants de passer le mot pour que toute la communauté soit présente le lendemain à la réunion de sociabilisation que nous allons tenir.
La maison de Nelly
Cette réunion consiste à nous présenter et à pousser les habitants à faire de même afin d’instaurer un climat de confiance, puis à présenter le projet. La communauté décide d’un tarif mensuel pour le remplacement des batteries (ici 5$) et du montant des amendes (2$). On signe les papiers et voilà. Ca dure quand même 5 heures.
Après, on fait le tour des maisons pour relever les coordonnées GPS et voir un peu l’état général de la communauté.
On s’apercoit que des membres de la communauté voisine sont venus à la réunion pour tenter de gratter des systèmes. Après avoir démasqué les imposteurs, nous continuons notre tour, et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Certaines familles vivent dans des conditions hallucinantes : 11 dans une maison de 20 m2 avec un toit en morceaux, les porcs qui gambadent tranquillement dans la pièce unique, les déchets jetés à même le sol, un élevage de pigeons dans un coin... Je commence à me demander si c’est bien d’électricité dont ils ont besoin.
Au niveau de l’éducation, l’école a fermé par manque de professeur il y a 5 ans et les gamins courent dans les pattes de leurs parents toute la journée. Il n’y a pas d’accès à l’eau potable. Il n’y a aucun service de santé, rares sont ceux qui ont toutes leurs dents. Le taux de consanguinité est important : 20 familles, 3 ou 4 noms différents. Il n’y a aucune organisation (pas de président, pas de réunions, rien)
Certes, l’électricité va améliorer leurs conditions de vie car :
elle va permettre des économies de combustible pour ceux qui ont un groupe électrogène, et de bougies, de piles et de recharge de batteries
elle va permettre de supprimer le bruit des groupes électrogènes et la pollution associée
Mais quand même, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ont des besoins plus pressants. Enfin, ce n’est pas nous qui choisissons les communautés à électrifier.
Le lendemain, nous nous rendons à une autre communauté de l’île, la Aguada. Le président et le vice-président viennent nous chercher en bateau. Là, la communauté nous attendait et tout le monde est prêt pour la réunion. Les gens nous montrent bien qu’ils attendent de l’aide au développement et nous recoivent très bien. Hélas nous devons déjà repartir à Quito, avec un carton de Chirimoya, Guanábana (fruits tropicaux) et de miel offert. Je n’aurai d’ailleurs pas dû manger autant de Chirimoya avant le voyage en bus, mais heureusement au moment où ca devenait critique au niveau de mon estomac, le bus s’est arrêté dans un village et j’ai pu descendre 2 minutes...
On ne s'étonnerait pas franchement de voir sortir 2 ou 3 corsaires, la lame entre les dents, hein ?
De retour à Guayaquil, changement de monde avec le terminal de bus et l’aéroport ultra-modernes. On faisait un peu tâche dans le décor, en short, tout crados (pas lavés depuis 3 jours) avec nos chirimoyas à la main, au milieu des costard-cravates., mais le retour s’est bien passé.
Pour plus de photos, jette un oeil sur l'album Isla Puná.
A plus
En route !
Avec ca d'eau ca risque pas de
tourner...
Hélas, les communautés de
l'Amazonie tendent à ressembler à ca
Mario en fâcheuse
posture
Nicolas le technicien de la
communauté allume la machine...
Youpi, ca marche
Une maison et son système
photovoltaïque
A la retraite je m'installe
ici
De retour de baignade
Avec mon copain JoelQuand il y en a marre de la pluie à Quito, hop ! un petit coup de bus et c’est le soleil de la plage. Au programme, 3 jours a se baigner, manger des fruits de mers et buller dans un hamac en regardant la mer, c’est pas nouveau mais on ne s'en lasse pas.
Je retrouve vendredi matin sur la plage de Súa Virginie et Gwen, 2 belges qui ont passé quelques jours à la maison. On passe la journée à Súa, c’est sympa mais on décide d’aller dormir à Same, le village à côté. J’y étais déjà passé il y a 3 ans et c’est vraiment chouette. On arrive à la maison d’un espagnol qui a fui la guerre civile de son pays pour se la couler douce sur la Costa equatorienne. Comme je suis un client fidèle (2 visites en 3 ans), il nous baisse le prix de plus de 50% et je retrouve ma petite cabane sur la plage avec hamac.
Le samedi, on part à Mompiche, une des plus belles plages de l’Equateur. Ce qui est génial sur la côte c’est que des vendeurs de nourriture montent à chaque arrêt et c’est l’occasion de goûter plein de bonnes choses pour 3 fois rien. Et quand il n’y a pas de bus, on fait du stop, on n’attend jamais plus de 10 minutes pour se retrouver cheveux au vent à l’arrière d’une camionnette. Ce qui fait que les transports sont aussi rigolos que les séjours, finalement.
Sur la plage de Mompiche nous allons boire quelques cocktails dans un petit bar. Virginie veut acheter des clopes et le barman lui propose de l’emmener avec sa voiture, Du coup il me confie le bar ! Première chose, je change le son et je met du Manu Chao au taquet. Ensuite je sers un Cuba Libre à Gwen et nous faisons connaissance avec un petit groupe attiré par la bonne musique. Virginie et le rastaman du bar reviennent et ce dernier m’apprend à servir le Cuba Libre de manière à arnaquer le client (que de la glace, ils font ca partout). Pas grave, c’est gratuit !
Apres, nous allons avec le petit groupe faire un feu sur la plage et discutter du programme du lendemain en jouant de la gratte. On ira pêcher, pourquoi pas.
Le lendemain apres un réveil tardif les voisins viennent nous chercher pour la pêche. Comme Vi et Gwen ne sont pas prêtes on convient de les retrouver à la Playa Negra. 3 heures après (...) on débarque à la Playa Negra, ils ne sont plus là mais la plage de sable noir est impressionante, totalement vierge, déserte et presque propre, ce qui est agréable. Le coin n’est pas génial pour pêcher, parait-il, parce qu’il y a trop de vagues, alors nous prenons nos cliques et nos claques et débarquons sur une petite crique toute déserte, faudrait que vous voyez les photos mais j’avais pas mon appareil. Quand les filles repassent à Quito j’essaierai d’en ajouter.
De retour à Mompiche je demande au chauffeur du bus qui attend là à quelle heure il repart. Demain ! D’accord. Pas grave, je vais faire du stop, il y a sûrement plein de gens qui repartent à Quito ou à Atacames. Et ba non ! Encore raté. Du coup je vais passer une nouvelle nuit à Mompiche. Je repars le lundi de bon matin pour une journée dans le bus.
A part ca au boulot tout va bien. Après deux semaines un peu trop calmes, j’ai de nouveau des trucs à faire. En effet il y a une situation d’urgence humanitaire à gérer. Il y a eu une rupture de l’oleoduc qui va de la jungle à Quito et le Río qui fournissait 3 communautés en eau est pollué. Ca arrive tout le temps ici et c’est nous qu’on appelle pour limiter les dégâts. Résultat, l’OCP (Organismo de Crudos Pesados) va payer pour 3 stations de pompage et traitement de l’eau portables, et nous répondons à l’appel d’offre. La situation est triste mais le boulot intéressant, c’est la première fois qu’on se lance dans l’humanitaire et je prend contact avec quelques ONG en Amérique Latine qui connaissent le sujet. A priori, on s’oriente vers une offre pour un système américain tout intégré : pompage et traitement de l’eau, et énergie solaire photovoltaïque,le tout monté sur une remorque.
Autre nouveauté, j’ai rencontré une prof d’une université (la Metropolitana) à qui j’ai raconté mon boulot, et elle s’est avérée très intéressée, du coup elle est venue à FEDETA pour signer un
accord de coopération.
Sinon, il semble que l’on s’apprête à développer une activité de formation sur nos métiers. Je suivrais donc une formation pour être formateur et enseigner ce que je fais à des jeunes. Et là où ca se goupille bien, c’est que ces jeunes pourraient être les étudiants de la Metropolitana. Du coup, pour moi ca me permettrait d’acquérir une compétence intéressante et pour FEDETA ca ferait une source de revenu pour être plus à l’aise au niveau des projets.
Autre bonne nouvelle : il semble qu’une entreprise pétrolière vénézuelienne qui a obtenu l’autorisation d’exploiter les réserves pétrolières de l’Isla Puná, dans le golfe de Guayaquil, nous demande de réaliser l’électrification photovoltaïque et la distribution de l’eau dans 2 communautés de l’île. On pourra discutter de l’intérêt de ce genre de projets qui consiste à laver les mains et la conscience des entreprises pétrolières, mais au final le pétrole sera de toute facon exploité alors autant profiter de l’argent pour aider les communautés de la zone. Enfin, je vois ca comme ca mais je suis à l’écoute de vos avis. Ce qui est chouette c’est que je vais normalement aller travailler sur cette île, ce qui ne devrait pas être désagréable.
Enfin, l’ami Hamilton (le rugbyman, qui bosse pour le projet de complexe touristique à Oyacachi) va signer le contrat dans les jours qui viennent (c’est moi qui l’ai traduit en anglais et c’était pas de la tarte) pour l’étude d’une micro centrale hydro-électrique.
Au final, je pense qu’il y aura de quoi faire dans les semaines qui viennent.
Un weekend qui commence en musique avec un concert (assis !) de jazz manouche en hommage à Django. Que des reprises du maître dans une très bonne ambiance. Le guitariste principal est un francais qui vit a Quito depuis 14 ans, mais dommage il n’aura pas le temps de me donner des cours.
Le samedi matin, nous partons avec Amaury, un francais qui vit a la maison depuis 2 semaines, à Lloa pour l’ascension du Pichincha. Dans le style capitaine Haddock, nous attaquons
la montee au taquet, malgre le cagnard et le poids des sacs. Nous ne garderons pas ce rythme bien longtemps... D’en bas, le volcan parait immense et le sommet tellement loin.
Plus la journee avance, plus il fait chaud, plus la pente est raide, et plus l’oxygene se fait rare. On fait quand meme 2000 mètres de denivelé en moins de 5 heures ! Apres 4 heures de montee, nous atteignons sur les rotules le refuge, situe à 4550 m. Après une petite heure de pause, nous repartons pour le premier sommet, le Guagua Pichincha. Ca y est : une pancarte nous indique que nous sommes à 4781 m. En fait c’est de la triche, le veritable sommet est à 4794 m. Mais le chemin pour y aller a l’air un peu dangereux, caché dans les nuages.
Nous redescendons donc sagement au refuge, puis prenons le sentier qui mene au Rucu Pichincha. Nous nous arrêtons au niveau le plus bas de ce sentier, a environ 4200 metres d’altitude, pour camper. Le paysage est magnifique et le petit feu n’est pas désagréable. Pendant la nuit, malgre mes chaussettes, mon pantalon en polaire, mon pull en polaire, mon bonnet, mon sac a viande en soie et mon sac de couchage, j’ai bien froid, Je ne ferme pas l’oeil de la nuit. La tête dans le sac de couchage ou hors du sac ? Dedans j’ai peur de m’etouffer, dehors je suis gelé... le capitaine Haddock me poursuit.
Le lendemain, la lueur est blafarde mais la montre d’Amaury dit 11 heures ! Dehors, surprise : le sol est gelé. Pourtant j’avais déjà campé a 4000 m vers Cuenca mais il n’avait pas fait aussi froid. Nous essayons de demonter la tente (prêtée par FEDETA, impeccable pour les climats chauds type Amazonie) malgré nos doits gelés. Comme nous sommes en plein dans un nuage, on ne voit pas à 10 mètres. Pensant que le téléférique de Quito sera peut être fermé à cause de ce temps pourri, nous ne tentons pas le Rucu et rentrons à Lloa.
Sur la descente, le temps se dégage, le soleil fait son apparition et les paysages sont toujours aussi magnifiques, avec le Cotopaxi en toile de fond et Quito en premier plan.
Arrivés à Quito, il fait une chaleur terrible et en fait on s’apercoit qu’il est midi. La montre d’Amaury avait 4 heures d’avance ! Dommage, on aurait pu attendre un peu que ca se dégage pour faire le Rucu. Ce sera pour la prochaine fois.
Un autre bon plan c’est de monter en vélo au refuge du Guagua. Les courageux pédalent, les fainéants louent une camionnette. La descente doit être un grand moment, je vous raconterai certainement ca dans quelques semaines.
Au fait, les photos ne sont pas de moi, je n’avais pas emmené l’appareil.
Agouti (enfin, je
crois)
Les singes et le toucan
Grrrrrrrrrrrros plein
d'soupe !Le mercredi, visite a la communaute San José del Coca, de l’autre cote du Rio Coca, pour inspecter les hydroliennes. Ce sont en gros des helices comme des eoliennes mais actionnees par le courant du fleuve. Sur les 3 turbines a 3 pales chacunes, il ne reste que 4 pales, les autres etant cassees.
La barge supportant deux turbines
De plus l’un des deux barges sur lesquelles sont installees les turbines est quasiment immergee, donc les boitiers de controle sont pleins de boue. Pour l’instant nous ne faisons que des observations (sous l’oeil d’une bonne trentaine d’habitants de la communaute), nous ferons le rapport en rentrant a Quito. A priori, nous pensons faire fabriquer de nouvelles pales mais plus solides car pour etre legeres, celles-ci sont faites de fibre de verre avec une simple armature de contreplaque. De plus, il faut revoir le systeme qui empeche les turbines de descendre trop profond pour ne pas heurter le fond car il est defectueux sur deux des trois turbine. Il faut aussi repenser le systeme qui empeche les turbines de trop s’approcher de la rive. Enfin, Certainement couper en deux la barge qui accueille deux turbines, placer des rembardes pour empecher que l’on s’en serve comme debarcadere, et interdire l’acces a plus de trois personnes en meme temps. Nous emmenons aussi une des poulies qui est voilee pour la faire reparer a Coca.
Chemin d'acces a la communaute de San José del Coca
La deforestation en images
(pensez-y quand vous mangerez des gateaux a l'huile de palme)
Puerto Gregorio (ici
commence la jungle)
La petite info de la semaine, c’est mon premier deplacement professionnel sur le terrain. Donc jeudi matin, avec mon collegue Kai l’espagnol, nous rencontrons a Quito Hamilton l’americain. Il travaille pour une entreprise qui vise a monter des projets communautaires. C’est a dire que le projet est finance par des fonds americains, et des qu’il est rentabilise, il appartient entierement a la communaute dans laquelle il se trouve.
Hamilton a loue un 4x4 (necessaire) pour nous emmener dans la communaute d’Oyacachi a l’est de Quito, mais toujours dans les montagnes (3200 metres d’altitude). Le projet est de construire un « eco-lodge », c’est a dire des petits cabanons touristiques avec electricite d’origine renouvelable. A priori le projet sera rentabilise en une vingtaine d’annees, ensuite les benefices iront a la communaute. A noter, l’interet d’Oyacachi, ce sont ses sources d’eau naturellement chaude et ses paysages extraordinaires.
Pendant une journee, nous avons donc marche dans le páramo autour d’Oyacachi a la recherche de sites ou l’on pourrait implementer une micro centrale hydro-electrique. Il y a en effet beaucoup de chutes d’eau dans cette vallee. Ensuite, apres avoir choisi deux sites possibles, nous avons releve les coordonnees GPS des differents points qui nous interessent, a savoir la situation de la communaute, de l’endroit d’ou l’on devierait une partie de l’eau de la riviere, de l’endroit ou se trouverait la turbine electrique. Puis nous avons mesure le debit de la riviere.
Comment mesure-t-on le debit d’une riviere ? Et bien tout d’abord il faut savoir ce que signifie technologie appropriee (FEDETA veut dire Federation Equatorienne de Technologie Apropriee). La technologie appropriee c’est faire ce qu’on peut avec ce qu’on a. En Europe j’imagine qu’ils ont des machines super perfectionnees pour mesurer ce genre de choses. Nous, nous avons un baton et un metre pour mesurer la profondeur de la riviere en differents points, et une montre avec chronometre (quand meme !) pour mesurer la vitesse de l’ecoulement. En effet ce qui nous interesse ce n’est pas un chiffre precis mais un ordre de grandeur pour dimensionner la micro-centrale.
Avec ces donnees, on calcule donc le debit de la riviere, et
avec le debit et la hauteur de chute, on peut evaluer la puissance productible.
Nous avons passe le reste de la journee a discutter avec les representants de la communaute et a marcher dans la boue, a s’enfoncer des fois jusqu’au genou, a tracer des chemins sans machette et a manger une bonne truite (specialite du coin). Je ne me plains pas, j’ai adore la journee !
Sur le chemin du retour Hamilton me raconte qu’il joue au rugby a Quito dans une equipe cosmopolite et que tout le monde est bienvenu. Plus que quelques semaines avant la reprise.... Il m’indique aussi le nom de l’unique pub de Quito qui retransmet le tournoi des six nations, avec Irish stew offert s’il-vous-plait ! Il me fallait bien ca pour me consoler de la defaite.
A part ca, les recherches de financement n’ont pas ete vaines puisqu’une entreprise francaise, Groupe Léa Nature, a promis 2000€ pour mon projet. La somme sera versee a Green Empowerment, on verra ce qu’ils me redistribueront...
Salut salut
Cette semaine, pas grand chose d’exceptionnel a raconter, mais je vais essayer d’ecrire un petit mot chaque semaine comme promis.
Je pense de plus en plus a demmenager parce que j’en ai marre d’entendre parler allemand du matin au soir (et la nuit aussi des fois). Ces mecs la sont en Equateur parce qu’en Allemagne, un service civil ou militaire est obligatoire. Alors plutot que de cirer des Rangers et d’apprendre a faire un lit au carre, ils viennent enseigner l’anglais aux mômes des quartiers defvorises de Quito. Mais sans vraiment se passionner pour ce boulot, a mon avis. Le jour ou je suis arrive je discuttais avec l’un d’eux, je lui dis : « Quand tu seras arrive a la fin de ton sejour, tu n’auras pas envie de repartir ». Alors il me regarde d’un drôle d’air (comme si j’avais dit une connerie) et repond : « on verra ». Ce qui pour moi resume bien la chose. Il faut dire que le type se fait envoyer des colis de bouffe d’Allemagne (je ne savais pas qu’on pouvait être accro a la choucroute a ce point) et passe son temps libre a chatter sur internet et a regarder des series americaines. Et quand ils invitent leurs potes a la maison, ba c’est aussi des allemands, gagne ! J’arrete de me defouler sur les allemands, mais je continue a reflechir a un autre plan que j’ai pour habiter dans un endroit pas cher et ou je puisse rencontrer pas mal de voyageurs. La suite au prochain numero.
Jeudi, j’etais tranquilement en train de bosser quand tout a coup, pfiou ! L’ordinateur s’eteint. Je rentre a la maison, d’ou j’ai un assez beau point de vue sur Quito du Nord au Sud. La ville entiere etait plongee dans le noir. Impressionnant de voir une ville de 1.400.000 habitants sans electricite. Plus de feux rouges, des heures d’embouteillage, bref un sacre bazar.
Pour ce qui est du boulot, tout se passe tres bien. Les chefs sont tres contents de l’etude que nous avons faite avec mon collegue espagnol la semaine derniere. Ca consistait a concevoir 3 systemes solaires photovoltaïques pour electrifier une communaute (maisons + ecole), une cabane touristique et un centre de recherche attenants. Le tout aux frais d’une ONG anglaise qui bosse la bas. Le chef a transmis notre proposition a l’ONG et maintenant on va voir s’ils nous confient le projet tel quel, s’il faut le modifier ou si l’idee est abandonnee.
En ce moment je travaille sur la conception d’un systeme de pompage d’eau pour une communaute qui est deja equipee en electricite grace a FEDETA. Il faut savoir que les cours d’eau de l’Amazonie equatorienne sont extremement pollues a cause de l’industrie petroliere. Merci a la compagnie americaine Chevron (ex-Texaco) qui s’est bien servie en brut tout en rejetant tout ce qui ne l’interessait pas dans la nature. Allez voir le site http://www.texacotoxico.com/ si ca vous interesse. Le projet est donc de puiser l’eau dans un puit a 9 metres de profondeur, de l’amener jusqu’a un reservoir a 12 metres de hauteur grace a l’electricite solaire, et de l’acheminer jusqu’aux differentes cabanes de la communaute. Le tout doit couter 10000 US$ maximum (environ 7000€) et beneficier a environ 300 personnes. Le systeme permettra egalement de fabriquer un produit chimique permettant aux familles trop eloignees du centre du village de traiter leur eau de consommation. Chaque famille disposant de l’eau courante paiera un forfait mensuel de 1$ et les pastilles purificatrices couteront 0.50$ par mois.
A propos de Texaco et compagnie, je voulais vous parler d’une initiative interessante du president de l’Equateur, Raphael Correa.
"Pour la première fois un pays pétrolier, l’Equateur, où un tiers des ressources de l’Etat dépend de l’exploitation de cette ressource, renonce à ces revenus pour le bien-être de toute l’humanité et invite le monde à se joindre à cet effort à travers une juste compensation, pour qu’ensemble nous asseyions les bases d’une civilisation plus humaine et plus juste." (concl du discours de Rafael Correa, Président de la République de l’Equateur, à la 62ème assemblée générale des Nations Unies, le 24 septembre 2007, à New York.)
En gros, il dit que pour le bien de tous, il serait meilleur que le petrole reste sous terre dns le parc national Yasuní (et demande une compensation financiere importante). Car non, le statut de parc naturel n’est pas necessairement une protection contre l’exploitation petroliere et forestiere. Le parc Yasuní abrite les deux dernieres tribus indigenes de l’Amazonie equatorienne vivant sans contact avec la societe. D’apres mon ex-collegue equatorien tres implique dans les luttes sociales et environnementales, c’est seulement pour se laver les mains et quoi qu’il en soit, le petrole sera extrait et les tribus sont d’ores et deja condamnees. Mais l’initiative est interessante. Voir www.amazoniaporlavida.org/
La credibilite du president sur les sujets environnementaux est d’ailleurs fortement ebranlee puisqu’il a donne son accord sur la ley minera (loi pour l’exploitation miniere). La resistance a deja comence avec notamment une dizaine de grevistes de la faim a Quito mais la grande mobilisation indigene est pour mardi. Enfin, de l’action !
Et voila ce qui arrive quand on n’a rien a raconter, on parle, on parle, on ne s’arrete plus ! Bonne semaine a tous.
Je sais, ça fait un petit moment que je ne raconte pas grand-chose, faute à ma connexion internet qui peut être qualifiée d’ « incertaine », voire de « déplorable ».
Mais il faut quand même que je vous parle d’une petite particularité de l’Equateur. Le week-end dernier, je suis allé à la Mitad del Mundo. Il faut savoir que le fait de se trouver sur la ligne
exacte de l’équateur réserve quelques particularités que je me dois de vous exposer, poil au nez. Par exemple, si vous regardez votre lavabo se vider, vous verrez l’eau tourbillonner dans le sens
des aiguilles d’une montre. A Quito, dans l’hémisphère sud, c’est l’inverse. Mais sur la ligne, l’eau ne tourne pas du tout. Mais cela exactement sur la ligne, pas à 50cm, hein !
Autre expérience marrante, quelqu’un vous appuie sur le bras et vous devez résister. Hé ben sur la ligne, c’est beaucoup plus dur. Et pas de bluff, j’ai refait l’expérience.
Enfin, mettez chez vous un œuf sur une tête de clou comme sur la photo, je dis chapeau ! Bon moi je n’ai même pas réussi ici mais c’est pourtant le seul endroit au monde où c’est possible. Tout cela est du à l’annulation des forces de Coriolis.
Quand au monument sur le site désigné par la Condamine au 18e s, c’est une escroquerie, c’te babache s’était planté de 300m. Par contre les indigènes d’avant l’empire inca avaient placé un site dédié au soleil traversé par cette fameuse ligne. Comme quoi, des fois la science n’arrive pas à la cheville des connaissances développées au fil des millénaires par des peuples soi-disant sous-développés.
Autre fait intéressant, toutes les églises de Quito se situent sur une même ligne passant par ce site et traversée par les rayons du soleil lors de l’équinoxe ou du solstice, je ne sais plus lequel. La raison est que les conquistadores, pour bien anéantir les civilisations indigènes, détruisirent systématiquement tous les temples païens et les remplacèrent par des églises. Il faut savoir que les dieux d’avant la conquista étaient la Terre (Pachamama) et le Soleil (Pachacamac), d’où l’emplacement symbolique de ces temples.
Dimanche 26 mars : départ pour les îles enchantées. Premier revers : impossible de payer $25 l'entrée au parc (tarif équatorien) malgré le visa et le certificat de scolarité. On paye donc $100 (tarif pigeon). Arrivée à Puerto Ayora, on rencontre Alex, un Français qui remonte toute l'AmSud depuis l'Argentine. Il a payé $750 pour 7 jours de croisière dans un bateau plein de cafards. Nos illusions d'une croisière bon marché s'envolent en même temps que les premiers pélicans que nous apercevons. En nous baladant sur le port, on tombe sur la seule agence ouverte en ce dimanche et rencontrons Freddie, le gérant. Il nous propose $500 pour 5 jours. Une heure et demie plus tard, nous topons à $355, plus 1 sou en poche. Le prix comprend : 3 repas par jour, eau potable à volonté, guide naturaliste pour les excursions. Le prix ne comprend pas : le matériel de plongée. La location coûte $15 la semaine, ce n'est pas notre budget. A force de patience, on déniche les masques les plus pourris (ridicules, aussi) de la ville, que l'on négocie à $13 les 3 (à l'achat). Mais pas de palmes ni de tuba. Le soir, on retrouve Alex avec qui on partage une bière, assis tranquillement sur la jetée. Première approche de la faune locale : pélicans,héron, raies, otarie et raie manta. On dort à terre et on oublie l'appareil jetable aquatique dans la chambre.
Lundi : début de la croisière (vous avez bien lu, je vais faire une croisière !). Freddie est encore là, pas d'arnaque. Des otaries dorment tranquillement sur les bancs du port d'embarquement. Le bateau est vraiment chouette (à moteur, hélas). A bord, des hollandais, finlandais, ricains, australiens. Nous sommes les seuls passagers hispanophones. Des frégates volent juste au dessus du bateau. Un dauphin nous croise à une trentaine de mètres. Plongée sympa mais pas de requins. L'eau est chaude. Petite marche : innombrables iguanes et otaries. Un fou à pattes bleues (c'est un oiseau rigolo). Nuit sur le pont pour échapper à l'air conditionné des cabines.
Mardi : réveil avec le lever du soleil à Floreana. Plongée, toujours de beaux poissons, une raie et des otaries joueuses. A terre, une lagune avec une cinquantaine de flamands roses. Sur la plage, déception : les tortues marines et requins espérés ne sont pas là. Nouvelle plongée, cette fois j'aperçois fugacement une magnifique tortue marine nageant tranquillement. Ce soir, la mer est agitée. Tout le monde verdit sur le bateau (même la guide !). Dodo sur le pont pour échapper au mal de mer.
Mercredi : réveil à Española. Nombreux iguanes marins, patauds sur terre, mais fort habiles dans l'eau. Beaucoup d'oiseaux : fous à pattes bleues, fous masqués, cucuves des Galapagos, premiers albatros mâles de retour anticipé de leurs vacances péruviennes. Plongée : magnifique raie manta d'un bon mètre d'envergure planant majestueusement quelques mètres sous moi. Ce soir, nous arrivons à Puerto Baquerizo sur l'île San Cristobal. La guide dort à terre. Les touristes du bateau en profitent pour se foutre d'elle parce qu'elle débute et que son anglais n'est pas parfait (ils se défoulent pendant une heure sur elle et les équatoriens en général). A la fin, je leur dis, diplomatiquement tout de même, ma façon de penser de leur comportement. Sur ce, ce crétin de Pennsylvanien sort : "C'est un français, ils est anti-américain." Alors qu'il y avait là des gens de tous pays occidentaux ! Vraiment un blaireau, celui-là. Mais mon coup de gueule a été salutaire : tous vont se coucher ! Nuit sur le pont pour échapper à ces affreux racistes et intolérants.
Jeudi : ambiance tendue à bord ! Par contre, Ricardo, le serveur sur le bateau, s'est aperçu de notre appétit et nous ramène enfin du rab'. Les touristes du bateau vont en ville pour accéder à internet. Sans guide, ils sont paumés, c'est drôle à voir. Nous préférons marcher à la recherche d'une plage. Nous tombons sur la Loberia , spot de surf mondialement réputé. Au retour, un taxi nous ramène gratuitement en ville, sympa. Plongée au Leon Dormido, toujours pas de requins mais de nombreuses tortues marines pas farouches. Isla lobos : plein d'otaries qui font du bodysurf et sautent dans tous les sens avant de piquer un petit roupillon. Fous à pattes bleues, frégates à gorge rouge gonflée. Sur le bateau, nous apprenons à Alistair, un australien (sympa, lui) à jouer à la belote, contrée s'il vous plaît. Il se débrouille bien, on met une branlée aux deux autres. Nuit en cabine pour échapper aux marins qui m'ont piqué ma place sur le pont !
Vendredi : retour à l'île de départ : Santa Cruz. Réveil matinal, visite du centre Darwin où se trouve Jorge, la plus grosse tortue du monde, dernier survivant d'une espèce qui ne sera bientôt plus. Freddie nous a carotté, il nous débarque avant le repas du midi promis. On va alors s'expliquer : il nous paiera le resto ce soir. Nous échangeons les masques au magasin où nous les avions achetés contre une bombonne d'eau et des cartes postales. Je revend l'appareil aquatique fraîchement récupéré au prix où nous l'avions payé. Nous allons au bureau du Parc Naturel pour tenter de récupérer les sous des 100$ de l'entrée, mais la fille sort le texte de loi, il n'y a vraiment rien à faire ! Après la sieste, nous nous dirigeons vers la Bahia de las Tortugas, plage de rêve où nous apercevons, non pas des tortues, mais enfin des requins ! Bon, ce n'est pas les dents de la mer, ils font 60cm de long, mais c'est des requins quand même. Magnifique. Le soir, nous buvons une bière sur le port avec Alistair, l'australien coincheur. Nous rencontrons des françaises et belges, membres du "rotary". Je n'ai pas trop compris ce que c'est, apparemment ce sont des gens bourrés d'oseille qui envoient leurs gosses pour un an au bout du monde chez des gens comme eux membres du rotary. Une d'elle balance à l'eau ma banane que j'avais posée sur le balast. Je gueule : c'est mon unique petit dej' pour le lendemain. Pour la peine, elle m'en repaie deux. Je n'ai toujours pas compris ce qui lui est passé par la tête.
Bilan : les Galapagos sont vraiment un endroit extraordinaire. J'ai passé ici une semaine géniale. Les seuls hics étaient les autres passagers à bord, et l'aspect tourisme de masse : tous derrière le guide, à la queue leu leu. Mais c'est obligatoire pour préserver ce petit paradis naturel. S'il y a un endroit où je pense qu'il faut se plier à cette forme de tourisme, c'est bien ici. Et puis c'est cher. Il faut se battre pour tout, même quand les prix sont affichés. Sinon, ici c'était la saison des pluies : on n'a quasiment pas vu un nuage, l'air était à 30-35°C et l'eau à 27°C.
Merci aux courageux qui ont lu cet article jusqu'au bout !
Quelques précisions sur les grèves qui touchent le pays. Il semble que celui-ci soit à un moment clé de son histoire, au point de vue économique. Le gouvernement libéral et pro-américain veut
signer le TLC (Tratado de Libre Comercio, traité de libre échange) avec les Etats-Unis. Le peuple, et principalement les Indigènes et les paysans, qui sentent bien qu'ils vont encore être lésés
sur ce coup, est contre. La rumeur dit que les provinciaux vont débarquer sur Quito pour des manifs monstres. Comme quoi, il n'y a pas qu'en France !
Bref, dans le Quito colonial, des dizaines de flics squattent chaque carrefour, avec leurs boucliers, grenades lacrymo, matraques, flingues et fusils à pompe pour les militaires. Mais tout cela ne pèse pas sur l'ambiance, les gens sont détendus (ils doivent être habitués), même les CRS ont l'air de se demander ce qu'ils font là.
Jeudi matin, départ pour première (courte) balade en Equateur. Bus de Quito à Ibarra (hémisphère nord). Durée prévue : 3 heures. Départ par la Panamericaine, tranquilou, puis, celle-ci est
bloquée par les grévistes (explications dans un prochain article), le chauffeur s'engage alors sur une piste cabossée, parfois complètement rompue par les éboulements et les mouvements de
terrain. La piste étant à peine large pour une voiture, vous comprenez que le croisement des multiples cars et camions donne lieu à des galères assez marrantes (poussage de camions embourbés ou
destruction de pots d'échapement par exemple). 5 heures plus tard, arrivée à Otavalo. Le chauffeur, qui a perdu du temps, donc de l'argent dans l'histoire, exige alors 1$ de plus pour nous
emmener à Ibarra. Tous les passagers, outrés, quittent le car pour en prendre un autre, dans lequel nous nous entassons, assis, debout ou couchés, et qui nous emmène à Ibarra pour la
modique somme de... 1$.
Le lendemain, aux aurores, nous nous rendons sur le quai d'la gare (euh... j'ai plus de rimes en "ar" ;-) ) pour prendre le train qui descend vers San Lorenzo. Hélas, personne d'autre que
nous pour ce train, il faudrait payer tout le train, 60$, pas fou, non ? Mais, demain, samedi, beaucoup de touristes, certain, il y aura un train, 3$ chacun. On veut vraiment prendre ce
train, on peut monter sur le toit, les paysages sont fabuleux, il passe sur des viaducs vertigineux comme dans Tintin, parfois même il déraille et on descend pour le remettre en place, bref c'est
pas le TGV, quoi ! Du coup, journée sans grand intérêt sur Ibarra. Une petite grimpette pour la vue sur Ibarra et la laguna de yahuarcocha, puis après-midi tranquille sur Cotacachi, où je me suis
payé des balles de jongle super artisanales en cuir.
Samedi, il fallait s'en douter, pas de train ! Et une journée de perdu, une! Du coup, bus pour San Lorenzo, dans une végétation incroyable et magnifique. Mon voisin de bus me déconseille San Lorenzo, pues vamonos! on continue jusqu'à Esmeraldas, sorte de bidonville de 100 000 habitants, population presqu'entièrement noire, ville sale, animée, dangereuse. Bon, on va pas rester là, hein ? Nous arrivons au coucher du soleil sur Same, où nous passerons la nuit dans une cabaña. Premières baignades dans le Pacifique, qui mérite bien son nom, aujourd'hui en tout cas.
Le lendemain, je passe la journée avec Léonore et Hugo, couple très sympa qui parcourt l'Amérique du Sud à vélo. Elle est franco-péruvienne (de Croix, à 100 m de là où j'habitais à Roubaix !), et il est argentin de Cordoba. Frisbee, playa, puis soirée sur Atacames en attendant le bus de nuit pour Quito. Quelques heures à tuer, on visite un aquarium lamentable où les poissons et crustacés se débatent au milieu de leurs confrères morts dans des des bassins minuscules. Pour les requins, ils n'en avaient pas, ils en ont mis un en plastique ! Merci le guide du petit futé... Puis, découverte des cocktails locaux dans un bar sur la plage, assis dans des balançoires : Cocoloco, Cuba libre et autres Cucarachas... Puis, il se fait faim, pizza mais nous nous apercevons que nous avons passé plus de temps que prévu à boire des cocktails. Nous finissons la pizza en courant dans les ruelles, criant des "cuidado" afin de libérer le passages, nous plantant de chemin quelques fois... Pour finir, arrivée dans le bus, c'était moins une. Après Schwarzy et Stallone, on a le droit à un film de Jet Li. La chaleur est étouffante : 35 °C. Et oui c'est dur la vie ! Six heures plus tard, arrivée à Quito, 10°C, essayez d'en faire autant sans rentrer ni dans le four, ni dans le frigo.