« Choisissez un travail qui vous plaît et vous n'aurez pas à travailler
un seul jour de votre vie »
Confucius
« Choisissez un travail qui vous plaît et vous n'aurez pas à travailler
un seul jour de votre vie »
Confucius
Développement non durable
« Les meilleures technologies seules ne sont pas une solution. » Le dicton est connu au sein des ONG qui essaient d’améliorer les conditions de vie des populations au moyen de solutions
techniques. Mais si la grande majorité des acteurs du développement connaît la formule ou au moins l’idée, tous ne l’appliquent pas forcément de la meilleure manière qui soit.
Prenons l’exemple de ce pasteur évangéliste fanatique que j’ai rencontré à Makengue et dont j’avais brièvement parlé dans l’article relatant le voyage de Noël avec Casey et Guthrie. Je ne le
mettrais pas personnellement dans la catégorie « acteur du développement » mais plutôt dans celle de « vendeur de Dieu en échange de babioles ». Que fait ce brave type à Makengue ? Il débarque
avec son groupe électrogène pour regarder Rambo le soir, puis commence par construire une église (évidemment) en haut de la colline. Ensuite, il se dit qu’il pourrait construire une latrine :
bonne idée ma foi. Je ne sais pas s’il a étudié les différents types de latrines mais il va au plus simple : la fosse creusée dans le sol surmontée d’une superstructure rustique. Normal en
l’occurrence, la communauté est isolée et la construction d’une latrine sèche avec fosse en béton serait coûteuse et compliquée. Là où le bât blesse, c’est plutôt au niveau du choix de
l’emplacement de la latrine : tout en haut de la colline. L’eau souterraine contaminée par les excréments et chargée de pathogènes circulera tranquillement d'amont en aval, rendant l’eau du puits
que le génial pasteur a prévu de creuser en bas de la colline impropre à la consommation.
L'église de Makengue
Car le pasteur ne compte pas en rester là. Toujours armé de ses bons sentiments et de son incompétence, il souhaite créer un réseau de distribution d’eau vers les 2 maisons du hameau et l’église. Il va donc creuser un puits pour pomper de l’eau contaminée à l’aide d’un générateur diesel (où les habitants vont-ils trouver le carburant ?) vers un réservoir situé au sommet de la colline, d’où l’eau sera distribuée par gravité vers les maisons. Le pasteur ayant entendu que l’eau souterraine était impropre à la consommation, il veut installer des filtres pour la traiter. Soit dit en passant, l’eau n’est pas nécessairement impropre à la consommation. Elle l’est seulement lorsqu’elle est polluée, par une latrine construite trop proche du puits, par exemple. Le pasteur a donc acheté des filtres pour traiter l’eau. Il a seulement oublié de se renseigner : existe-t-il différents types de pollution de l’eau ? Ces différents types de pollution requièrent-ils différents types de traitement ? Sans rien connaître au sujet, il ramène de son Alabama natal des robinets filtrants, qui fonctionnent à l’aide d’une cartouche de charbon actif. Le charbon actif est un procédé intéressant pour brancher sur les robinets de nos maisons connectées à un réseau d’eau potable. Il permet d’éliminer une bonne partie des polluants chimiques, notamment les résidus de produits chimiques de synthèse tels que les pesticides ou le chlore. Par contre, il n’a aucun effet sur la contamination biologique. Et c’est bien là le problème : l’eau du puits a un risque infime d’être polluée chimiquement. Il n’y a pas de cultures à proximités, à la rigueur un peu de lessive pourrait s’infiltrer. Les filtres du pasteur s’avèrent donc impuissants à traiter la forme de pollution qui peut constituer un risque pour la santé des habitants de Makengue : la pollution biologique. Pire, il a contribué à créer cette pollution à cause de sa latrine mal conçue. Ajoutez à cela que les cartouches de charbon actifs doivent être remplacées approximativement tous les 400 litres d’eau filtrée, et vous comprendrez pourquoi ce « développement » est un exemple de ce qu’il ne faut pas faire. On ne trouve pas de cartouches de charbon actif à Greytown. Pas plus à Bluefields. Pensez vous que les habitants de Makengue vont dépenser leurs maigres économies pour aller à Managua acheter des cartouches de charbon actif ?
Je tiens à préciser, cette diatribe n’a rien de personnel contre ce pasteur ou contre quelque Eglise que ce soit. Mais ces gens là avec leurs projets en carton décrédibilisent le travail des ONG
qui sont présentes sur place et qui essayent de comprendre et analyser les situations avant de foncer tête baissée. Parfois j’ai le sentiment que les gens des communautés n’ont simplement pas
confiance en les ONG parce qu’ils ont vu passer trop de charlatans.
Et puis il y a blueEnergy, qui a fait énormément d’erreurs de ce type et qui en fait encore (mais moins quand même). Petit à petit, les volontaires restent plus longtemps et comprennent mieux les situations. Et ceux qui occupent des postes de coordination comme moi sont peu à peu remplacés par des locaux qui connaissent mieux les gens et leurs mentalités, même si les mestizos sont sur-représentés et qu'entre les différentes ethnies le courant ne passe pas toujours très bien.
Eau, Assainissement, Hygiène et Social
Je divague, je divague, et je ne parle pas des activités en rapport avec l’eau et l’assainissement. Le programme n’échappe bien sûr pas à ces problèmes auxquels sont confrontés tous les acteurs
du développement. Lorsque je suis arrivé à Bluefields il y a deux ans, j’ai effectué une visite de suivi des filtres installés précédemment. Déception ! Environ 60% d’entre eux n’étaient pas
utilisés correctement ou pas du tout. Ils prenaient juste la poussière dans un coin de la maison. La technologie est-elle pour autant mauvaise ? Non ; elle fonctionne très bien dans certaines
régions du monde. N’y a-t-il pas de besoin de solutions de traitement de l’eau à Bluefields ? Si, et pas qu’un peu. Alors on a décidé de continuer avec les filtres de biosable, mais lorsqu’en
2011 ont commencé les grands projets nous avons modifié la méthodologie d’implémentation. Pour améliorer l’impact et la durabilité des projets nous travaillons sur trois axes : la sélection des
bénéficiaires, la participation de ceux-ci au projet et l’assistance de blueEnergy sous forme de formation et de suivi.
Sélectionner des bénéficiaires responsables
Je travaille dorénavant avec Vladimir, qui parle un peu créole, ce qui n’est pas courant chez les mestizos. Il est sympa, a un bon contact avec tout le monde, c’est un bon copain et il est efficace au travail. Pour s’assurer qu’un filtre ou un puits sera bien utilisé et maintenu en bon état, il faut commencer par choisir des personnes responsables et motivées. C’est une partie du travail de Vladimir. En général, on commence par les puits, qui motivent plus les gens au premier abord. Les bénéficiaires de puits doivent remplir certains critères : niveau de revenu bas, nécessité réelle, volonté de s’impliquer dans le projet. Pour effectuer une présélection des bénéficiaires, nous travaillons en partenariat avec la Mairie de Bluefields, l’Entreprise Nationale des Réseaux d’Eau et d’Assainissement, et le Ministère de la Santé afin de définir les quartiers où l’accès à l’eau est le plus problématique. Je sais ce que vous allez dire : « pourquoi y a-t-il un bureau de l’Entreprise Nationale des Réseaux d’Eau et d’Assainissement à Bluefields s’il n’y a de réseau ni d’eau, ni d’assainissement ? » Il y a l’entreprise, c’est déjà ça. Et en fait, il y a un petit réseau qui distribue de l’eau non potable à un nombre très restreint de quartiers de Bluefields. Et il y a des projets pour que cela change.
Maison d'une bénéficiaire de puits et de filtre. Voyez le puits rustique dont l'eau n'est pas utilisée pour boire
Vladimir va dans les quartiers présélectionnés et parle aux gens, explique le projet, et évalue les nécessités. Cela tient compte du nombre de bénéficiaires, notamment du nombre d’enfants de moins de 5 ans, les plus sensibles aux maladies hydriques. Cette méthode est beaucoup plus efficace que de passer par les associations de quartier, dont les représentants proposent des listes de bénéficiaires plus souvent basées sur leurs amitiés et relations que sur les besoins des familles. D’ailleurs, je n’ai jamais vu une liste proposée par les représentants du peuple dans laquelle ne figurent pas les représentants en question. Le plus difficile et le plus important est de bien choisir les premiers bénéficiaires quand nous entrons dans un nouveau quartier. Ensuite, le bouche à oreille fait le reste : les gens les plus motivés viennent nous voir d’eux-mêmes. Les familles choisies sont ensuite réunies pour une présentation du projet, afin que les choses soient bien claires avant de commencer. Nous expliquons quels sont les engagements de blueEnergy et des bénéficiaires, comment fonctionne la perforation, quels sont les risques et comment faire bon usage et maintenance du puits. Il est toujours préférable que les bénéficiaires sachent avant de commencer que nous ne pouvons donner de garanties quant au bon fonctionnement du puits. Les parois des puits peuvent s’effondrer, particulièrement ceux construits dans des sols de type marécageux. Parfois le sol est très dur et le puits n’atteint pas la profondeur souhaitée. La perforation peut être stoppée par une pierre. Le puits peut donner une quantité d’eau limitée. En développant nos connaissances des sols et du procédé de perforation nous limitons ces risques mais n’atteindrons probablement jamais une réussite de 100% avec la technique baptiste.
Les familles bénéficiaires de puits sont systématiquement invitées à bénéficier d’une formation sur l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement et à bénéficier d’un filtre de biosable. L’idée est,
lorsque les profils de projets incorporant un volet « latrines » seront approuvés, de proposer une solution complète aux personnes : formation à l’hygiène, assainissement et protection de la
source au moyen de latrines, pompage d’eau provenant de nappes relativement protégées grâce aux puits baptistes, traitement et stockage sûr de l’eau avec les filtres de biosable et le seau de
distribution quin intègre un couvercle et un robinet.
Demander une participation sous forme de travail
Chaque puits baptiste bénéficie en moyenne à 5 familles. Chaque famille bénéficiaire doit apporter la main d’œuvre de 2 hommes jusqu’à ce que le puits soit perforé, ce qui peut prendre de 1 à 2
semaines. Ces 10 hommes sont soit des membres des familles bénéficiaires, soit des chamberos payés par ces familles. Cependant, bien que les choses soient très claires dès le départ, la
participation est souvent un problème, et nous nous retrouvons de nombreuses fois avec 5 ou 6 hommes pour creuser. Le puits prend alors du retard et les travailleurs se démotivent. C’est pourquoi
nous allons construire une machine de perforation motorisée. Dans ce cas, la participation en travail des familles serait moindre et devrait être compensée par une participation financière ; par
exemple on pourrait demander aux familles de payer les matériaux pour construire la dalle et la pompe.
Bénéficiaires creusant leur puits
Les bénéficiaires souhaitant recevoir un filtre doivent travailler une journée à l’atelier de blueEnergy. Au programme : construction du filtre le matin et préparation du sable (tamisage et
lavage) l’après-midi. Les bénéficiaires doivent aussi venir à l’atelier de blueEnergy le jour de la livraison des filtres pour aider à charger la camionnette et expliquer au chauffeur comment se
rendre chez eux, sachant que les maisons de Bluefields n’ont pas de numéro et que les rues n’ont pas de nom.
L’idée de demander la participation des bénéficiaires sous forme de travail n’est pas seulement pour bénéficier de main d’œuvre gratuite. Bien sûr sans celle-ci, les projets seraient très coûteux
et quasiment impossibles à financer. Mais c’est aussi et surtout une façon de responsabiliser les bénéficiaires et de leur faire prendre conscience que c’est leur filtre et que bien l’utiliser et
l’entretenir, c’est aussi respecter leur propre travail.
Demander une participation sous forme d'argent
Une participation économique peut également être demandée. Pas de discrimination en fonction du niveau de revenu de la famille : tout le monde paie la même somme. Pour les filtres de biosable, nous demandons 50C$, c'est-à-dire environ 1,5€. Un montant qui peut paraître dérisoire, mais qui représente une somme non négligeable pour certaines familles. Mais aucune famille n’a jamais refusé de participer au projet pour ce motif. Nous songeons à augmenter cette somme pour qu’elle soit un peu moins symbolique et un peu plus réelle. La difficulté est de ne pas dépasser un seuil qui empêche les familles les plus humbles de participer au projet.
Là encore, la participation économique n’est pas pour renflouer les poches de blueEnergy. Si l’argent collecté est utilisé pour construire plus de filtres, le but premier est de responsabiliser
les bénéficiaires.
Former les bénéficiaires
Avant de recevoir un filtre, les bénéficiaires doivent participer à une formation d’une demi-journée autour des thèmes de l’eau, l’assainissement et l’hygiène, avec une partie spéciale concernant l’opération et la maintenance du filtre de biosable.
Un bénéficiaire explique les routes de transmission trouvées par son groupe
La méthodologie de la formation est clairement calquée sur celle de CAWST, l’organisation qui avait organisé l’atelier auquel j’avais participé à Antigua Guatemala. Pendant les trois heures de la
formation, nous essayons de faire le plus possible d’activités participatives, de jeux en petits groupes et de dynamiques pour garder l’attention des participants. Un manuel de formation est
distribué aux participants.
Exemples de dessins utilisés dans les activités de groupe
L’installation des filtres et les visites de suivi sont également des moments privilégiés pour faire un peu de formation continue et rappeler les règles de base aux bénéficiaires. En effet, il s’agit alors d’un échange beaucoup moins impressionnant pour les timides, qui se déroule seulement entre le bénéficiaire et le technicien de blueEnergy. Ceux qui ont peur de parler en public ou de poser des questions qui leurs paraissent stupides se lancent en privé, et bien souvent, nous nous apercevons qu’il restait des doutes et des incompréhensions. Cela nous aide aussi à améliorer les formations, en ayant une meilleure idée des points qui peuvent être mal compris.
Le livret de formation remis aux participants
Suivre les installations pour s'ssurer de leur bon usage et fonctionnement
Les visites de suivi permettent de faire en sorte que les bénéficiaires ne se sentent pas abandonnés et qu’ils maintiennent leurs installations en bon état. C’est une façon relativement artificielle de s’assurer que les installations restent utilisées. Si un jour nous avons 5000 filtres installés à Bluefields ou dans les communautés, nous ne pourrons pas effectuer de visites de suivi chaque mois ou chaque trimestre… que se passera-t-il alors ? Au moins trois visites de suivi sont cependant nécessaires durant les premiers mois suivant l'installation du filtre ou du puits. Ensuite, l’avenir dira si les projets sont durables.
L’un des problèmes principaux est que bien souvent, lorsqu’un filtre ou un puits a un léger problème technique, les bénéficiaires ne le réparent pas d'eux-mêmes, et ne nous contactent pas non
plus pour que nous le fassions. C’est particulièrement vrai pour les puits, qui sont partagés entre plusieurs familles : habituellement, personne ne veut faire l’effort. Pour limiter le risque
que cela se produise, nous mettons l’accent sur la sélection des bénéficiaires, en essayant de nous assurer que ceux-ci sont des personnes responsables et que les familles maintiennent des
relations étroites depuis de nombreuses années.
Visite de suivi chez une bénéficiaire de filtre
Un suivi régulier parait donc nécessaire mais il semble irréaliste que blueEnergy s’en charge à long terme. L’idée est de former des promoteurs de santé qui effectuent des visites de suivi
régulières. Pour l’instant cela ne fonctionne pas : aucun projet n’accepterait de payer le salaire de promoteurs de santé communautaire sur plusieurs années et les personnes qui acceptent de
faire ce travail bénévolement ne le font pas sérieusement. Nous pensons pour résoudre ce problème à travailler en collaboration avec le Ministère de la Santé afin que leurs promoteurs de santé
professionnels puissent effectuer le suivi des installations de blueEnergy. J’ai rendez-vous avec la coordinatrice de ce programme mercredi pour en discuter.
Pour conclure, je voudrais juste nommer les membres de mon équipe qui font un super boulot et sans qui rien de tout cela ne serait possible : William, responsable des filtres et de l’atelier ;
Guthrie, technicien des filtres ; Hector et Pilin, perforateurs de puits ; Vladimir, responsable de la partie sociale ; Jayne, en charge des analyses d’eau. Ca, c'est fait.
Avertissement : cet article peut paraître technique, voire incompréhensible à certains.
La fin de mon contrat avec blueEnergy approche et je m’aperçois que je n’ai jamais pris le temps de parler des projets sur lesquels j’ai travaillé cette deuxième année, mis à part le mini projet
à Kahkabila (le plus rigolo à raconter, vu qu’il se passe dans une communauté). Mais vous pourriez penser que j’ai passé l’année à boire du rhum sous les cocotiers et à crapahuter dans la jungle.
Et bien, non ! Pas du tout : j’ai même eu une année plutôt démente au niveau boulot. Je vais commencer par parler technique, et je ferai un effort pour ne pas attendre trois mois avant de parler
du reste. Un peu de contexte tout d’abord : la région Île-de-France et la Guilde Européenne du Raid – l’organisme qui gère les Volontaires de Solidarité Internationale (moi) – ont approuvé le
financement d’un projet pour 30 puits baptistes et 100 filtres de biosable. Les versements ont été effectués en mars 2011. Du pain sur la planche en perspective… surtout que le mois suivant, un
donateur anonyme a décidé de financer 100 filtres de biosable additionnels. Et nous avons également scellé un accord avec l’organisation See Your Impact qui permet à des particuliers de financer
un filtre pour 65$ et de recevoir une photo de la famille en bénéficiant, avec une courte histoire expliquant l’impact qu’a eu ce filtre sur la famille. Un moyen pour les petits donateurs de
savoir exactement à quoi sert leur argent.
Ca fait donc beaucoup de filtres, tout ça. Nous avons donc profondément remodelé la partie « eau » de l’atelier de blueEnergy. Grâce à Ronald, chef de l’atelier, les innovations suivantes ont été
mises en œuvre (les liens pointent vers des vidéos permettant de se faire une idée plus précise) :
La bétonnière permet aussi de laver le sable plus rapidement
La prochaine amélioration, prévue pour la semaine prochaine quand il y aura de l'argent : construction de compartiments pour stocker le sable
et ainsi gagner de l’espace et améliorer l’aspect de l’atelier.
Un filtre de biosable en 2010
Un filtre de biosable, version 2011. Notez le "nez" différent : cela permet d'avoir une sortie plus haute, donc plus d'eau en permanence dans le filtre, donc un temps de rétention plus long, d'où une meilleure élimination des virus
Quant aux puits, le suivi des ouvrages pilotes installés l’an dernier et des premières perforations réalisées cette année a fait apparaître quelques faiblesses :
Alors ni une ni deux, une formation interne a été organisée par Agathe, une volontaire française qui est restée quelques mois, et dont le boulot avant de venir à Bluefields était de perforer des puits, mais avec des machines industrielles (ça tombait bien, quand même). Les techniciens qui perforent les puits et moi, avons donc appris les bases rudimentaires de géologie et d’hydrogéologie pour résoudre le problème du rechargement des puits et apprendre à mieux choisir les emplacements de perforation. Des solutions techniques ont aussi été décidées et sont depuis mises en place :
Un puits baptiste en 2010
Le même puits baptiste, amélioré
Cette fructueuse année 2011 nous a aussi permis d’acquérir un kit de terrain pour effectuer des analyses de l’eau, dans le cadre d’un projet d’évaluation de l’impact social et technique des filtres de biosable. Un de nos financeurs réguliers de projets, la fondation américaine Meal a Day, veut savoir si les filtres de biosable ont réellement l’impact prévu en théorie. Nous collectons donc un maximum de données sur les familles et sur leur filtre, analysons la qualité de l’eau et essayons de corréler les données entre elles. Tout cela nous permettra de :
Le kit d’analyse est un Potakit de marque Wagtech. Il permet d’effectuer trois types d’analyses :
Mes collègues Vladimir et Jayne effectuant des analyses d'eau
Les analyses biologiques sont les plus importantes puisqu’elles révèlent les risques de maladies transmises par des bactéries, les virus, helminthes, vers, etc. Nous avons pour l’instant un souci avec ces analyses biologiques, dont les résultats ne sont pas cohérents. Cela fait maintenant quelques semaines que nous avons ce problème et Jayne, la volontaire australienne qui travaille quasiment à plein temps sur ce projet, nous quitte début février. J’espère que le problème sera réglé d’ici là. Comme ça je pourrai organiser le prochain voyage à Kahkabila, puisque ce projet étudiera les filtres installés non seulement à Bluefields, mais aussi à Monkey Point, et Kahkabila.
Enfin, nous avons construit notre première latrine en 2011 : une latrine solaire. C’est un type de latrine sèche à compost, dont l’originalité est d’avoir une plaque de métal peinte en noir sous
laquelle les excréments sont stockés durant environ 3 mois, temps théoriquement nécessaire à leur transformation en compost et à l’élimination des bactéries pathogènes. Le problème est que
contrairement aux liquides, il est très compliqué d’analyser les matières solides pour s’en assurer. L’urine est envoyée vers une fosse d’infiltration afin de faciliter le séchage des
excréments. Ce modèle de latrine est intéressant mais la température dans la notre durant le long hiver qui tarde à en finir n’a pas atteint des valeurs très élevées. Il est donc possible que
certains pathogènes ne soient pas correctement éliminés et un risque (faible mais non nul) pour la santé lors de la manipulation du compost. La solution la plus simple pour s’assurer de la
destruction des pathogènes est d’augmenter le temps de rétention des excréments. Cependant, pour les futurs projets nous allons privilégier un modèle de latrines plus commun : la latrine sèche de
double fosse. Ce modèle n’est pas dépendant du climat, et il a largement été implémenté par des grandes organisations de développement / humanitaires en Amérique Centrale et ailleurs.
Notre latrine solaire en construction
Tout n'est donc pas parfait pour ce programme Eau et Assainissement, mais tout va clairement en s'améliorant et j'ai bon espoir que les choses continuent à aller de l'avant. J'espère juste que blueEnergy me trouvera rapidement un remplaçant qui mettra toute son énergie au service de ce boulot passionnant. Pour ma part je pense avoir bien mérité le droit de prendre quelques vacances...
Voilà, pour ceux que ça intéresse et qui n’ont pas compris grand-chose, je me ferai un plaisir de répondre à vos questions (pour l’interro écrite à mon retour). Le prochain article traitera de la partie sociale, autrement dit comment s’assurer que ces technologies sont utilisées à bon escient et par ceux qui en ont vraiment besoin.
Bénéficiaires de filtres en 2009 : pas très contents...
Bénéficiaires de filtres en 2011 : contents !
Pour ces vacances de Noël, j’ai décidé de parasiter une expédition à laquelle je n’étais pas franchement convié à la base. Et en fin de compte, je pense avoir contribué à inverser la spirale de malchance dans laquelle mes deux compères se morfondaient avant que je les rejoigne.
Les deux compères en question, c’est Gutrie le Rama de Bankukuk, et Casey le Texan… drôle d’attelage auquel je me suis dit qu’il manquait un gaulois pour être complet. Ce voyage, Casey en rêvait depuis un bout de temps ; et moi aussi, depuis qu’il m’en avait fait part. L’idée : descendre de Bluefields à Monkey Point en panga puis marcher le long de la côte jusqu’à San Juan de Nicaragua, à la frontière avec le Costa Rica. De là, s’aventurer dans une des portions de jungle les mieux préservées de Mésoamérique, à la recherche de mystérieux sites archéologiques connus des seuls indiens Ramas et de rares privilégiés.
Gutrie devant la maison de son oncle à San Juan de Nicaragua
Au départ, je n’étais pas sûr d’être de l’aventure car les deux zouaves avaient décidé de partir une semaine avant la date officielle des vacances, chose impossible pour moi en raison de la charge de travail élevée sur les projets d’eau, j’y reviendrai dans un prochain article. Mais comme je vous l’ai dit, la chance était avec moi et pas avec les deux autres. Tout d’abord, ils attendent 3 jours à Bluefields dans l’espoir qu’une panga parte pour Monkey Point. En désespoir de cause, ils se résolvent à effectuer la marche du sud vers le nord, et se rendent directement à San Juan (deux jours de trajet, et dépenses en conséquence). Arrivés à San Juan, ils ne sont pas plus heureux dans leurs tentatives de se rendre sur les sites archéologiques : la ville est privée de combustible ! Durant trois jours, ils traineront leur peine dans les ruelles inondées de ce bled sans grand intérêt et où les prix sont multipliés par deux par rapport au reste du Nicaragua. De mon côté, la chance était bien au rendez-vous de ce début de vacances. Le dernier jour de travail vers midi j’appelle le numéro que m’avait donné un chauffeur de taxi : « Il fut un temps, ce gars faisait le trajet Bluefields – San Juan en panga une fois par semaine. Appelle le au cas où. » Le gars en question partait le soir même, pour arriver le lendemain au lever du jour ! Je fais mon sac en vitesse, je saute dans la dernière panga pour el Bluff, le port de Bluefields, et c’est parti. Le bateau en question n’est pas une panga mais une plana (c’est plat et ça peut transporter un chargement de quelques tonnes). Et devinez ce qu’il transportait ? Des dizaines de barils d’essence pour ravitailler San Juan ! La chance ayant ses limites, j’ai passé une nuit pitoyable dans un hamac humide balloté dans tous les sens avec l’odeur écœurante de l’essence qui donne la migraine … mon estomac n’a pas supporté.
Maison traditionnelle rama de San Juan de Nicaragua
Le lendemain, j’arrive donc dans un état misérable à San Juan et vais directement étendre mon hamac chez les cousins de Gutrie qui habitent dans le quartier rama de San Juan : maisons de bois aux toits de palme juchées sur pilotis. Un très chouette quartier perdu au milieu de quartiers classiques de maisons de béton aux toits de zinc rouillé. A peine ai-je sombré dans un sommeil profond et mérité que Casey me réveille : “let’s go dude!”. L’enfoiré, il ne m’a même pas laissé une demi-journée pour me reposer. On fait quelques provisions, on loue un cayuco et Fish, le cousin de Gutrie, nous guide vers la communauté de Makengue. Le fait qu’il soit légèrement imbibé de guaro en cette heure matinale ne l’empêche pas de manœuvrer le cayuco avec dextérité. La remontée du rio Indio est magnifique ; les pluies abondantes sur la région confèrent à la dense végétation un caractère luxuriant, à moins que ce ne soit l’inverse. A Makengue, nous faisons connaissance avec l’oncle de Gutrie, Coyote, et sa famille. Il y a là deux maisons particulièrement rustiques et une église (rustique, elle aussi), où nous installons nos hamacs. Cette église semble avoir été construite par une secte évangéliste américaine, dont un fanatique représentant se trouvait justement dans la communauté au moment de notre visite. Ce pasteur récemment débarqué de son Alabama natal n’arrivait absolument pas à se faire comprendre des locaux, qui parlent un anglais créole apparenté au patois jamaïcain, ni de moi. Tant mieux, Casey m’ayant expliqué par la suite que ses sujets de discussion favoris étant la justification de toutes les guerres menées par les Etats-Unis. De toute façon, qu’attendre d’un type qui se présente en vous disant qu’il est ici « envoyé en mission par Dieu » ? J’évite de communiquer avec ce genre d’énergumènes qui colonisent tous les continents. Ce pasteur développe des "projets" pour aider à convertir les Indiens : il a construit une latrine au sommet de la colline où se trouve le puits (qui sera donc pollué par celle-ci) et compte installer des robinets filtrants (sauf qu'il n'y a bien évidemment pas de robinets et que le jour où il y en aura, ces robinets devront être remplacés fréquemment, ce qui ne sera pas fait, c'est écrit d'avance). Bref, un exemple de développement non durable.
Gutrie, Fish et Casey
L'église de Makengue, où nous passons la nuit
Le lendemain, nous partons vers le site qui nous intéresse. On y arrive après une heure de cayuco puis quelques heures d’une agréable marche en forêt en compagnie de nombreux jeunes Ramas venus se joindre à notre petite troupe. Nos guides nous montrent de nombreuses plantes médicinales et surtout les lianes à eau, qui seront fort utiles pour remplir nos gourdes durant la deuxième partie du voyage. D’innombrables iguanes, plus ou moins grands et de toutes les couleurs, recherchent les rares rayons de soleil sur des branches surplombant le fleuve. Au retour, après s’être bien réchauffés, ils se jetteront à l’eau du haut de leurs branches : l’un d’eux fait un gros plat à moins de deux mètres du cayuco, nous éclaboussant comme il faut. En chemin nous voyons également des perroquets macaw, grands oiseau rouges que l’on voit hélas rarement en liberté. Quant aux singes hurleurs qui m’avaient foutu la trouille du côté de San Carlos l’an passé, ils sont partout. Une troupe campe notamment au-dessus de l’embarcadère près de là où nous logeons.
En cayuco avec les habitants de Makengue
Coyote se désaltère avec une bonne liane à eau
La jungle aux alentours de Makengue
Le site de Canta Gallo est composé de nombreux blocs de pierre noire de type basaltique. En fait, je n’en sais rien mais la phrase précédente sonne bien comme ça. Certains de ces blocs sont vraiment immenses. Personne ne sait comment ils sont arrivés là : certains penchent pour une origine naturelle, d’autres préfèrent croire que l’Homme les a apportés là. Ce site était utilisé par les anciens Ramas comme lieu de rencontre et de discussion : le pendant précolombien de l’actuelle Casa Comunal des communautés ramas, en quelque sorte. Mais les Ramas leurs prêtent également des valeurs magiques : d’une part, les colons espagnols ne les trouvèrent jamais lorsqu’ils se réfugièrent sur ces sites ; d’autre part, de nombreuses légendes entourent le lieu : histoires de lutins, de gens qui deviennent fous et s’entretuent lorsqu’ils viennent avec de mauvais desseins en tête, ou d’arbres fruitiers alléchants mais qui disparaissent lorsqu’on s’en approche. Il y a, semble-t-il, d’autres sites d’intérêt plus profondément cachés dans la jungle, mais nos guides se montrent réticents à nous y conduire et nous respectons leur choix. Aucun non-Rama n’aurait visité ces sites à ce jour.
Un des blocs de pierre
Nos guides
Retour à San Juan
Le lendemain, nous attaquons la seconde partie du voyage. Fish nous fait franchir le rio Indio à bord de son petit cayuco et nous accompagne jusqu’à la plage ; nous voilà partis. L’année dernière, j’avais contracté une tendinite en marchant pieds nus sur le sol dur mais incliné de la plage près de Corn River. Cette fois-ci, on ne m’y reprendra pas : je marche en chaussures sur le sable mou mais plat de la dune. Ce n’est pas la bonne solution non plus. Du sable entre à chaque pas dans mes chaussures par l’arrière et exerce un frottement sur mon tendon d’Achille. J’en serai quitte pour une bonne grosse ampoule qui ne me quittera pas jusqu’à la fin des vacances.
Le décor de ce premier jour : peut mieux faire
La plage entre San Juan et Corn River est une longue étendue de sable bordée par une mer agitée et désordonnée rappelant vaguement nos plages du sud-ouest, végétation mise à part. La fin de l’après-midi nous surprend dans la petite communauté de pêcheurs de Haulover, où nous choisissons de rester pour la nuit. Sage décision : la famille de mestizos chez qui nous suspendons nos hamacs est sympathique, nous nourrit de poisson fraichement pêché et n’accepte aucun paiement pour le gite et le couvert. En 22 ans sur place, c’est la première fois que notre hôte rencontre des voyageurs, faisant cette randonnée pour le plaisir. D’ailleurs, semblait-il penser, ces gringos sont-ils locos au point de marcher juste pour le plaisir ? En général, quand un local marche sur la plage, c'est dans l'espoir de trouver un paquet de cocaïne échoué.
Vue de Haulover
La pêche a été bonne, tant mieux pour nous
Le lendemain nous reprenons la route, ou plutôt la plage, en direction de Corn River. En chemin nous rencontrons quelques familles vivant le long de la plage et que j’avais rencontrées lors de ma visite ici l’an dernier. A Corn River l’accueil est plus suspicieux que chaleureux : les Babylone (militaires) nous demandent nos papiers et un permis de voyager. Euh… c’est une blague ? En fait, le type voulait juste nous impressionner et ne savait pas de quoi il parlait. Nous achetons quelques provisions qu’une femme de la communauté prépare pour nous avec un peu de poisson. Nous mangeons généralement deux fois par jour : le matin au réveil et vers le milieu de l’après-midi. Les menus varient peu : poisson frit, riz blanc et manioc ou banane.
Passage d'une petite rivière
Le gars qui vit de l'autre côté de la rivière
Pas grand chose d'autre à faire pour ces gamins de Corn River sachant que
l'école n'a pas de professeur en ce moment... comme l'an dernier d'ailleurs
Le troisième jour, je décide de marcher pieds nus sur la plage, pour soulager mon ampoule au tendon d’Achille : arrivé en milieu de matinée à Pointa Rock, après seulement trois heures de marche, j’ai une énorme ampoule sous le pied gauche. Demain, je mets les bottes. Pointa Rock est une petite communauté de 5 ou 6 familles située à l’embouchure d’une petite rivière qui se jette dans la mer des Caraïbes à la limite d’une pointe rocheuse. Le décor est plaisant au premier abord ; mais durant cette saison des pluies, la vie dans la communauté n’est pas très rigolote. La communauté est construite sur un sol gorgé d’eau, dans lequel les porcs se sentent comme des poissons dans l’eau. Impossible de quitter la maison sans s’enfoncer dans la fange jusqu’à la cheville (en étant adroit) ou jusqu’à mi-mollet (en étant comme moi). Et les maisons n’ayant ni sanitaire, ni eau courante, on est bien obligé de sortir de temps en temps.
Franchissement de Corn River en cayuco
Ici, la plage est un peu plus chouette
Un gamin de Pointa Rock
Le quatrième jour, les choses sérieuses commencent : pour rejoindre Punta Gorda, nous devrons franchir plusieurs caps, certains en les contournant par l’eau, d’autres en coupant à travers le bush. Pas question de s’arrêter avant Punta Gorda : il n’y a rien. C’est donc 5 heures de marche (selon les locaux – nous savons déjà qu’il faut multiplier par deux) éprouvante qui nous attendent. De plus, la zone de Punta Gorda a mauvaise réputation, une bande de mestizos y ayant commis des agressions par le passé. Dès le deuxième cap coupé à travers le bush, nous perdons le chemin et nous nous fatiguons à ouvrir un chemin. Une demi-heure plus tard, nous retombons sur un chemin… où nous sommes déjà passés. Peu après, une de mes bottes se troue et se remplit de boue ; je ferai une entorse à mon caractère écolo en les abandonnant sur un cap rocheux. J’en serai bien puni, d’ailleurs : la marche dans la jungle avec des tennis n’est pas l’activité la plus agréable qui soit, je l’apprendrai à mes dépends. Je passe ma journée à me vautrer dans la boue en essayant de me rattraper à des branches ou des lianes qui tantôt sont couvertes d’épines, tantôt de fourmis ou de guêpes. Le dernier passage de bush est le plus dur : perdus, mais proches de la plage, nous n’avons de choix que de traverser un marécage à l’odeur fétide, enfoncés jusqu’à la taille. Le contournement d’un petit cap nous permet de nous laver à grande eau. Enfin, c’est la dernière ligne droite : l’eau et la chair de quelques noix de coco, ainsi que la vue de l’embouchure du rio Punta Gorda nous donnent un regain d’énergie. A Punta Gorda, il n’y a pas vraiment de communauté : seules quelques fincas (fermes) éparses et un poste de Babylone, qui nous accueillent courtoisement, nous offrent du riz et des frijoles (haricots rouges) et nous permettent d’attacher nos hamacs sous leur porche.
Au début de la journée, tout va bien
Là, je commence à fatiguer
Une petite halte appréciable car je commence à en avoir un peu marre...
Quelques secondes plus tard, je m'enfonçais jusqu'à la taille dans ce marécage nauséabond, avec des fourmis qui me piquaient de partout en prime : vivement la
fin de cette étape...
Le lendemain, la marée haute rend difficile cette avant-dernière étape : la plage sur laquelle nous devons marcher est inexistante. A l’intérieur, des mangroves inextricables empêchent le passage. Nous devons donc marcher dans l’eau jusqu’à la taille entre les troncs d’arbres ballotés par les vagues. A la moitié de notre étape du jour et après 4 jours passés à marcher sur la plage sans croiser âme qui vive, nous tombons sur Daniel, un panguero rama, et ses deux frangins, à la recherche de filets de pêche égarés. Sympathique rencontre, nous rentrons tous ensemble à Bankukuk, qui est aussi la communauté de Gutrie.
A marée basse ça doit être plus sympa
Encore une rivière à passer....
Bien accueillis chez la famille de Daniel, nous resterons quelques jours à Bankukuk dans l’attente qu’un bateau parte vers Bluefields. Les conditions météo ne permettant pas le voyage en cayuco, nous restons bloqués et passons Noël dans la communauté. Le 24 au soir, je dors comme tous les soirs vers 8 heures. Le 25, nous surfons les vagues de Bankukuk en cayuco… des émotions fortes pour un Noël à part.
... et une autre rivière
Cayuco a Bankukuk
Vue de Bankukuk
Repas de Noël : nacatamal
Le 26, nous partons vers Monkey point pour une dernière étape boueuse. Je me maudis d’avoir abandonné mes bottes mais je ne me plains pas, pensant à Gutrie qui marche pieds nus (malgré les épines, les serpents, les fourmis, etc.) depuis San Juan et qui doit souffrir en silence. Il transporte ses belles chaussures blanches depuis Bluefields, mais ne veut pas les salir. Il ne les a pas mises une seule fois, même en ville ! A Monkey Point, la marche dans la communauté ressemble plus à du patinage artistique qu’autre chose ; il faut bien s’y résoudre, car l’endroit où nous mangeons est à 20 minutes à pied du « lodge » où nous logeons.
Le lendemain, la panga ne peut pas partir : le moteur ne démarre pas à cause d’un fusible grillé. Malin comme un renard, Casey court-circuite le fusible en question est permet à 15 personnes de Monkey Point de monter à Bluefields, et à nous de retrouver nos chères maisons et leur confort : l’eau courante, l’électricité et des toilettes (relativement) propres. Tout ce que blueEnergy essaye d’apporter aux communautés en somme.
P.S.: pour avoir une autre version de ce voyage, allez voir sur le blog de Casey.
Casey est certainement le volontaire le plus passionné par Bluefields et la région et son site regorge de conseils et d'anecdotes intéressants : certainement de quoi vous donner envie de venir voir ça par vous même !
Très bonne année 2012 !
Oula, ça fait un moment que je n’ai rien écrit ici. Il est donc plus que temps que je raconte la fin du projet de filtres à Kahkabila, qui s’est terminé il y a quelques semaines déjà.
Je vous avais laissé en proie à un terrible suspense à la suite du voyage de sensibilisation des bénéficiaires au thème de l’eau, l’assainissement et l’hygiène. Qu’allait-il se passer ?
Une famille avec son diplôme et son seau de distribution d'eau saine
Et bien, je suis retourné à Kahkabila avec Jorge – qui est l’ouvrier de blueEnergy responsable de la construction des filtres et de la perforation des puits – et Cindy, qui est en charge de la partie sociale, c’est-à-dire de faciliter notre relation avec les bénéficiaires.
Par volonté d’impliquer les bénéficiaires autant que pour des raisons pratiques (les filtres risquent de se casser si on les embarque dans le bateau), nous construisons les filtres avec les bénéficiaires dans la communauté. Nous avons donc emmené 3 moules pour fabriquer 12 filtres en 5 jours : il faut attendre 24 heures après avoir construit un filtre pour le démouler.
Séance de mélange de ciment et de sable : les gars sont costauds et ont l'habitude de travailler le béton
Jorge explique a des jeunes bénéficiaires comment démouler les filtres
Chaque famille a envoyé une personne pour travailler avec nous durant une matinée. Au menu : transport de sacs de sable et de ciment, démoulage des filtres précédents à partir du deuxième jour, graissage et montage des moules, mélange du ciment et des différents types de sable, coulage du béton, tabassage des moules avec des maillets pour évacuer les bulles d’air, lavage des instruments.
On passe une couche d'enduit aux filtres pour en lisser les parois
Ensuite, un coup de peinture et le tour est joué
Tout se serait bien passé si je n’avais pas omis un détail qui eut son importance : le scotch gris. Ce scotch gris très collant et résistant a deux rôles distincts : réparer les maillets et, surtout, couvrir l’extrémité du tube de cuivre - par lequel passe l’eau filtrée – se trouvant à la base du filtre. Si on ne couvre pas bien l’extrémité, le béton peut entrer dans le tube et le boucher. Comme Kahkabila est un coin vachement paumé et que je n’ai même pas trouvé de scotch gris à Pearl Lagoon, nous avons dû terminer les filtres avec du simple scotch de bureau transparent et bingo, cinq filtres étaient bouchés. Cela m’a obligé à affréter une panga pour apporter 5 nouveaux filtres de Bluefields en remplacement. Enfin, au final, les 12 familles avaient leur filtre et le projet est rentré dans ses frais.
Les gens sont venus chercher leur filtre par leurs propres moyens
Durant le voyage d’installation, nous avons également fait laver le sable aux bénéficiaires, et aussi à pas mal de gamins que ça amusait ; tant mieux parce que les bénéficiaires ça ne les amusait pas du tout. J’ai commis l’erreur de penser que les gens travailleraient en groupe de façon communautaire, sans compter la quantité que chacun avait lavé. Au contraire, pas mal de gens ne venaient pas ou arrivaient en retard, ce qui énervait prodigieusement ceux qui étaient là à galérer… La prochaine fois, nous donnerons à chaque famille la quantité exacte de sable qui lui correspond comme ça ceux qui ne voudront pas laver leur sable n’auront pas leur filtre et puis c’est tout.
Tout le monde s'est mis à laver du sable en même temps... même des non bénéficiaires
Nous avons également formé les promoteurs de santé : une femme et un homme de la communauté qui avaient montré une compréhension au dessus de la moyenne lors de la sensibilisation. Leur tâche : principalement effectuer le suivi des filtres à notre place, parce que nous ne pouvons pas aller à la communauté sans arrêt pour vérifier que tout va bien et effectuer les opérations de maintenance de base. De plus il est important que la communauté s’approprie les filtres et donc que des personnes en fassent le suivi.
Destination finale
Les promoteurs de santé nous ont aidé à installer les filtres ; ainsi, nous savons qu’ils savent faire une installation, au cas où un filtre devrait être déplacé, ou si le sable devait être changé (ce qui normalement ne devrait pas se produire). L’installation d’un filtre de biosable est très simple :
Ensuite, l’eau sortira trouble durant les premiers jours, le temps que le sable termine de se laver complètement.
Miss Ela, une petite vieille très sympa
Trois semaines après l’installation nous avons effectué la première visite de suivi, en compagnie des promoteurs de santé. Tous les filtres fonctionnaient bien, et tout le monde nous assurait en être content. D’autres personnes n’ayant pu participer à ce projet nous demandent s’ils pourront avoir un filtre dans le futur ; j’ai demandé aux promoteurs de santé de faire une liste des gens qui souhaiteraient en bénéficier pour éventuellement formuler un futur profil de projet.
Tortue marine. A noter : elle n'est pas morte. Elle peut rester en vie sur son dos plusieurs semaines. Elle ne sera tuée que lorsque le pêcheur qui l'a attrapée voudra la manger. Un peu barbare mais efficace, comme dirait l'autre
Ciao!
La semaine dernière, je suis allé en déplacement à Kahkabila pour y démarrer un des projets dont je suis le responsable. C’est donc l’occasion de parler un peu de ce projet.
Financé par une fondation évangéliste, ce mini projet de 5500$, soit environ 3500 – 4000€ vise à améliorer les conditions sanitaires dans la communauté de Kahkabila. La première phase du projet, maintenant terminée, consistait à réaliser une formation des bénéficiaires sur le thème de l’eau, l’assainissement et l’hygiène.
A 7 dans le Rickshaw !
Le premier jour a été consacré à aller à la rencontre des habitants de la communauté et à les convier à une réunion pour expliquer le projet. Durant la réunion, nous avons expliqué que le projet permettait seulement de construire et installer 12 filtres, et que la participation des gens aux trois jours de formation serait un facteur déterminant pour la sélection. Les autres facteurs sont notamment le nombre de personnes vivant dans la maison, et la présence d’enfants en bas âge ou de femmes enceintes.
Activité de groupe
Ensuite, la formation s’est tenue sur trois jours durant lesquelles nous avons appliqué les méthodes que nous avions apprises de CAWST au Guatemala. Avec Cindy de l’équipe sociale, Jorge, le technicien des filtres et Agathe, qui n’était pas au Guatemala mais qui a élaboré le livret didactique pour les bénéficiaires, nous nous sommes répartis les rôles. Nous avons essayé d’organiser un maximum d’ateliers en petits groupes et de jeux pour que les gens ne s’ennuient pas (et nous non plus), et je pense que ça a été bien réussi.
Activité dynamique pour expliquer le fonctionnement du filtre
Les habitants de Kahkabila sont des Indiens Miskitu, ils sont plus timides et rigolent moins fort que les créoles mais l’ambiance était bonne quand même. Le peuple Miskitu est issu d’un métissage entre indigènes, africains et européens. Les adultes parlent toujours la langue Miskitu, mais les enfants en ont honte et ne parlent que le créole (anglais), langue dominante des communautés de la côte atlantique du Nicaragua.
Nous avons aussi fait des petits ateliers avec les écoliers, principalement tournés vers le lavage de mains
A la fin de l’atelier, nous avons fait quelques jeux pour évaluer l’état des connaissances, et globalement je pense que les gens ont retenu pas mal de choses. Durant le prochain voyage nous construirons les filtres, et nous formerons également des promoteurs de santé (volontaires parmi les bénéficiaires) pour faire le travail de suivi des filtres et pour conseiller les autres bénéficiaires si besoin en est.
On a montré aux gamins un moyen rigolo de se laver les mains, le lendemain ils se baladaient tous avec
Nous allons travailler avec quatre moules pour pouvoir fabriquer les filtres rapidement. Nous avons déjà fabriqué deux nouveaux moules, maintenant on va trimer pour modifier nos deux moules existants pour qu’ils soient identiques aux moules de nouvelle version avant la date prévue pour le voyage. Bien sûr, impossible de donner un filtre version 9 a Marcelo si Roberto a un filtre version 10, ça risquerait de créer des conflits.
Voilà ce qui s'appelle une Big Mama
Cette année, comme l’année dernière, les bureaux de blueEnergy étaient fermés durant la semaine sainte - le jeudi et vendredi sont fériés au niveau national, mais blueEnergy ne se prend pas la tête et nous fait prendre trois jours de vacances et c’est très bien comme ça. L’occasion pour moi d’aller voir un peu de quoi a l’air le côté Pacifique.
Les vacances, ça commence toujours comme ça : poirauter au port de Bluefields
Je partais avec un a priori relativement négatif après mon voyage au Guatemala ; ce que j’avais aperçu du bus de la campagne nicaraguayenne, hondurienne et salvadorienne ne m’avait pas enchanté, loin s’en faut. Très peu d’arbres, énormément de détritus au bord des routes, le sol tellement sec qu’il se fissure un peu partout, voilà pour l’impression générale du paysage. Pas non plus de diversité culturelle comme sur la côte Atlantique où se côtoient des personnes de toutes les couleurs et parlant au moins cinq langues (en fait, je pense qu’il y en a beaucoup plus que cinq mais je ne saurais pas dire combien).
Mais bon, un an et demi au Nicaragua sans avoir vu Granada ni Léon, sans m’être baigné dans le Pacifique ni avoir grimpé le moindre volcan, je me disais qu’il était temps de faire quelque chose. J’ai pris la panga avec mon pote Ramin, qui a terminé son volontariat avec blueEnergy et qui va se faire plaisir en tant qu’administrateur d’un complexe touristique orienté surf au nord de la côte Pacifique.
Pour moi, direction Léon, une ville à l’architecture coloniale du nord du pays au climat particulièrement aride, mais pas plus que l’Andalousie en juillet - août. Personnellement, j’ai trouvé Léon agréable mais un peu décevante par rapport à tout ce que j’avais pu lire et entendre de la ville. J’ai assisté à des bouts de messe des rameaux dans différentes églises de la ville. Si le catholicisme est toujours fort présent au Nicaragua, j’ai été surpris par la liberté que prennent les gens à l’église : entre les cancres du fond qui téléphonent avec leur portable, les mômes qui courent dans tous les sens en braillant, les couples d’ados qui se bécotent et les types qui rentrent avec leur bicyclette, ça ne m’a pas paru très sérieux tout ça.
Cette année, j’ai décidé de ne pas être trop radin et je me suis payé une petite excursion dans une mangrove protégée où j’ai pu voir un petit crocodile, quelques iguanes et de nombeux oiseaux. J’ai aussi eu l’occasion de prendre un petit bain dans les rouleaux du Pacifique.
Après un petit déj café - croissant - pain au chocolat et armé d’un sandwich au brie (made in USA mais pas mauvais pour autant) acquis dans la boulangerie française de Léon, je me suis ensuite dirigé vers Granada. Bon là, rien à dire ça en jette. Très belle ville, touristique mais pas musée comme Antigua ; les habitants m’ont semblé très sympas et toujours prêts à causer, tranquillement assis sur un banc à l’ombre des orangers du parc central. En fait, ce n’est pas des orangers ; mais la phrase sonne bien comme ça, je trouve.
Granada est superbement située au bord du lac de Nicaragua (le plus grand d’Amérique centrale, celui où se trouvent les îles de Solentiname où j’avais passé la semaine sainte l’année dernière). Tout près de Granada sur le lac, se trouvent les Isletas, 365 petites îles formées il y a quelques milliers (millions ?) d’années par la lave expulsée par le volcan Momotombo. J’ai pu louer un kayak durant une matinée pour faire un petit tour de certaines de ces îles du côté de la baie d’Asense, un petit paradis je trouve. J’ai payé presque aussi cher pour louer ce kayak que pour faire un tour en colectivo (bateau à moteur) et voir beaucoup plus d’îles ; mais moi au moins je pouvais m’arrêter de temps en temps sur une île inhabitée pour cueillir quelques mangues, faire un plouf dans le lac et causer avec le pêcheur du coin sur sa barque.
Près de Granada, il y a aussi la laguna de Apoyo, une belle lagune au milieu d’un cratère. L’astuce c’est qu’on peu y aller à pied depuis Granada en marchant sur une petite route non cimentée. Après deux heures de marche, on attaque la descente, qui doit être casse-gueule quand il pleut ; mais la semaine sainte c’est à peu près la période la plus sèche de l’année au Nica. On arrive au bord de la lagune sur une petite plage complètement déserte : idéal pour se rafraîchir après la marche sous le cagnard. Pendant la remontée, j’ai vu une chouette, ou peut-être un hibou. Ensuite je me suis fait une petite frayeur en passant à côté d’un beau spécimen de serpent noir et jaune d’un bon mètre cinquante de long et d’un diamètre conséquent… le temps de m’armer d’une pierre au cas où il devienne agressif, la bestiole avait foutu le camp.
Mon dernier jour à Granada, je suis parti tôt pour grimper au volcan Momotombo ; deux heures de marche au son des singes hurleurs sur une petite route bien pentue pour arriver au point de départ des randos à 1150 mètres d’altitude (c’est pas énorme mais ça fait les mollets). Là-haut, il fait bien frais, c’est un vrai régal. Le climat humide permet le développement d’une végétation luxuriante complètement différente d’en bas. Je n’ai pas pris le temps de faire la grande boucle (4 ou 5 heures, guide obligatoire qu’ils disent) et me suis contenté d’une boucle d’une petite heure ; si je retourne dans le coin, j’essaierai de la faire.
Après Granada, je me suis dirigé vers l’île d’Ometepe, premier endroit peuplé au Nicaragua. La légende dit que le peuple Nahuatl venu du Mexique se dirigeait vers le sud à la recherche d’un nouveau foyer illustré par la vision de deux volcans jumeaux au milieu d’un lac ; lorsqu’ils aperçurent Ometepe (deux collines, en Nahuatl), ils surent que leur quête était terminée et s’y installèrent. Je suis arrivé dans un tout petit port du sud de l’île ; j’ai donc filé directement au fameux « charco verde » voisin, un petit étang relié au grand lac et entouré d’une forêt relativement préservée. Si la plage était relativement bondée, jeudi saint oblige, les sentiers serpentant dans la forêt aux alentours étaient totalement déserts. L’endroit est vraiment magnifique ; il y a énormément de singes hurleurs tellement peu farouches qu’on peut passer à deux mètres sous la branche sur laquelle ils sont tranquillement installés. Je me baigne sur une petite plage totalement déserte un peu plus loin.
Il y a plein d’autres endroits de l’île où je souhaiterais aller, mais il est déjà temps de se diriger vers Managua pour y pendre le bus de nuit vers Bluefields, en compagnie d’Eric et sa petite famille et Morten, deux autres volontaires de bE. Si je peux je reviendrai.
Pour conclure, un petit message écolo-relou : la désertification est vraiment un fléau terrible qui transforme des régions agréables en déserts où rien ne pousse. Bien que le principal responsable de ce phénomène soit le brûlis pour le développement agricole, le commerce des bois tropicaux joue son rôle : ne vous rendez pas complices en achetant du bois tropical non certifié et songez aux projets de reforestation si vous souhaitez faire un don (et à blueEnergy aussi).
Bises,
Salut à tous,
Ca faisait longtemps je sais, mais sans appareil photo, je ne me suis pas aventuré à écrire des articles parce que ça aurait été chiant pour vous. Mais le problème est résolu, donc me revoilà.
J’ai reçu la semaine passée ma première formation depuis que je suis dans le monde du travail (oui, je travaille, note en passant, je ne fais pas que me balader dans la jungle et boire du Flor de Caña). La formation était dispensée par Paul, un ingénieur anglais de CAWST, c’est-à-dire l’organisation conceptrice du filtre de biosable que nous fabriquons, et s’intitulait « Promotion de la Santé Communautaire par la Formation de Promoteurs de Santé ». Une formation pour devenir formateur de promoteurs de santé, en somme.
La formation se déroulait à Antigua Guatemala. Nous y sommes allés avec 3 collègues, Jorge le technicien des filtres, et Maïté et Cindy de l’équipe sociale. Pour les faits marquants, pas grand-chose à signaler, à part une brève arrestation par l’armée salvadorienne parce que Jorge prenait des photos du palais présidentiel (ils rigolent pas les kakis là-bas). Antigua Guatemala est une ville superbe, mais touristique à un point que les américains qui y apprennent l’espagnol en masse doivent parfois se demander s’ils sont bien à l’étranger. La ville a réveillé une certaine nostalgie de l’Equateur en moi. L’architecture, la nourriture, l’artisanat, les gens et leur accent rappellent la Sierra équatorienne.
La formation était géniale également, Paul étant brillant dans son rôle de formateur. Il a vraiment su animer cet atelier et faire participer tout le monde, de sorte que l’on ne s’est jamais ennuyé. Exactement ce qu’il nous faudra répliquer dans les communautés, avec notamment de jeux et activités de groupe pour dynamiser l’ensemble. Cette formation m’a fait prendre conscience de quelques éléments clés, mais le principal enseignement, c’est que les gens savent des choses, et que l’on est là pour aiguiller leur raisonnement et non pour leur faire la leçon.
Vous avez donc compris que cette semaine a été très bénéfique pour moi, et maintenant je suis impatient d’aller appliquer ces méthodes en communautés.
A bientôt !
Bonjour à tous,
Mon premier article de 2011 est l’annonce d’une triste nouvelle : on nous a volé le peliguey. Je sais, manquant à tous mes devoirs, je ne vous avais jamais présenté Boz, notre peliguey. Le peliguey est un genre de mouton à poil ras, et Boz, ça veut dire mouton en farsi. Le farsi, c’est la langue parlée en Iran. L’Iran, c’est le pays d’origine de la famille de mon pote Ramin. D’où Boz, notre peliguey farsi (sans mauvais jeu de mots. Ou plutôt si, avec).
Boz, juste après son arrivée chez nous
Les jours heureux...
Ramin avait acheté Boz avec pour objectif d’en faire une tondeuse à gazon naturelle et économique. Hélas, Boz avait une nette préférence pour les plantes du potager (voir photo ci-dessous).
Le potager, ou plutôt ce qu'il en reste
Nous aurions dû écouter les conseils des autres volontaires qui suggéraient d’en faire un méchoui ou des côtelettes grillées. Ramin était à deux doigts de flancher mais j’ai toujours milité pour garder mon copain Boz. Alors nous avons construit un petit enclos pour notre peliguey favori afin qu’il se mette enfin à bouffer de l’herbe. L’enclos a servi trois jours.
Dernière photo prise de Boz, déjà adolescent pubère
Cette nuit j’ai vaguement entendu nos deux chiens inutiles aboyer, à peine plus fort qu’ils ne le font d’habitude quand un chien errant passe devant la maison. Ils font les malins bien planqués derrière la grille mais dès qu’il s’agit de défendre leur territoire face à un voleur de peligueys sans vergogne, mieux vaut ne pas trop compter sur eux. Car ce matin, Boz n’était plus là.
La mascotte sous son abri
Le pire c’est de penser que le type l’a probablement lancé par-dessus la clôture du jardin qui fait largement 2,50 mètres de haut et qui est surmontée de barbelés (pobrecito).
Ramin, lorsqu'il était un jeune papa attentionné
Drôle d’endroit où l’on s’introduit par effraction chez les gens pour dérober un ruminant dont la valeur commerciale est de 30 €. Mais guère surprenant quand on sait que durant les vacances de Noël quelqu’un s’est introduit chez nous pour piquer un régime de bananes qui ne vaut pas deux euros sur le marché à Bluefields.
Hasta siempre, Boz!
Après quelques mois éprouvants à travailler sur le projet d'électrification / fourniture d'eau potable aux neuf communautés Rama et Créoles au sud de Bluefields, j’ai décidé de prendre quelques jours de repos sur l’île de Little Corn Island.
Comme je suis un peu flemmard aujourd’hui, je vais me contenter de mettre quelques photos, qui je pense parlent d’elles-mêmes.
Ca, c'est le port en face de Bluefields (El Bluff). Rassurez vous, ce je ne suis pas allé à Corn Island sur un de ces bateaux...
Une des nombreuses éoliennes de l'île (la plus funky, assurément)
Dans le coucou au retour, j'étais l'unique passager ! La prochaine fois, je leur demande de me passer les commandes !
Retour à Bluefields
Tout cela est bien beau, mais vous allez penser que je poste sur ce blog uniquement pour vous narguer avec des photos de plages sublimes, de communautés accueillantes, de gens toujours souriants, etc. Or, les Caraïbes, c’est certes beaucoup de bonheur – les gens rigolent tout le temps, surtout les Créoles – mais c’est aussi de la misère, de la drogue, de l’alcoolisme et de la violence. Et il ne faut pas aller bien loin pour faire face à cette réalité. J’essaierai d’en parler dans un prochain article.
D’ailleurs il faut que je réponde à blueEnergy si je reste un an de plus ou non, et croyez-moi, c'est une décision difficile à prendre.
Depuis deux semaines, nous apprenons une nouvelle technique de forages manuels. Il faut savoir que dans la région, la quasi-totalité des puits sont traditionnels, c’est-à-dire creusés à la main à la pelle et à la pioche. Cela coûte cher en main d’œuvre et en matériels, car il faut équiper chaque puits avec :
Enfin, ça c’est la théorie parce que dans la pratique, les puits sont souvent construits par les propriétaires et ressemblent plutôt à cela :
J’ai donc fait venir à Bluefields un expert dans ce type de puits, qui a bien voulu nous former sur le tas, en perforant un puits avec nous. La mairie de Bluefields s’est chargée d’organiser les groupes de personnes afin que l’on dispose de toute la main d’œuvre nécessaire.
La technologie est vraiment appropriée : tout a été fait dans notre atelier avec des matériaux achetés à Bluefields. Il s’agit d’un foret en forme de flèche fait à partir de plaques de fer soudées entre elles ; ce foret est ensuite vissé sur un tube de fer de trois mètres de long, puis au fur et à mesure que l’on progresse, on ajoute des tubes, de PVC cette fois. Le foret est mobilisé par une ou deux personnes qui perforent, et de deux à six personnes qui le lèvent au moyen d’un système de corde et poulie montée sur un derrick de cinq mètre de haut en troncs d’arbres. Le trou de forage est en permanence rempli de boue afin d’en stabiliser les parois. Une partie de la boue est évacuée par la tête de l’outil de forage à chaque mouvement descendant.
Bon, quelques petites photos valent mieux que beaucoup de blabla :
En cinq jours nous avons perforé un puits de 24 mètres de profondeur, les gens étaient étonnés et ravis ! Une fois que le puits est perforé, on place dans le forage un tube de PVC de 5 centimètres de diamètre ; un pneu de camion que l’on remplit de cailloux et sur lequel on ajoute une couche de ciment pour imperméabiliser ; on installe la pompe manuelle (faite maison également) et le tour est joué. Le tout ne coûte pas plus de 30 € en matériel.
Hélas comme je dois faire mes propositions techniques pour le gros projet avec la banque mondiale, je n’ai pas pu passer autant de temps sur ces forages que je le souhaiterais, mais j’espère en avoir l’occasion dès la fin de la pré-inversion
Cette semaine je me suis rendu pour la troisième fois à Rama Cay, cette petite île de la baie de Bluefields où vivent la majorité des Indiens Rama. Buts de cette visite : faire les relevés des points d’eau comme à Corn River et à Tiktik Kaanu, et faire une étude des déchets sur l’île. La Banque Mondiale nous demande en effet de proposer des solutions pour limiter la pollution par les déchets de cette île surpeuplée (1500 personnes se partagent un espace en forme de 8 de 400 mètres de long et dont la largeur n’excède pas 150 mètres).
Le premier jour, j’ai battu mon record avec 37 points d’eau étudiés. C’est un travail un peu fastidieux à la longue, surtout qu’à Rama Cay ce ne sont que des puits. Du coup je fais à chaque fois les mêmes choses. D’abord, je note les coordonnées GPS, la distance et le temps entre la maison et le puits, et le temps pour venir du centre de la communauté. Ensuite, je pose quelques questions aux utilisateurs : « Combien de familles utilisent ce point d’eau ? », « Comment s’appelle le propriétaire ? », « Le puits se sèche-t-il en été ? », «Buvez-vous l’eau de ce puits ? », « A quelle fréquence lavez-vous le puits ? », « Désinfectez-vous l’eau avant de la boire avec du chlore, la filtrez-vous ? », « Êtes-vous satisfaits de la qualité de votre eau ? » Ensuite, je regarde les possibles sources de pollution à proximité comme latrines, douches, rejets d’eau de cuisine, entassements de déchets, etc. Je fais un rapide examen visuel de l’eau (turbidité basse, moyenne ou élevée, couleur, odeur, goût). Puis je note les caractéristiques du puits : dalle, couvercle, revêtement intérieur, canal de drainage, enclos fermé, système d’exhaure (pompe manuelle ou seau + corde). Je mesure la profondeur de l’eau et du puits avec une corde lestée et le tour est joué. Après quelques puits d’échauffement, je prends un bon rythme de croisière et ne passe pas plus de cinq minutes à chaque fois.
Pendant que je visite les puits avec Aracelly, une Rama qui travaille de temps en temps avec bE, mes collègues Pedro et Maïté parcourent l’île pour effectuer un petit sondage des pratiques en matière de gestion des déchets. Devant l’engouement que fait naitre ce sujet, ils ne garderont pas un souvenir impérissable de cette journée.
Le soir, on mange dans la maison du pasteur de l’île. On cause un peu de choses et d’autres. Je retiens deux histoires qui montrent bien la pauvreté à tous les niveaux. La première est celle d’un couple dont le mari a dû parcourir plus de quinze kilomètres sur un Cayuco à rames pour emmener sa femme, sur le point d’accoucher, à Bluefields car il n'avait pas de quoi payer pour le cauyuco à moteur. Le bébé est mort-né au milieu de la baie. La deuxième, c’est quand j’ai demandé à la fille du pasteur combien d’enfants elle avait. Elle me répond : « un ». Pedro, qui la connaissait, s'étonne : « Ah, je pensais que tu en avais deux ». Réponse : « non, le premier il est avec ma mère ». Elle a eu son premier bébé vers seize ans mais comme elle ne pouvait pas s’en occuper, elle l’a fait élever par sa mère, donc pour elle ce n’est pas son enfant. L’histoire classique dans la région…
Si je vous dis que sur la photo ci-dessus, la petite cabane est une latrine, vous comprendrez que nous évitons de nous baigner à Rama Cay...
Le lendemain, nous faisons une réunion avec quelques personnes influentes de l’île. Au vu de l’intérêt suscité par les discussions de la veille autour du thème des déchets, nous avions des craintes légitimes quant au déroulement de la réunion. Mais finalement, tout s’est très bien passé et la participation fût intéressante. Les représentants de l’île, à défaut d’avoir des connaissances très poussées en la matière, ont au moins conscience du problème que représentent les mauvaises pratiques de gestion des déchets. Aujourd’hui, c’est un peu le grand n’importe quoi : certains brulent tout (plastiques, déchets organiques, piles, petits électroménagers), d’autres balancent tout à la baie, d'autres encore ne font rien. Changer tout cela ne sera pas facile, mais c’est mon job et quelques idées intéressantes ont été émises, sur lesquelles on va travailler. En effet, notre but n’est pas d’imposer des solutions, sinon offrir la parole aux personnes de la communauté afin qu’ils définissent eux-mêmes les alternatives qui leurs paraissent acceptables.
Suite du projet pour la banque mondiale : la communauté Corn River. Pourquoi « Corn River » et pas « Río Maíz », puisque c’est comme cela que l’état nicaraguayen appelle officiellement la communauté ? Et bien tout simplement parce que Corn River est une communauté créole ; la majorité de ses habitants parle anglais et c’est donc ainsi qu’ils nomment leur communauté.
J’ai donc passé une semaine entière dans cette communauté du fleuve de maïs, pour faire le même travail que précédemment à Tiktik Kaanu : étude des points d’eau et rapide bilan des bâtiments communaux en vue de possible projets d’eau potable et d’énergies renouvelables.
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Je pense que Corn River est la plus belle communauté que j’aie vue au Nicaragua ; allez, disons ex-æquo avec Monkey Point qui est située sur un site exceptionnel. Corn River, c’est à la fois la mer et le fleuve ; les cocotiers et la jungle ; l’eau chaude et salée cherchant à vaincre l’eau douce et fraîche à chaque marée montante avant de se faire repousser.
Toutes les maisons sont en bois avec toit de palme. Pas de zinc troué et rouillé ici. Jusqu’à quand ? Les habitants sont satisfaits de leurs maisons ainsi, et ils ont raison : la palme conserve une température agréable. Par contre, ils ne seraient pas contre quelques bâtiments communaux en zinc et béton, car ces matériaux durent plus longtemps.
Pour l’instant, seule la caserne des militaires a son toit de zinc. « A quoi servent ces militaires dans une communauté perdue d’une centaine d’habitants ? », me demanderez-vous. Et bien la côte Est du Nicaragua étant idéalement située sur la route entre la Colombie et les Etats-Unis, le narcotrafic est omniprésent ici. Parfois, les pangas qui voyagent de Colombie aux Etats-Unis terminent dans cet état.
Ici, pas de « millionnaire » ou de « Tak o tak ». La loterie nationale consiste à se balader sur la plage. C’est bien, cela ne coûte pas cher. Pas d’histoires de vendredi 13 ou de vaudou ; simplement, on joue de préférence les jours où souffle le vent du large. En effet, lorsque les pangas colombiennes sont prises en chasse par la marine nica, elles balancent leur chargement par-dessus bord, de manière à échapper à leurs poursuivants. Et c’est pour qui le bingo ? Pour les habitants des communautés côtières, comme Corn River.
A part jouer à la loterie colombienne, l’activité principale à Corn River est la pêche : requins, raies et plein de poissons dont je ne connais pas le nom en français. La majeure partie est pour la consommation dans la communauté, mais certains disposent d’un gros moteur qui leur permet de vendre la poiscaille à Greytown, la ville la plus proche. Les ailes de requins se vendent à un prix exorbitant, au contraire de la chair.
A propos de requin, il m’est arrivé une drôle de mésaventure… En espagnol, requin se dit tiburón. Or comme les gens n’arrivent jamais à prononcer mon prénom, je dis souvent « Thibaut, comme tiburón » pour les aider (il faut croire que l'enchainement de ces deux syllabes est d’une complexité extrême). Or je viens d’apprendre qu’en argot bluefileño, tiburón signifie homosexuel ! Donc je passais mes coups de fils professionnels en me présentant d’une manière qui pourrait se traduire par : « Bonjour, je suis Thibaut comme tarlouse… ». La grande classe ! En plus j’ai déjà dû le sortir aussi à la Cima ou au 4 Brothers. Donc pas mal de filles avec qui j’ai dansé doivent se dire que je suis gay... Bon, la vie continue ; mais je vais peut être vous laisser et aller à la Cima pour rétablir la vérité…
Salut à tous,
Le grand projet que tout blueEnergy attendait avec impatience est enfin arrivé. L’électrification et la fourniture d’un accès à l’eau potable à neuf communautés Indiennes (nationalité Rama) et Créoles de la côte Atlantique du Nicaragua.
Le projet débute par les nécessaires visites de reconnaissance dans chacune des neuf communautés. Je suis le responsable technique du projet (eau et électricité) mais je ne fais pas tous les voyages : deux équipes travaillent en parallèle et un de mes collègues fait la moitié des communautés. Pour l’anecdote, il est allé au même lycée que moi.
Il y a deux semaines mon équipe est partie à la communauté Rama de Tiktik Kaanu. Elle se situe à l’intérieur des terres, sur le río Kukra, à environ quatre heures de panga de Bf.
Ma mission, et je l’ai acceptée, était de faire un bilan de l’accès à l’eau et à l’électricité de la communauté, et également de faire l’inventaire des points d’eau qui pourraient améliorer cette situation.
Marcelo, mon guide dans la communauté
Ce fût l’occasion pendant quatre jours de crapahuter dans la jungle, me faire piquer par un essaim de guêpes furax, traverser des marécages avec de l’eau jusqu’à la taille (souvent de me vautrer lamentablement dedans, d’ailleurs), prendre des notes dans la forêt pendant que des centaines de moustiques essayaient de me piquer…
Il y a eu du réconfort aussi, quand après huit heures de marche dans la forêt, sans rien manger depuis le petit déj, Marcelo nous a dégoté des ananas (les meilleurs de ma vie), de la cane à sucre et des litchis…
Un jour, un serpent juste au bord du chemin (de ceux dont on ne raconte pas la morsure, en général) est là pour me rappeler que, bien que fatigué, on a toujours intérêt à regarder où on met les pieds dans la jungle…
Les gens chez qui on logeait étaient vraiment gentils. La communication était parfois un peu difficile : leur langue maternelle est l’anglais créole, et pour eux l’espagnol est la langue des envahisseurs mestizos qui leurs volent leurs terres (ils les appellent « spaniards »…) Quand ils parlent créole entre eux, je ne comprends pas un mot, mais quand ils me parlent, ils font un effort pour parler un anglais plus standard et on finit par y arriver.
Nazario, le Président de la communauté, chez qui on logeait
Eux, c’était des petits spaniards, mais ils étaient mignons quand même…
Ensuite, il y a eu le retour à Bluefields, et l’écriture des rapports : deux (eau et énergie) pour chaque communauté. Et comme le mec qui était dans mon lycée a fait ca a l’arrache, et que je suis responsable du tout, j’ai du me taper à peu près la totalité.
Faire la fermeture du boulot à huit heures du soir, en emmener à la maison pour après le dîner, bosser les samedis et dimanches… ca n’a jamais franchement été mon truc. Et bien, il a fallu que je m’y mette. Et pendant les trois mois de la première phase du projet, ca devrait être tout le temps comme ca.
D’ailleurs demain je repars, dans la communauté de Corn River (rivière de maïs). Huit jours de travail communautaire, sous la pluie et les orages, ca devrait être sympa…
A bientôt
La Pointe aux Singes… depuis le temps que j’en rêvais, blueEnergy m’y a envoyé. Je dois ce premier vrai déplacement professionnel à l’insistance d’Esteban, un copain argentin qui est depuis retourné à Buenos Aires. Il avait milité pour que je sois inclus dans ce déplacement, alors Esteban si jamais tu lis ces lignes, merci ! (Note : il parle français, pour ceux qui se diraient qu’il y a un truc qui cloche).
Bref, j’ai pris place à bord de la panga (je ne vais pas réexpliquer à chaque fois ce que c’est, d’accord ?) sauf que cette fois c’était sur la mer des Caraïbes et non sur un paisible río ou la polluée mais inoffensive lagune de Bluefields. Si tu te dis que la mer des Caraïbes sert seulement à barboter avec un masque et un tuba, sache qu’il y avait au retour des creux de 2 mètres ; quand tu te les prends en panga, tu morfles, surtout quand tu es assis au premier rang. Gare aux bijoux de famille !
Enfin bon, nous sommes quand même arrivés vivants à Monkey Point. Je ne sais pas pourquoi la communauté porte ce nom, moi je l’aurais appelée Mango Point parce que des singes je n’en ai ni vu ni entendu. Alors que des manguiers, il y en a absolument partout : le bonheur !
A part manger des mangues, j’avais une autre mission : faire le suivi des filtres à eau précédemment installés. C’était surtout un prétexte pour visiter la communauté et commencer à connaître ses habitants, faire en sorte de bâtir une relation de confiance avec eux. C’est en effet à Monkey Point (dorénavant ce sera MP) que devrait se dérouler mon grand projet d’eau et assainissement.
Les visites de filtres ont tout de même débouché sur leur petit lot de satisfactions pour moi. Une femme m’a dit que ses enfants, qui avaient des diarrhées fréquentes avant qu’ils ne reçoivent le filtre, se portent maintenant comme des charmes. Il paraît qu’ils ne veulent plus boire d’eau non filtrée, et ce n’est pas plus mal. Il y avait aussi cette maison dans la jungle dont la propriétaire a apporté un seau d’eau couleur marron : avant elle la buvait telle quelle, maintenant, elle est très contente d’avoir un filtre qui la rende transparente. Je ne suis pas sûr qu’elle sache que l’eau non filtrée présente surtout des risques pour la santé en raison du nombre incalculable d’organismes pathogènes qui peuvent s’y trouver ; le principal est qu’elle utilise son filtre.
J’ai également profité du voyage pour en savoir plus sur leurs pratiques en matière d’assainissement. Le projet prévoit en première phase la construction de latrines individuelles et publiques dans la communauté, il faut donc savoir quel système est le plus approprié. Pour l’instant j’ai juste tâté un petit peu le terrain, mais c’est un thème que les gens n’aiment pas aborder, particulièrement avec un inconnu. Les premières impressions sont cependant que l’idée de latrines sèches est relativement bien acceptée et que ceux qui en ont en sont satisfaits (mais nous allons en construire des archement mieux).
Mais un voyage à MP, c’est pleins d’autres choses également. Les bains de mer face au soleil couchant. Le riz – haricots rouges trois fois par jour. Les nuits dans un hamac d’où l’on peut regarder les étoiles en s’endormant. Boire l’eau d’une noix de coco en regardant la mer à 270 degrés. Assister à une réunion en espagnol durant laquelle les créoles se mettent à parler anglais quand ils s’énervent. Les tortillas de blé cuites à l’étouffée : une tuerie. Et j’en oublie. Vivement la prochaine fois.
d'Orinocco et Wawashang, celles-ci ont été prises par Phil