« Choisissez un travail qui vous plaît et vous n'aurez pas à travailler
un seul jour de votre vie »
Confucius
« Choisissez un travail qui vous plaît et vous n'aurez pas à travailler
un seul jour de votre vie »
Confucius
Après une émouvante rencontre avec un poisson de plusieurs tonnes, je prends le chemin du retour vers Bluefields. Je compte bien sûr éviter l’affreuse Cancún et sa petite sœur Playa del Carmen, mais m’offre quand même une brève halte sur la côte caraïbe du Yucatán à Tulum. Contrairement à Cancún et Playa, Tulum n’est pas une portion de côte affreusement bétonnée dans un pur style espagnol (pas besoin de traverser l’Atlantique pour voir des immeubles de 50 étages pourrir le littoral). De plus Tulum propose (au moins) une activité autre que l’abus de soleil, l’abus de plage et l’abus d’alcool : la visite de ses ruines mayas, le seul site réellement significatif situé au bord de la Mer des Caraïbes.
Plage de Tulum
Autant le dire tout de suite, le site archéologique n’impressionne guère comparé à Palenque, Uxmal et Chichén Itzá. Les constructions sont de petite taille et on ne peut pas grimper dessus. Par contre, les structures surplombant la mer bleu turquoise créent un spectacle superbe. Le site mérite donc d’y passer deux heures pour profiter de la vue et imaginer la réaction des Mayas du XVIe siècle lorsqu’ils virent arriver d’immenses navires transportant des hommes blancs et barbus.
Des ruines mayas et la mer des Caraïbes... que demande le peuple ?
La plage au pied des ruines
Les locaux vivent à un rythme caribéen
J’ai aussi profité d’une bonne après-midi de snorkelling à Akumal, une baie où l’eau est cristalline et les tortues nombreuses et pas farouches. La baie est fermée par une barrière de corail ; les tortues se maintiennent à l’intérieur, ce qui donne un peu l’impression de faire du snorkelling dans un aquarium géant.
Les rivages de la lagune de Bacalar à quelques kilomètres de la frontière du Belize constituent un endroit très relaxant pour ma dernière étape mexicaine. J’accroche mon hamac sous une palapa à quelques mètres de l’eau et profite du plaisir d’une bonne baignade en eau douce dans une eau incroyablement claire. On a le sentiment de se baigner dans la mer des Caraïbes, sauf que l’on peut ouvrir les yeux sans que ça pique ! La nuit, le vent se lève et apporte avec lui les nuages chargés de pluie qui m’oblige à recalculer le meilleur positionnement pour mon hamac, en tenant compte de la vitesse du vent.
La laguna Bacalar
La prochaine fois, j'essaierai de tenir compte de la vitesse du vent avant d'accrocher mon hamac
Puis, vient l’heure de traverser le Belize. La plus grande ville du pays, Belize City, avec ses 70.000 habitants, me parait tout-à-fait charmante, en totale opposition avec les commentaires quasi-unanimement négatifs des voyageurs rencontrés. Peut-être que d’avoir vécu deux ans et quelques à Bluefields a modifié ma perception du charme caribéen… Hélas je n’ai pas le temps de m’attarder dans le pays et continue vers le Guatemala.
La petite ville de Flores est un point de rencontre idéal pour retrouver Dina et partir visiter le fameux site maya de Tikal. Celui que l’on m’avait décrit comme le site maya le plus impressionnant n’est pas décevant, loin de là… mais là encore, est-il vraiment plus beau qu’Uxmal ? Plus magique que Palenque ? Plus impressionnant que Chichén Itzá ? Très différent, en tout cas. Les pyramides les plus tardives sont ici très élancées et dépassent la canopée, ce qui fait que d’en haut de la plus haute d’entre elles, on peut voir la majorité des grands édifices du site. La nature autour de celui-ci est bien préservée puisqu’il se trouve au sein d’un immense parc naturel. Les animaux sont nombreux, notamment les singes hurleurs qui donnent de la voix, produisant un impressionnant spectacle sonore résonnant sous la canopée.
Temple I de Tikal
Temple II de Tikal
A Tikal, les arbres sont haut, mais les temples le sont plus encore
Là où la rivière se cache sous la Montagne, Semuc Champey en langage maya q'eqchi, est une véritable merveille de la nature. En fait de montagne, les eaux tumultueuses et boueuses du río Cahabón s’engouffrent sous un « pont » de calcaire de 300 mètres de long. Vues depuis le mirador du site, les piscines d’un vert émeraude sont absolument magnifiques.
Piscines de Semuc Champey
Là où la rivière s'engouffre sous la montagne
Semuc Champey vu du mirador
Après un bref passage à Antigua, ce qui n’est pas désagréable, nous prenons la route pour Copán au Honduras, où se trouve le dernier site d’intérêt du voyage avant le retour à Bluefields. Si la petite ville est sympathique, c’est bien sûr les formidables ruines de la ville maya qui valent le détour. On m’avait prévenu que je risquais d’être déçu après avoir vu Tikal, et bien non. Les stèles sculptées sont impressionnantes, et que dire du formidable escalier hiéroglyphique ? Une vraie merveille. De plus, si le site est maintenu en très bon état, les travaux de réhabilitation n’ont pas fait table rase de la forêt autour, ni des nombreux arbres qui envahissent les structures. Et de voir des arbres immenses qui poussent au sommet de pyramides de 30 mètres de haut, moi ça me fait quelque chose. A noter, un projet de réintroduction d’aras (des grands perroquets multicolores) permet d’admirer ces superbes oiseaux en semi-liberté : ils dorment dans des cages et sont libérés durant la journée. Bref, les stèles sculptées et les hiéroglyphes des autels et de l’escalier font de Copán un chef-d’œuvre de l’art maya. Un détail intéressant que j’ai pu capter d’un guide passant près de moi : une des stèles représente un roi de la ville affublé d’une barbe postiche pour renforcer son caractère divin. Dès lors, on comprend la confusion causée par l’arrivée des conquistadores barbus quelques siècles plus tard.
Place centrale de Copán
Une des nombreuses stèles de Copan représentant les souverrains de la cité
L'escalier hiéroglyphique : en photo ça n'impressionne guère, mais en vrai c'est incroyable. Chaque marche ainsi que les rampes sont couvertes de hiéroglyphes
La nature n'a pas attendu le XXe siècle pour inventer les bâtiments végétalisés
Les collines autour de Copán, fameuses pour leur café
Le lendemain nous prenons le bus pour San Pedro Sula où nous passons la nuit, avant d’enchainer 27 heures de transport pour arriver à Bluefields.
Note : je ne sais pas ce que fout l'hébergeur de ce blog, mais si cet article ne ressemble à rien, c'est lui qu'il faut blamer
Salut !
… c’est lui, et j’ai nagé avec !
Lui, c’est un requin baleine. Je n’ai nagé ni avec celui de la photo, ni avec le plus grand du monde, mais avec trois de leurs congénères (ou peut-être trois fois avec le même). Bien sûr, les baleines sont plus grandes mais ne sont pas des poissons.
Une colonie de requins baleines se maintient au large de l’île Holbox au nord de la péninsule du Yucatán de mi-mai à mi-septembre. La probabilité de les voir est relativement élevée, même si j’ai rencontré quelques déçus. Et oui, payer 900 pesos pour faire 4 heures de lancha en mer et ne rien voir, ça doit être assez énervant.
La popularité de l’île Holbox tourne entièrement autour des requins baleines. Il ne faut donc pas s’étonner de voir des dizaines de tour operators qui proposent de nager avec les géants des mers. Un conseil pour qui va faire cette expérience exceptionnelle : choisissez bien votre opérateur. En effet, la plupart sont en communication pour tenter de localiser les requins, ceux-ci tournant en rond dans des zones chargées en plancton. Lorsqu’un bateau a localisé un ou plusieurs requins, il appelle ses copains à la CB afin que tout le monde profite du spectacle… Plutôt positif, me direz-vous : comme ça, les chances de voir un requin sont multipliées. Oui, mais les chances de voir un requin avec 30 gusses autour de lui aussi. Et ça peut être un peu pénible, pour vous, et pour le requin encore plus. Mais il y a d’autres guides qui sont plus indépendants, ce qui permet d’avoir plus d’intimité dans ce contact avec les requins (mais moins de probabilité de les voir aussi).
C’est donc ce qui s’est produit lors de mon voyage à Holbox. Il y avait une trentaine de bateaux tournant autour d’une colonie de requins, un peu comme des mouches autour d’un endroit pas propre. Un peu dommage, mais au moment d’entrer dans l’eau, on oublie tout ça et on profite à fond ! Le guide te dit : “On y va !” alors tu sautes, tu remets un peu ton masque qui s’est à moitié barré en travers de ton front, tu ouvres les yeux, et là tu le vois : un magnifique animal, la gueule ouverte pour bouffer un maximum de plancton, qui t’arrive droit dessus. La première fois, tu te demandes si c’est normal, et tu te pousses un peu pour lui faire de la place, puis tu le suis à peine quelques secondes. Alors le guide se fout de toi : “il va pas te manger ! Laisse le venir vers toi, il passera en dessous de toi, et ensuite tu nages à fond pour le suivre.”
On va à l’eau par groupe de deux plus le guide. Après mon passage, c’est au tour d’un couple mexicain de nager avec le grand squale. Le guide dit : “on y va ! Euh… Non, il est déjà passé !” La Mexicaine se jette quand même, et elle nage pendant un moment avant de capter qu’il n’y a ni requin, ni guide, ni son mari autour d’elle. Le deuxième essai sera le bon, mais hélas elle revient avec le mal de mer et ne nagera plus.
A mon deuxième passage, je fais comme m’a dit le guide et je le suis si bien, juste au-dessus de ses branchies, qu’au bout d’environ trente secondes, ma tête heurte violemment quelque chose de dur. Première pensée : “un requin m’attaque !” (on n’est pas forcément très cohérent dans ces moments-là…). Je raisonne rapidement et me dis que ce n’est pas possible. Je me rends compte que c’est la lancha qui m’a coupé la route. Avec mon élan, je me trouve collé juste en-dessous par mon gilet de sauvetage (obligatoire, pour ne pas nager sous les requins). Je nage donc pour sortir de l’autre côté, en espérant que la lancha soit perpendiculaire et non parallèle à moi pour ressortir rapidement. Ouf ! Je suis dehors ! Je me retourne, furieux que le lanchero m’ai joué ce mauvais tour, et là je vois les collègues sur la lancha qui m’indiquent le requin et m’encouragent à le suivre, ce que je fais avec plaisir, jusqu’à ce qu’un autre groupe de touristes se jette à l’eau devant moi. Comme je vous le disais, c’est un peu l’usine !
Selon le guide, mon requin mesurait 9 mètres, mais je pense qu’il exagérait un peu, et lui donnerais « seulement » 6 mètres.
Au retour, le groupe s’arrête sur une petite plage sympa, sable blanc et eau turquoise, des pélicans et des frégates partout. Le guide et le lanchero nous préparent un ceviche de poisson (poisson cru préparé dans du jus de citron vert, accompagné de tomates, oignon, coriandre et sauce piquante). Pendant ce temps, le couple mexicain, dont la femme a l’air d’aller mieux, remettent leurs masques et tubas et vont observer les fonds marins, bien qu’il n’ait l’air de rien y avoir de spécial. Je vais me baigner, puis mange mon ceviche. La Mexicaine, qui décidemment n’en rate pas une, revient vers le bateau : “J’ai perdu mon appareil photo sous-marin dans l’eau !” Allez, on remet tous le masque et tuba pour chercher l’appareil. Effectivement, il n’y a strictement rien à voir ; je me demande pourquoi elle a emmené son appareil photo. Le guide trouve l’appareil et moi je trouve le billet de 2US$ qu’a perdu le guide (les billets de 2US$ sont très rares et généralement conservés comme porte-bonheurs).
A part voir les requins baleines, il n’y a pas grand-chose à faire à Holbox, même si l’endroit est loin d’être désagréable. Comme je n’ai plus beaucoup de temps dans mon voyage, je quitte l’île le lendemain tôt, avec les copains que j’avais rencontrés à Mérida. Objectif atteint ; si je peux, je reviendrai !
… ça vous dit quelque chose ? Oui, c'était un peu le même programme au Chiapas, mais je ne m'en lasse pas, loin de là.
La ville coloniale de Campeche, au bord du golfe du Mexique, vit un peu à l’heure espagnole. Les ruelles désertes dans l’après-midi de son centre colonial s’animent peu à peu au fur et à mesure que le soleil descend vers l’horizon. Les Campechanos profitent alors de la place centrale et des ruelles adjacentes où ils peuvent déguster de bons antojitos (équivalent des tapas) dans une ambiance sociable. Si dans les autres endroits au Mexique que j’ai connus, les antojitos se limitent aux tacos, salbutes, negritas et autres dérivés de tortillas de maïs, à Campeche il existe une certaine diversité, avec notamment des sandwichs au pâté, salades de pates et de légumes et autres petites assiettes à picorer. Sympa, surtout devant une fontaine lumineuse et musicale passant des morceaux de jazz.
Place centrale de Campeche
Ruelle de Campeche
Ruelle de Campeche
Le site archéologique de Uxmal, bien que relativement peu connu au niveau international, est extraordinaire avec ses sculptures de style puuc, qui sont probablement les plus impressionnantes du genre. Tant mieux d’ailleurs, car l’entrée est bien plus chère qu’à Palenque (qui pourtant est bien plus connue). Cher et peu renommé, le site n’attire donc pas les foules et c’est très bien comme ça. Sur le chemin de Mérida, un jeune garcon souffre le martyre dans le bus. Il s'est cassé la jambe et sa mère l'a mis dans le bus pour qu'il aille se faire soigner en ville. Pas cool, surtout que les bus mexicains de deuxième classe s'arrêtent sans arrêt pour faire monter et descendre des passagers...
Pyramide du devin à Uxmal
Palais du gouverneur à Uxmal
En haut du templo Mayor d'Uxmal
Le pigeonnier à Uxmal
La ville de Mérida, capitale de la péninsule, est une vraie merveille d’architecture coloniale et d’ambiance très détendue (à part le soir de mon arrivée avec le meeting d’une candidate à la présidentielle, qui n’a pas été élue d’ailleurs). Les larges avenues donnent à la ville un air plus européen que latino-américain. Comme souvent depuis que je suis au Mexique, je dors dans un hostal, genre d’auberge de jeunesse où la plupart des gens sont Européens ou Nord-Américains. Ce n’est pas forcément l'ambiance que je recherche mais ces endroits sont les seuls à proposer des dortoirs, et donc ça revient bien moins cher que dans les hôtels classiques. L’hostal de Mérida est assez chouette, avec une grande piscine et des hamacs suspendus au-dessus de l’eau. Je retrouve Marc, un Allemand que j’ai connu à Campeche. Il est atteint de la fièvre maya : il visite toutes les ruines possibles. Lorsque les transports en commun ne permettent pas d’atteindre un site, il loue une voiture pour s’y rendre. Et il a même fait une rando de 5 jours dans la jungle du Petén jusqu’au site de El Mirador, où se trouve la plus grande pyramide du monde (en volume). Il a d’ailleurs loué une voiture pour aller visiter les sites de la ruta Puuc le lendemain avec trois collègues d’Espagne, Argentine et du Mexique.
Ce n'est pas Bordeaux, c'est Mérida
Petit spectacle de clown, très bonne ambiance. L'humour du clown fait que les gens restent même au moment de la quête !
Place centrale de Mérida
La petite ville de Valladolid est aussi très agréable pour qui, comme moi, aime rester assis pendant des heures en regardant le soleil se coucher derrière les bâtiments coloniaux, manger quelques antojitos et causer avec son voisin de banc public. A distance raisonnable en bicyclette, se trouvent quelques uns des plus impressionnants cenotes de tout le Yucatán. Il s’agit de grottes traversées par des rivières souterraines. Il y en aurait plus de 10000 dans la péninsule, beaucoup d’entre eux restant à découvrir. Le cenote X’keken du village de Dzitnup est hélas sur la route entre Cancún et Chichén Itzá et se trouve de fait visité par les bus de touristes. Résultat, dix minutes après que j’arrive, une centaine de personnes ont ramené leurs corps tatoués et tartinés de crème solaire, ce qui a quelque peu ruiné la magie de l’endroit ! Au bord de la route sur le chemin du retour, je découvre quelques sites sacrés mayas.
Cenote X'keken
Site maya au bord de la route
Place centrale de Valladolid
Valladolid
Le site archéologique de Chichén Itzá est considéré comme une des sept nouvelles merveilles du monde. Et bien n’ayons pas peur des mots, l’endroit est surcoté ! Si le site est certes fantastique, ses sculptures de style puuc ne sont pas plus impressionnantes que celles d’Uxmal, et son ambiance n’offre pas la magie de Palenque. Par contre, les astronomes de Chichén Itzá étaient fameux et d’après les bribes que j’ai pu glaner des guides passant près de moi, quelques phénomènes sont très intéressants. Par exemple, lors des équinoxes le 21 mars et 21 septembre, un jeu d’ombre et de lumières dessine le serpent à plumes Kukulcán descendant de El Castillo, la principale pyramide du site. Pour être témoin de ce spectacle, il faut cependant non seulement être là au bon moment, mais aussi supporter la présence de milliers de touristes venus pour la même raison. Mais même en temps normal, le site est très fréquenté (cette histoire de merveille du monde, tout comme la proximité de Cancún, semblent être des facteurs prépondérants). Pour ma part, je décernerais la médaille de nouvelle merveille du monde collectivement aux sites mayas du Yucatán, Chiapas, Guatemala et Honduras, sans prétendre que l’un vaut mieux que les autres.
Temple de Kukulcán (c'est quand même beau, Chichén Itzá)
Magnifique sculpture de tigre et aigles dévorants des coeurs humains. Miam !
Cette plateforme servait à exhiber les cranes décharnés des ennemis vaincus. Miam !
Le plus grand jeu de balle du monde maya.
El Caracol, le bâtiment du site dédié à l'astronomie.
Après ma rando dans la Sierra des Cuchumatanes, je me dirige vers la ville de Quetzaltenango, plus connue comme Xela, diminutif de son nom maya. Je compte me reposer dans la capitale des Indiens quiché quelques jours avant l’arrivée de mes parents… mais hélas j’apprends qu’ils ne pourront pas venir. Changement de plan : je prends une navette pour me rendre directement à San Cristóbal de las Casas, dans le Chiapas, au Mexique.
Dans la navette, un petit groupe de hippies parle en français avec un fort accent québécois. L’un d’eux fait tomber son livre, me laissant le temps d’en apercevoir le titre : « La prophétie des Andes ». Je lui demande si je peux jeter un œil, ce qu’il accepte bien volontiers. Ce livre raconte en autres choses que les coïncidences sont en fait porteuses de messages qu’il faut savoir écouter.
Arrivé à San Cristóbal, comme je n’ai pas de point de chute, je suis les hippies jusqu’à un hostal. Le couple de québécois, Pat et Chrystelle, revient de San Marcos, un village assez mystique au bord du lac Atitlán au Guatemala. Ils y ont notamment expérimenté une cérémonie du cacao au cours de laquelle le shaman utilise cette graine pour aider les participants à voyager au sein de leur esprit. C’est là qu’ils ont rencontré leur compagnon de route Olivier, qui lui est Français, boulanger à San Marcos depuis 10 ans.
Les Québécois à l'hostal à Palenque
San Cristóbal de las Casas est une superbe ville coloniale, très (trop ?) bien restaurée, rappelant fortement Antigua Guatemala, en plus grand. Par contre l’ambiance alternative et zapatiste vantée par les guides est plutôt discrète, remplacée par le couple divin Tourisme et Consommation.
San Cristóbal de las Casas
Le soir à l’hostal nous rencontrons un couple dont la femme est Américaine de San Diego et le mari Mexicain du Chiapas. Il était illégalement au Etats-Unis pendant plusieurs années et lorsqu’il a fait la demande de régularisation… ils lui ont dit d’aller faire ses formalités depuis le Mexique. Voilà donc le couple forcé de vivre au Mexique, et comme Madame s’ennuie un peu dans le village de Monsieur, ils ont décidé d’aller passer quelques jours à San Cristóbal. On prend un super petit déj avec croissants, baguette, fruits, yaourt, omelette et café avec eux et les hippies. Kike, le Mexicain, nous conseille d’aller au Cañon del Sumidero.
Entrée du canyon... on s'attendrait à voir les statues de l'Argonath (cf le Seigneur des Anneaux). Sachez que la photo ne montre pas l'endroit le plus profond du canyon... loin de là
Le canyon fait 1000 mètres de profondeur à son maximum. Les Indiens de l’actuel Chiapas, dans un acte de bravoure formidable, se jetèrent d’en haut pour échapper à la torture et à la servitude lors de la conquista. Malgré les nombreux bateaux qui transportent des touristes mexicains et étrangers, de nombreux crocodiles de bonne taille (2 mètres) nagent tranquillement dans les eaux vertes du fleuve. Des singes araignées bondissent de branche en branche dans les arbres surplombant celui-ci. Des pélicans planent au-dessus de ce petit monde. Le spectacle est magique.
Crocodile qui nage dans le fleuve...
... et se repose
Le lendemain, Chrystelle part s’allonger par terre dans le jardin de l’hôtel et coller son oreille contre le sol. Elle revient quelques minutes plus tard : « La Terre m’a dit ce que je devais faire ! Il faut que j’aille à Palenque ! » Face à cette décision prise par la planète, Pat n’a d’autre choix que de s’incliner. En même temps, il y a pire que d’aller à Palenque.
Campagne près de Palenque
Comme je me rends moi aussi à Palenque, je fais le chemin avec eux. Nous allons à la communauté fondée par un hippie qu’ils ont connu à San Marcos. L’endroit est un ancien champ de vaches qui a été relativement reboisé depuis une dizaine d’années. Il y a également un potager, des cactus (je vous laisse deviner à quoi ils servent), des tipis, un temazcal (le sauna maya), et une palapa (cabane ouverte avec toit de palme) pour le yoga et les cérémonies.
Le tipi de la communauté
Il n’y a que 6 personnes qui vivent là. Ils se répartissent les tâches nécessaires au bon fonctionnement de la communauté : préparer la nourriture, prendre soin du potager, nettoyer les bâtiments et le domaine, etc. L’endroit est effectivement très bien tenu et les personnes très propres sur elles (à part la plante de leurs pieds).
A l’heure du dîner, un des membres de la communauté souffle dans un coquillage pour ameuter toute la troupe. Tout le monde s’assoit en cercle, se tient par la main et fait le son OM. Puis on chante une espèce d’action de grâce dans un langage probablement indien. Après, on peut manger. Le repas se déroule dans un relatif silence (pas de grands éclats de rires ou de bruits incongrus), chacun appréciant sa nourriture (végétarienne et biologique) et mangeant lentement. C’est là, finalement, le rôle fondamental d’une action de grâce : permettre aux mangeurs de profiter de l’instant présent, ne penser à rien d’autre qu’à la nourriture et prendre son temps afin de favoriser la digestion. Que l’on soit pratiquant ou pas, je pense que c’est une pratique à favoriser.
Cabane d'habitation
Après le diner, on joue de la musique, on médite un peu et on va dormir. Certain jours, les membres de la communauté organisent des cérémonies dans lesquelles ils font abondamment usage de psychotropes naturels. Mais ce soir, rien de tout cela, et c’est tant mieux parce que je pense que je me serais senti mal à l’aise, étant le seul à ne pas prendre de champignons hallucinogènes et autres cactus.
Avant le petit déjeuner, une séance de yoga collective permet d’éveiller le corps et l’esprit en douceur. Le petit déjeuner est lui aussi végétarien et biologique, avec des fruits qui poussent sur la propriété, le lait tout frais du voisin (ou plutôt de ses vaches) et des céréales complètes. Puis il est temps pour moi de dire Namasté à ce petit monde, en collant les mains face à la poitrine et en inclinant légèrement la tête.
Je quitte aussi mes copains québécois, car j’en ai un peu marre de les attendre : ils aiment beaucoup prendre leur temps, et moi j’en ai de moins en moins, du temps. Je pars donc seul au site archéologique de Palenque. S’il est difficile de décrire les bâtiments par des mots, sachez également que les photos ne rendent pas justice à la majesté du site. La vue ne permet d’apprécier qu’une partie du spectacle. Comme toujours dans la jungle, il faut ouvrir grand ses oreilles pour entendre les oiseaux, les singes hurleurs, mais aussi, et peut être surtout, le silence derrière tous ces sons. Il faut également sentir les odeurs de la forêt, en particulier après la pluie. Il faut utiliser ce sens caché en nous pour sentir l’énergie du lieu. Enfin, c’est ce que disent les Québécois, qui sentent des énergies partout. Mois j’essaye mais ca ne marche pas trop.
Temple des inscriptions à Palenque
Je retrouve Pat en train de faire ses ablutions dans un petit ruisseau qui traverse le site. Je l’y rejoins mais on se fait vite déloger par un gardien et allons nous assoir au sommet d’un temple. En me disant au revoir, il me dit qu’il n’y a pas de coïncidences. Je repense à son livre tombé par terre dans le bus. Et si l’Univers avait voulu que je rencontre ces hippies et que je fasse un bout de route avec eux ?
Palais de Palenque
Sur le temple ou nous nous trouvons, un Français a entendu notre conversation. Il approuve : « Il n’y a pas de coïncidences. » Il a l’air perché sur un nuage. Il parle d’une voix très douce et nous souhaite plein de bonnes choses. Je me demande si c’est l’énergie du lieu ou les champignons vendus par les gamins qui rendent les visiteurs de ce lieu si paisibles et rêveurs ?
Site d'habitations à Palenque
Tout cela me rend bien songeur et c’est à peine si je me rends compte de l’averse qui me tombe dessus sur le chemin du retour. Je n’ai pas mangé depuis le matin et mon estomac me le fait savoir. Mon sac est lourd. La pluie ruisselle sur moi. Et pourtant, je me sens bien (mais je n’ai pas mangé de champignons, hein !)
Petite cascade dans la jungle sur le site de Palenque
Je m’arrête à un camping où j’accroche mon hamac à une palapa. Demain, je partirai pour la ville coloniale de Campeche, au bord du golfe du Mexique, à environ 4 heures de bus de Palenque. Un hippie me dit : « Il paraît c’est très beau, mais je ne connais personne qui y soit allé. » Depuis 25 ans, il a passé l’équivalent de 10 ans de sa vie à Palenque…
Représentation d'un personnage en stuc
A Nebaj, je m’offre les services d’un guide pour une randonnée de 3 jours dans la Sierra des Cuchumatanes, qui m’emmènera jusqu’au village de Todos Santos Cuchumatán. Le guide s’appelle Diego, un Indien Ixil, qui parle en plus de l’Ixil le Quiché et l’Espagnol.
Départ de Nebaj
Un autre marcheur nous accompagne, mais seulement le premier jour : un jeune Suisse allemand qui vient de passer un an au Guatemala, à ne rien faire de particulier. Nous entamons le franchissement d’une montagne surplombant Nebaj. Au passage du col, nous pouvons admirer Nebaj en contrebas, et le village d’Acul de l’autre côté. Les montagnes sont vraiment superbes et dégagent une grande énergie. Pas étonnant que les Mayas y aient érigé un site de cérémonies au sommet.
Site sacré Maya
Avec mes deux compagnons de rando
Nous redescendons vers Acul, le village de Diego, notre guide. Il y a là une fromagerie sise dans un décor champêtre qui rappelle au collègue Suisse son pays natal. Nous y goûtons un délicieux chocolat au lait préparé avec du lait frais. Serait-ce la première fois que je goûte du lait frais ? Possible. Le goût est fort et délicieux. Le fromage, une sorte de mimolette, est hélas hors de prix, et seuls les riches capitalinos venus passer le weekend en ramènent quelques livres.
Fromagerie de Nebaj
Diego nous emmène jusqu’à sa maison, où nous dégustons la spécialité locale, le Box Bol. Il s’agit d’une pâte de maïs (la même que pour les tortillas et les tamales) cuite dans la feuille comestible d’un arbuste, et assaisonnée de sauce piquante. C’est très bon ; j’aime beaucoup le maïs, et heureusement, car durant trois jours je ne mangerai que cela, sous forme liquide (atol) et solide (tortillas et tamalitos, c’est-à-dire des petits tamales secs et sans viande). Sachant qu’une très faible partie de la bonne somme que j’ai payée à l’agence de randonnée est effectivement payée à Diego, je lui propose de dormir chez lui, pour qu’il n’ait pas à me payer l’hôtel. Il est un peu gêné car le confort est rudimentaire : les lits n’ont pas de matelas et les couvertures sont pleines de puces (les démangeaisons dureront une bonne dizaine de jours). Mais je sens en même temps que ça l’arrange bien et il accepte ma proposition. Quant à moi, cela me permet de voir comment vit réellement une famille d’Indiens dans un village du triangle Ixil (la région délimitée par Nebaj et deux autres villages). Une vie dure, où les enfants se lèvent à l’aube pour aller couper du bois et travailler dans la milpa (champ de maïs), avant d’aller à l’école dans l’après-midi. Une vie où l’on mange des tamalitos et des tortillas tous les jours, où les femmes mettent 4 mois pour tisser un magnifique huipil qu’elles vendront 300€. Mais une vie où tout le monde est vraiment solidaire et où les enfants ne rechignent pas à la tâche. Une vie où l’on ne s’interdit pas de rigoler en famille le soir autour du feu, et de se taquiner gentiment.
Diego nous offre une assiette de Box Bol
La femme de Diego tisse un huipil: 1 heure pour faire une ligne de 1 millimètre !
Le soir, il fait très froid. La femme de Diego me prépare un temazcal. C’est une pièce de terre cuite adjacente à la maison, de forme cubique d’environ 2 mètres de côté. Aucune autre ouverture que la trappe de 50 centimètres par laquelle on entre en rampant. A l’intérieur, seule une bougie permet de discerner quelques marmites remplies d’eau sur le feu. Bizarrement, on n’est pas dérangé par la fumée. En effet, la trappe n’est fermée que lorsque les flammes sont éteintes, et les braises n’émettent pas de fumée. On s’arrose d’eau brulante ou tiède, selon les goûts. Je pense que les Mayas ne s’aspergent pas d’eau glacée pour simuler le bain de neige des Scandinaves, mais je ne me refuse pas ce petit plaisir revigorant.
Le temazcal de Diego
Après le temazcal, je suis incroyablement bien. Je ne sens plus la fatigue de la marche ni le froid. Je reste avec la famille de Diego autour du feu dans la cuisine. La femme de Diego touche les poils de mon bras et me demande à quoi ils servent. Bonne question… Diego me pose des questions sur ma vie et sur la France, certaines un peu naïves : « Faites-vous aussi des cérémonies Mayas ? ». Il prend un air embêté lorsque je lui dis que nous ne consommons pas de tortillas de maïs, mais semble accepter le fait que l’on puisse manger du pain de blé à la place. L’un des fils de Diego, qui travaille dans la construction depuis qu’il a 14 ans, montre à toute la famille la vidéo d’un serpent inanimé à tête humaine. Personne dans la famille ne met en doute l’authenticité de la créature, et je me garde bien de le faire.
Le foyer, au centre de la cuisine
Le lendemain, nous quittons Acul dans les brumes de l’aurore pour une dure journée de marche, qui nous emmènera à 3200 mètres d’altitude au village de Chortiz, où nous passerons la nuit. Le midi nous nous arrêtons dans un petit village pour y manger quelques tamales. Après quelques villages, nous quittons le triangle ixil pour revenir en territoire quiché, mais partout le décor est le même. Des enfants lourdement chargés de bois de chauffe rentrent se réchauffer autour du foyer au milieu de la cuisine. Comme celui-ci n’a pas de cheminée, l’air est très enfumé, mais les gens sont habitués. Les femmes aux joues roses comme des Tibétaines préparent tamalitos et tortillas. Les hommes sont dans leur milpa, occupés à retourner la terre.
Acul dans les brumes de l'aurore
La récompense au passage du col
Le lendemain, nous partons aux premières lueurs de l’aube dans le but d’arriver avant les pluies qui tombent généralement dans l’après-midi. Après Chortiz, le décor change radicalement : après les montagnes couvertes de pins viennent les hauts plateaux rocheux, avec moutons et chèvres pour unique compagnie. A ces altitudes, le maïs ne pousse plus. Seule la pomme de terre résiste à la rudesse de ce climat. Le vent souffle fort dans nos oreilles.
Champ de pommes de terre
Puis vient la redescente vers une autre vallée, face aux tristes flancs de montagne déboisés pour fournir en bois de chauffe les grandes villes indifférentes au sort des campagnes. Nous longeons d’interminables pâturages bordés de superbes murets de pierre qui rappellent l’imagent que je me fais du chemin de l’Inca, cette route qui allait de Quito en Equateur jusqu’à la capitale du royaume, Cusco au Pérou, permettant à l’Inca de communiquer avec les provinces les plus au Nord de son royaume. La végétation, qui ressemble fortement au páramo des Andes, ajoute à cette impression.
Petite rivière au fond de la vallée
Les habitants sont différents aussi : s’ils ont les traits des Indiens mayas, ils parlent ici Espagnol, et les femmes sont vêtues de robes d’un style plus occidental. Les villages se font plus nombreux ; l’impression de grandeur de la montagne l’impression que j’avais de sentir une énergie naturelle n’est plus. Nous arrivons bientôt à la route de Huehuetenango. De là, un court trajet en bus me conduit à Todos Santos.
Les moutons... hors du pâturage
Todos Santos Cuchumatán est, selon moi, un village moche, dont les constructions sont faites de béton et de zinc rouillé. Mais un village moche situé au creux d’une magnifique vallée, où les habitants préservent fièrement leur culture ancestrale, et où tous les habitants, hommes comme femmes, jeunes comme vieux, portent l’habit traditionnel, quelle que soit l’activité à laquelle ils s’adonnent.
Place centrale de Todos Santos Cuchumatán
Un triste évènement vient hélas mettre de l’agitation à Todos Santos. Un homme en train de peindre un bâtiment touche par mégarde un câble électrique et s’électrocute. Les policiers l’emmènent d’urgence au poste de santé d’où il sera transféré à l’hôpital régional un peu plus tard. Je ne sais pas s’il a survécu. Je pars me reposer quelques jours à Quetzaltenango, plus connue comme Xela, avant d’affronter le programme de la mort qu’a prévu mon père pour les trois semaines que mes parents passeront au Guatemala et au Mexique...
Tout le village veut avoir des nouvelles du blessé
Guate, la capitale du Guatemala, est la plus grande ville d’Amérique Centrale, et aussi la plus dangereuse. De plus, j’ai un a priori de Guate comme étant une ville moche et sans intérêt. Je compte donc déposer Dina au bus et filer rapidos d’ici. Seulement voilà, depuis le taxi qui m’emmène à la banque, j’aperçois une superbe arche de style colonial. Le taxi nous dépose dans une rue piétonne. Il est trop tard pour le lèche-vitrines, mais des nombreux bars, restaurants et brasseries stylées font le plein. Nous passons devant d’autres bâtiments de style colonial, notamment un impressionnant bâtiment que je méprends pour une bibliothèque (à bien y réfléchir, cela aurait été vraiment surprenant de voir une bibliothèque de cette importance au Guatemala… c’est en fait le centre de la police nationale). Je décide de rester une journée à Guate pour aller explorer cette zona 1, le cœur de la ville, qui ne m’a pas paru si dangereux que cela à première vue. Et effectivement, il y a de beaux bâtiments coloniaux qui valent la peine d’être vus.
Architecture coloniale à Guate
Un jour en ville étant suffisant à mon goût, je vais à Panajachel, au bord du lac Atitlán. Assez gringolandia, mais pas désagréable. Le soir de mon arrivée, la ville fête le Corpus Cristi. Les enfants se déguisent en conquistadors (ce qui fait un peu penser au déguisement de Wanaragua des Garífunas mais surtout au Güegüense nicaraguayen) et dansent au son des marimbas.
Panajachel fête le Corpus Cristi
Lac de Atitlán
Le lendemain je marche jusqu’au village de Sololá, où a lieu un superbe marché, très authentique. Fait relativement rare, les hommes aussi bien que les femmes portent un costume traditionnel. Les étals débordent de fruits et légumes, produits de consommation courante, habits traditionnels, et bouffe rapide (ce qui ne veut pas dire mauvaise).
Sololá et son marché
Je me rends ensuite vers les montagnes du nord du Guatemala, où les traditions mayas sont fortes et les paysages impressionnants. Nebaj est une petite ville de montagne. L’air y est frais, les montagnes alentours sont vertes et les gens, appartenant à l’ethnie maya ixil, sont très accueillants, come partout au Guatemala d’ailleurs. La région a payé un lourd tribut à la guerre civile qui a ravagé le Guatemala dans les années 80. De nombreux villages Mayas ont purement et simplement été rayés de la carte : les maisons détruites au mortier, les habitants fusillés, car tous les Indigènes étaient suspectés d’appartenir à la guerilla. La majeure partie des survivants se sont réfugiés à Nebaj, au Chiapas (Mexique) voire au Belize, mais certains sont retournés dans leurs villages d’origine.
Cimetière de Nebaj
Marché de Nebaj
La religion maya est fortement pratiquée à Nebaj, souvent mélangée au catholicisme. Par contre, la religion évangéliste, fortement représentée, rejette totalement les cérémonies mayas. Je m’offre les services d’un guide ixil pour essayer de comprendre un peu les croyances mayas. Il m’emmène visiter divers sites sacrés, dont chacun a un rôle particulier.
Monument aux morts du peuple Ixil durant la guerilla
Le premier est un temple maya où j’ai la chance d’assister à une cérémonie. Un prêtre maya allume des bougies, arrose l’autel d’aguardiente (rhum bon marché) et brûle de l’encens afin d’obtenir les faveurs des ancêtres de deux femmes. Je ne sais pas ce qu’elles avaient demandé.
Cérémonie dans un temple maya
Mon guide me montre des sites bien spécifiques : l’un d’entre eux permet aux célibataires de trouver l’âme sœur ; un autre permet aux femmes enceintes en souffrance d’apaiser leurs douleurs.
A l’endroit où se trouve l’autel d’un autre site, se trouvait un arbre magique. Il contenait les plans de machines qui auraient permis le développement de Nebaj. Ses feuilles étaient marquées des lettres N, E, B, A et J. Lorsqu’elles tombaient, elles s’envolaient et voyageaient loin de Nebaj. Les gens venaient du monde entier voir l’arbre et certains, par jalousie, prétendirent qu’il était maléfique et faisait tomber les enfants malades. Ils embauchèrent deux jeunes hommes équipés de scies pour le faire couper. Ces deux hommes ne purent terminer le travail en un jour, et lorsqu’ils revinrent le lendemain, l’arbre était intact ! Ils s’armèrent alors de tronçonneuses pour venir à bout de l’arbre maléfique. Aujourd´hui, les femmes viennent prier sur ce site avec leurs enfants afin de conférer à ceux-ci une grande intelligence.
Site de l'arbre magique
Un autre site intéressant est « la prison », une colline qui renferme les âmes de personnes malades. Si une personne est malade et que la médecine moderne ne peut la guérir, cela signifie que quelqu’un veut du mal à cette personne, et qu’elle est en quelque sorte maudite. Le prêtre maya vient sur cette colline demander aux esprits si l’âme de la personne malade se trouve prisonnière de cette colline. Si elle s’y trouve, les esprits vont informer le prêtre de « l’amende » que doit payer le malade pour guérir, c’est-à-dire du nombre et du type de cérémonies nécessaires pour libérer l’âme du malade. Ces cérémonies s’exécutent sur un site spécial.
Je profite des quelques jours suivants à Nebaj pour me reposer et préparer une randonnée de 3 jours dans la sierra des Cuchumatanes, qui m’emmènera jusqu’au village de Todos Santos Cuchumatán.
Parc central de Nebaj
Notre dernière étape caribéenne nous conduit au Guatemala. Le Guatemala n’est pas franchement un pays caribéen, on est d’accord. Toute la partie est du pays est séparée de la mer des Caraïbes par le Belize. Toute ? Non ! Un village d’irréductibles Garífunas guatémaltèques résiste à l’envahisseur ladino.
L’enclave de Lívingston est une étrangeté au Guatemala.
Tout d’abord, car ses habitants sont Noirs, dans un pays dont la quasi-totalité des habitants sont soit Mayas, soit Ladinos. Ensuite, car c’est un endroit que l’on ne peut atteindre qu’en
bateau. Bienvenue a Lívingston, une bourgade tranquille, où il fait bon vivre.
A Lívingston, comme dans les autres communautés garífunas, on danse la punta, et on en est fier. Différents bars proposent des concerts les fins de semaine, et en semaine sur demande. Manque de chance, on était à Lívingston en milieu de semaine, et comme je souhaite garder un peu de temps pour profiter de l’intérieur du Guatemala et découvrir la culture maya, nous ne profiterons pas des concerts de punta. Et ce n’est pas comme si on n’en avait pas vu, des concerts de punta.
Avant de se diriger vers les froides terres montagneuses de l’intérieur du Guatemala, nous faisons le plein de nourriture gorgée de soleil : tapado (ce que les Créoles du Nicaragua appellent run down), un ragout de fruits de mer cuit dans du lait de coco, et machuca (fofo en Kriol), la purée de plantain accompagnée de poisson cuit dans du lait de coco. Délicieux tout cela.
Sortie de Lívingston sur le Río Dulce
Il est temps d’abandonner la côte Caraïbe et de nous
diriger vers l’intérieur du pays. Nous quittons Lívingston a bord d’une panga en direction du village de Río Dulce, un petit bled situé sur le lago de Izabal. Le lac d’Izabal
donne naissance au Río Dulce, qui se jette dans la mer des Caraïbes à Lívingston. Le voyage en panga est fort agréable, passant entre des gorges couvertes de végétation tropicale, des
petits lacs couverts de nénuphars et s’arrêtant en route pour nous faire profiter d’une source d’eaux thermales.
Sur le Río Dulce
El Golfete, su le Río Dulce
A Río Dulce, nous logeons dans une hacienda, ancienne
ferme reconvertie en hôtel agrotouristique. L’hôtel est très classe, perdu dans la végétation face au lac, avec une piscine dont l’eau n’est même pas verte et qui ne pique même pas les
yeux quand on s’y baigne. L’hacienda dispose de nombreux chemins dans la forêt, mais hélas il faut payer un guide pour avoir le droit d’en profiter.
Hacienda a Río Dulce
La piscine même pas verte
Nous poursuivons vers le nord, et passons la nuit dans une
finca près du village de Poptún ou tout ce qui pousse est biologique et qui a même une piscine naturelle, alimentée par un petit ruisseau qui serpente a travers la forêt.
L’eau y est particulièrement verte, mais c’est normal, et puis cela rafraichit drôlement. C’est un chouette endroit, et comme c’est la basse saison on n’est pas embêté par les gringos.
Cabane dans les bois à Poptún
Piscine naturelle. L'eau est verte, mais là c'est normal.
Le lendemain nous mettons le cap a l’ouest, et passons la nuit à Fray Bartolomé de las Casas. Nous sommes à présent en plein territoire Maya, toutes les femmes arborant le superbe costume traditionnel de la région. Chaque région guatémaltèque a sa couleur de corte (jupe) et son style de guipil (chemise). A en voir les regards plus qu’étonnés et insistants des gens par ici, nous en déduisons qu’ils ne doivent pas voir des Noirs tous les jours par ici. Des Blancs non plus, d’ailleurs. Les enfants de l’hôtel ou nous logeons sont les plus hospitaliers qu’il m’ait été donné de voir. Ils ne se lassent pas de nous dire hola et de nous raconter leur vie. La petite fille sera récompensée par quelques tresses que lui fait Dina.
Le lendemain nous partons pour la capitale, Dina devant retourner à Bluefields s’occuper de ses mouflets.
Désolé pour la mise en page, je crois que c'est l'hébergeur du blog qui est à blamer !
Après le Belize, nous poursuivons sans logique géographique aucune puisque nous retournons à la Ceiba. Depuis que nous avons franchi la frontière entre le Nicaragua et le Honduras par l’intérieur, mon itinéraire est largement chamboulé, alors un peu plus ou un peu moins… le plus important est de découvrir la culture garífuna.
Le vendredi soir, c’est carnaval de la Isla, le quartier Garífuna de la ville, près de l’hôtel où nous résidons. Dans les rues, de nombreux barbecues bien fournis, des stands de bière tous les 10 mètres, des Garífunas qui jouent du tambour entourés de danseurs, de nombreuses scènes qui crachent dela punta ou du reggaeton, et des vendeurs d’artisanat, certains venant d’aussi loin que Roatán ou Tela. Il y a un monde fou, et c’est un carnaval de quartier. Le grand carnaval, c’est pour demain, et ca promet.
Devant l'une des nombreuses scènes
Le lendemain avant la parade, un groupe de jeunes danseurs de Wanaragua, la danse guerrière, parcoure les rues, s’arrêtant à ma demande pour une exhibition. J’achète à l’un des percussionistes sa chemise de style garífuna. Elle puait la sueur, mais je l’avais enfin, ma chemise que je cherchais depuis si longtemps. Au Nicaragua, j’avais demandé à des gens où je pouvais trouver ce genre de chemises. Pour certains, il fallait la faire confectionner sur mesure par un couturier ; pour d’autres, seuls les garífunas pouvaient porter ce genre de chemises. Au Belize, un gamin m’avait dit qu’il avait acheté la sienne au Nigeria ! En tout cas, l’ethiquette de la mienne dit « Made in Thailand ».
Danseurs de Wanaragua
Le début du carnaval de la Ceiba fut est peu décevant. Après un défilé militaire suivi d’un cortège de voitures tunning, apparaissent les finqueros sur leurs étalons. De beaux animaux certes, mais leurs rênes trop serrées les faisaient tellement baver, en plein cagnard, que je pensais que l’un d’entre eux allait s’effondrer d’un moment à l’autre. Ce qui heureusement ne se produisit pas. Après cela vinrent les chars, et les personnages affublés de plumes et de costumes, mais là encore, je fus décu : les chars sont tous sponsorisés par des marques et les déguisements sont assortis : Coca Cola, le maire de la ville, compagnie d’assurance, Salva Vida (la marque de bière, qui n’a pas du en sauver beaucoup, des vies), etc.
Des plumes
La bière et les colliers de perles : les deux accessoires indispendables pour le carnaval
Le même jour se déroule le carnaval de Bluefields, qui constitue l’apothéose des festivités du May Pole, et celui-ci est beaucoup plus authentique. Les danseurs de chaque quartier s’affrontent au cours d’une parade de folie et à la fin c’est Beholden qui gagne. Pas de récupération commerciale, mis à part un unique groupe sponsorisé par une banque. Mais dans 5 ans ca pourrait bien devenir comme la Ceiba, va savoir.
A
la Ceiba les militaires dansent la punta...
... et ils ont de magnifiques tignasses blondes
Heureusement, le carnaval de la Ceiba ne se limite pas aux chars : après vinrent les groupes de danse des différentes villes de la côte : la Ceiba bien sûr, Trujillo, Tela, San Pedro Sula, et même la Moskitia. Les jeunes filles du groupe de la Ceiba se déhanchaient au son des tambours d’une facon très bluefielénienne, mais ne déclenchaient pas l’hystérie du public. Enfin, passèrent les groupes des villages garífunas autour de la Ceiba : Corozal, Sambo Creek et Nueva Armenia, avec les tambours et leurs mémés habillées en costume traditionnel. A la fin du cortége, les joueurs de tambour s’assirent dans la rue et les gens se mirent à danser autour d’eux, laissant un petit billet comme à Roatán.
Groupe de jeunes danseuses ceibeñas
Des tambours
Après la parade, les rues se remplissaient d’une facon incroyable. La nuit promettait d’être longue… pour d’autres. Moi j’allais faire dodo peu après minuit.
Danseuse de
punta
Le lendemain, nous passons la journée dans le village Garífuna de Sambo Creek, où le ranch est le meilleur depuis 4 brothers à Bluefields. L’entrée est gratuite, la musique est bonne, les gens sont causants est la bière pas chère. Je danse comme un crétin et Dina a un peu honte.
Sambo
Creek
D'habitude je ne
prends pas mes assiettes en photo,
mais ce crabe royal surplombant la mer des Caraïbes le méritait
Tout cela fait beaucoup de temps passé au Honduras et il est temps d’aller voir ce qui se passe au Guatemala. Nous partons le lendemain pour Lívingston.
Ciao
!
Après l’agitation de la Moskitia, on s’est dit qu’une semaine tranquille au Belize ne serait pas une mauvaise chose. Mais la raison principale de ce petit tour dans le plus petit pays d’Amérique Centrale était autre : revoir le groupe de punta Amistad de Roatán en vivo, avec cette fois un groupe de danseuses incluant China (la fille de Triunfo de la Cruz).
Ainsi, nous avons traversé d’un trait une bonne partie de la côte Caraïbe du Honduras, depuis Plaplaya, jusqu’à Omoa. C’est un bled sympa où les habitants de San Pedro Sula vont souvent se baigner et manger de délicieux fruits de mer les fins de semaines. Il y a aussi une forteresse édifiée par les Espagnols pour se protéger avec plus ou moins de succès des pirates. C’est probablement une des plus intéressantes du pays, voire d’Amérique Centrale.
Forteresse d'Omoa
Le lendemain, nous parcourons quasiment toute la côte Caraïbe du Guatemala, c’est-à-dire environ 40 kilomètres, de la frontière jusqu’à Puerto Barrios. De là, une lancha (ce qu’au Nicaragua ils appellent panga) nous conduit jusqu’à Punta Gorda dans le sud du Belize. A Punta Gorda, une bonne averse des familles nous attend. Ici, tout le monde semble avoir des locks (même une agente de migration) et porter les couleurs culture (prononcer "kioultcha") vert-jaune-rouge-noir. Enfin, c’est ce que je pensais jusqu’à faire un tour au marché, fréquenté majoritairement par des Mayas Q’eqchi’ aux cheveux raides, les hommes habillés à l’occidentale et les femmes vêtues du corte (jupe) et huipil (chemise) typiques des Mayas du Guatemala, d’où ils sont originaires. Le Belize est un pays extraordinairement métissé : si la majorité des habitants sont Créoles, les Mayas, Garífunas et Ladinos sont nombreux et tous ont l’air de vivre en bonne intelligence. L’Anglais est la langue officielle, mais le Kriol, est la langue la plus répandue. Les Ladinos parlent aussi Espagnol, les Mayas parlent Q’eqchi’ (principalement) et les Garífunas parlent… Garífuna.
Paysage bélizien
Dangriga
La ville est aux mains des Chinois
Nous nous dirigeons sans tarder vers Dangriga, capitale des Garífunas du Belize, et probablement un des plus importants centres de la culture garífuna d’Amérique Centrale. Nous trouvons sans peine le ranch où se produit tous les soirs le groupe Amistad et retrouvons avec plaisir les musiciens et China. Nous commençons à connaitre certaines chansons par cœur (en phonétique, parce que nous n’avons pas eu le temps d’apprendre beaucoup de Garífuna. Enfin, un homme blanc qui parle trois mots de Garífuna, c’est suffisant pour en faire rigoler plus d’un, et c’est bien là le principal.) Le meilleur danseur du groupe Amistad est hélas resté au Honduras faute de passeport (voir la très courte vidéo), mais China et ses deux collègues se dépensent sans compter. L’une d’elle est la meilleure danseuse de punta qu’il nous ait été donné de voir (vidéo). Le samedi soir, nous la retrouvons au ranch de Dangriga, et elle vient danser avec moi… chaud ! Sinon, le ranch est moyen : les DJ parlent tout le temps et coupent les chansons (du bon dansehall) au bout de trente secondes. Ce qui sauve ma soirée, c’est de regarder les gens eux-mêmes. Ils pratiquent le daggering (danse très…. sexuelle) comme en Jamaïque. Ridicule ? A mon sens, oui. Dégradant ? Probablement. Vulgaire ? Totalement. Marrant à voir ? A coup sûr.
Le groupe de danseuses
La super danseuse en action
Les filles de Dangriga s'y mettent
aussi
Lorsque le groupe repart pour le Honduras, nous décidons d’en faire autant, pour deux raisons. Premièrement, le carnaval de la Ceiba nous appelle. Deuxièmement, tout est plus cher au Belize. A part ça, je resterais bien un peu.
Avant de partir, nous allons quand même faire un tour sur un caye ("ki"). Au large du Belize se trouve la deuxième barrière de corail du monde, mais les plages continentales sont moyennes, comme partout au Honduras et au Nicaragua. Il faut aller sur les cayes, ces îlots de sable blanc dépassant de quelques centimètres au-dessus du niveau de la mer (gare à la montée des eaux), plantés de quelques palmiers et entourés de récifs gorgés de coraux et poissons. Ce n’est pas donné, mais c’est chouette.
Arrivée à Tobacco Caye
Le caye le plus proche de Dangriga est Tobacco Caye. Un type me propose de nous y conduire avec son petit skiff (lancha, panga,…). Je parle un peu avec lui en faisant l’effort de parler Kriol. Il me demande si je suis Bélizien. Je le regarde en rigolant… c’est une blague ? Pâle comme je suis et avec mon Kriol de vache espagnole, il me prend pour un Bélizien ? Je lui dis que non, mais que j’habite Bluefields, pensant qu’il connait. Je ne sais pas ce qu’il a compris, mais il est persuadé que j’habite au Belize, et il va nous faire payer le prix pour Béliziens : 25 BZ$ au lieu de 35 BZ$ par tête. Quand je reviens avec Dina, il a dans la tête que celle-ci est originaire de Cayo (Ouest du Belize, près du Guatemala). Dina ne comprend pas sa question et répond d’une façon hésitante que oui, pour lui faire plaisir. Arrivés à Tobacco Caye (où il y a des palmiers mais pas de tabac), le capitaine dit à la gérante d’un hôtel que Dina est de Cayo et qu’il faut lui faire payer le prix pour Béliziens. Trop tard pour dire que non, et puis ça nous arrange bien. Comme nous apportons notre nourriture, nous ne nous en tirons pas mal comparés aux autres gens que nous rencontrons sur place.
Tobacco Caye
Le soir, nous mangeons avec un touriste américain qui est prof d’université en Allemagne. Il aime poser plein de questions et apprend vite que Dina est Nicaraguayenne et que nous nous sommes connus à Bluefields. Arrive ensuite la gérante de l’hôtel, qui aime aussi poser plein de questions.
Que faisons-nous à Cayo ? Je travaille dans une ONG
Dans quelle partie de Cayo habitons-nous ? En ce moment nous n’habitons nulle part, nous sommes en voyage.
Mais avant, où habitions-nous ? Près du marché.
Etc, etc.
Et là, le touriste américain : "Mais vous parlez la même langue au Nicaragua et au Bélize ? " Il a rien capté le bougre. S’ensuit un dialogue assez gênant pour nous mais en fin de compte la gérante pense que Dina est originaire de Bluefields, que nous nous sommes connus là-bas, et que depuis deux ans nous vivons ensemble à Cayo. Grace à ce petit mensonge nous payons deux fois moins cher que le touriste américain. Le capitaine du bateau me confiera que c’est la norme au Belize : le touriste paye double.
Le caye est un chouette endroit pour se reposer, explorer le récif, qui n’a cependant rien de comparable avec ceux de Roatán ou Corn Islands, et danser un peu de punta le soir. Le groupe local n’a pas le talent du groupe Amistad, loin de là (selon Dina, "dem no can beat", et elle n’a pas complètement tort) mais ça défoule. En quittant le caye, nous apercevons des dauphins qui s’approchent amicalement du bateau, comme pour nous souhaiter bonne route.
Apres la Ceiba, nous continuons notre découverte de la cote Caraïbe du Honduras vers l’est en direction de Trujillo. Trujillo est une petite ville très agréable. De fait, c’est la ville la plus chouette dans laquelle nous soyons passés depuis que nous sommes au Honduras. L’architecture, sans présenter une grande cohérence, a un coté sympathique, allant du chalet suisse à l’église coloniale espagnole.
Trujillo
Trujillo
Près de Trujillo se trouvent quelques villages garífunas. Nous avons passe une journée à Santa Fe, le plus grand d’entre eux. La plage, les palmiers… rien de bien nouveau sous le soleil. Le soir, nous avons eu la chance d’assister à une répétition du groupe de danse local : une dizaine de jeunes dansant sur les rythmes de Punta et de Wanaragua joués par leurs camarades.
Santa Fe
Ensuite, nous nous rendons vers la Moskitia. Cette région transfrontalière abrite une variété d’ethnies au Honduras et au Nicaragua incluant Garífunas, Miskitus, et d’autres peuples Indigènes. Deuxième plus grande portion de foret tropicale des Amériques, la Moskitia est un paradis pour la faune et la flore.
L'option que nous avons choisie pour nous y rendre est le bus depuis Corocito, près de Trujillo, en direction d’Iriona. Un de ces bons vieux trajets en bus scolaire américain sur une route défoncée. Mon voisin a passé 4 heures à cracher par terre. Pas par la fenêtre, dans le bus. Et comme il ne visait pas très bien, il en foutait la moitie sur son siège et l’autre moitie sur le dossier du siège de devant. Pendant ce temps, le sac de maïs au dessus de ma tête se désintégrait et m’arrosait lentement mais régulièrement de grains sans que ca ne paraisse déranger la propriétaire. Les passagers s'envoyaient des bidons d'eau qui roulaient dans l'allée centrale, ce qui n'intéressait pas les propriétaires qui se racontaient des bonnes blagues en Garífuna au fond du bus.
Arrives à Iriona, je pensais aller rendre visite a un groupe de Garífunas originaires d’Orinocco au Nicaragua, avec qui nous avions voyagé dans le bus entre Managua et Tegucigalpa. Une vingtaine de personnes, de tous les âges, qui se rendaient à Iriona pour y étudier le Garífuna, qui comme je le disais précédemment, a quasiment disparu du Nicaragua. Mais le bus nous a laissés au port d’Iriona, qui se trouve à quelques kilomètres du village. Le port est majoritairement peuple de ladinos et ce n’est évidemment pas la que nous rencontrerons les Nicas. En un sens ce n’est pas plus mal, car c'es du port que nous pourrons franchir une petite rivière et poursuivre en camionnette sur la plage en direction de Batalla, au bout de la route.
Iriona
Ceci fut un cayuco
Le lendemain, les locaux nous informent que les premières camionnettes passent dans l’après-midi en direction de Batalla. Pour ne pas attendre au port d’Iriona sans rien faire pendant des plombes, nous embarquons à bord d’une petite barque qui transporte des matériaux de construction en direction du village Garífuna de Sangrelaya. A Sangrelaya, nous assistons à une répétition d’un groupe d’improvisation de jeunes locaux qui déclenche des éclats de rire à chaque réplique (ce qui, il faut l’avouer, est plus dû a la nature joyeuse des locaux, qu’au sens de la repartie des protagonistes). A Sangrelaya, les camionnettes passent parfois par la plage, parfois par le chemin traversant le village, et parfois par le chemin contournant le village du côté de la rivière, c’est-a-dire opposé à la plage. Je n’ai pas bien compris comment on est sensé savoir ou attendre. Nous avons attendu dans une petite échoppe à peu près au milieu et avisé les gens un peu partout que nous souhaitions nous rendre a Batalla. Lorsque la camionnette est passée côté rivière, une de nos sentinelles l’a arrêtée pour nous.
Groupe d'improvisation de Sangrelaya
Vers Batalla
A Batalla, les camionnettes sont attendues de pied ferme par bon nombre de vagos à l’affut des voyageurs auquel ils pourront extorquer quelques pesos pour avoir descendu leur sac de la camionnette. L’un d’entre eux est particulièrement pénible et nous nous refugions dans la petite guinguette d’un vieux Garífuna qui vend de l’infusion de citronnelle et des petits gâteaux pour trois fois rien. Un pipante (comme une panga en plus long et moins large) nous emmène vers notre prochaine destination : Plaplaya qui est, je l’apprendrai par la suite, le village de naissance d’Aurelio Martínez, illustre chanteur de parranda.
L'arrivée des camionnettes à Batalla
Nous n’avons pas vu Aurelio Martinez à Plaplaya en ce jour de fête des mères. Par contre, nous avons bien vu la bande de types patibulaires, flingues a la ceinture, en train d’enquiller les bières près du terrain de foot. L’un d’eux avait un fusil. Pas de chasse, non, un fusil similaire à ceux de la police hondurenienne. Au Honduras il n’est pas rare de voir des flingues. Tous les magasins ont leur garde armé d’un fusil à pompe. Le vigile à l'arrière du camion Coca Cola a le sien aussi. Le gardien d'hotel se contente d'un modeste revolver. Jusque là, tout est normal. Ce qui l'est moins, c'est que beaucoup de civils friment avec leur arme. Mais, autant d’armes qu’à Plaplaya, je n’avais jamais vu cela avant. La Moskitia est connue pour être un repaire de narcotrafiquants, mais il ne semble pas que cela dérange l’Etat, puisque nous n’y avons vu aucun policier, ni militaire.
La Moskitia en pipante
Lorsqu'ils ont commencé à etre bien allumés de bière et de ganja, les narcos se sont mis à tirer en l'air, et sur les poules qui passent près d'eux. Et tout le monde avait l'air de trouver cela normal. Là, tu te demandes franchement dans quel village de tarés tu es tombé. Tu te demandes ce qui va suivre. Vont-ils choisir quelqu'un au pif et le shooter, juste pour s'en payer une bonne tranche ?
Pour le soir, j'avais prévu d'aller voir les tortues pondre leurs oeufs sur la plage. Le propriétaire de l'hotel, un bonhomme sympathique, m'avait recommandé un guide sérieux. Mais à cause du climat pour le moins désagréable qui règne dans la communauté, je décide de ne pas y aller. A la place, les gens de l'hotel nous proposent d'aller danser au rancho avec eux. La perspective de partager une discothèque avec un groupe de narcotrafiquants armés, saouls et drogués ne nous attire guere. A cela s'ajoute qu'il faudra rentrer seuls (probablement) en pleine nuit dans cette communauté inconnue et menacante. Nous restons sagement à l'hotel à écouter les flingues pétarader dans la nuit. Le lendemain nous prenons le bateau à 4 heures du matin pour nous éloigner le plus rapidement possible de ce village de fous. Direction : le Belize, un coin bien plus tranquille.
Jeune habitante de Plaplaya
La Ceiba est la ville la plus importante de la côte Caraïbe du Honduras. Pas franchement jolie, elle est par contre animée et festive, surtout les weekends.
Centre de la Ceiba un dimanche après-midi
Peu après avoir posé nos sacs à l’hôtel, nous entendons au loin le son inimitable des tambours garífunas. Nous nous approchons : il s’agit d’un meeting politique du parti national. Les robocops de l’entrée nous informent que nous ne pouvons pas passer car seuls les maires de la région peuvent participer à l’événement. Ca sent un peu l’arnaque car juste après nous un campesino entre avec sa machette, son sombrero et ses bottes de cowboy. Mais bon, on ne peut rien y faire, et puis ici, les policiers arborent gilet pare-balles et fusil a pompe, alors on leur dit Monsieur et on obéit. Quelques heures plus tard, Luís, l’ami de Dina originaire de la Ceiba, nous appelle et passe nous voir à l’hôtel. Luís est musicien dans le groupe Black Man’s Soul, un groupe qui se produit tous les ans à Orinocco, la capitale des Garífunas du Nicaragua, lors de l’anniversaire de la fondation du village. Ce groupe a une particularité : tous ses membres ont un statut de diplomate pour services rendus à la nation. Lorsque nous retournons au congrès du parti national avec Luís, étrangement, les policiers nous font des courbettes et nous prient de bien vouloir passer, et de passer une excellente soirée. Hélas le quart d’heure punta est terminé. Mais les petits fours ne sont pas mauvais.
Admirez le cablage... pas facile de s'y retrouver
A part cela, rien de bien folichon à la Ceiba et si nous avons passé une semaine en ville c’était surtout pour régler un petit problème avec ma banque. Une fois le problème réglé, nous avons mis le cap sur Roatán, un des lieux phares pour le tourisme au Honduras. Il faut dire que jusque là, nous n’avons pas vu des hordes de touristes depuis Bluefields. A Roatán nous nous dirigeons directement vers West End, le village touristique par excellence : un genre de Little Corn Island en plus grand, avec plus de touristes et moins de locaux.
West End
Ce qui est chouette à Roatán, c’est la plongée. Comme je ne peux pas faire de plongée avec bouteilles, je me contente de faire du masque et tuba depuis la plage, et c’est déjà fantastique. Par rapport à Little Corn Island, la barrière de corail est plus rapprochée de la cote. Nul besoin de nager pendant une demi-heure, le récif commence à 10 mètres de la plage. Et les coraux sont extraordinaires : de toutes les tailles, toutes les formes et toutes les couleurs imaginables. Il y a des pics, des cavernes dans lesquelles on peut passer et ressortir de l’autre cote, etc. Je repense à Phil, un copain anglais qui a travaillé à blueEnergy et qui me disait que les Caraïbes ne valent rien pour la plongée… le vieux blasé. J’ai côtoyé des tortues pas farouches, des raies aigles nageant en couple, des poissons très étranges. Comme Dina ne fait pas de nage avec masque et tuba, on a fait un tour dans un bateau à fond de verre, ce qui m’a permis de prendre des photos. Loin d’être effrayés par le bruit du moteur, les poissons s’approchent et nous regardent par la vitre. Sympa.
Apres avoir passe deux jours sur la plage à se reposer de tant voyager (oui, c’est fatiguant), nous nous dirigeons vers le village garífuna de Punta Gorda, toujours sur Roatán. Or, Roatán est l’île par où la culture Garífuna est arrivée en Amérique Centrale, en provenance de l’île de Saint Vincent dans les Antilles. Donc j’espère trouver à Punta Gorda une sérieuse culture Garifuna. Et je n’ai pas été déçu, entre la délicieuse Machuca que j’ai mangée (poisson cuit dans du lait de coco accompagne d’une purée de plantains murs) et les deux jours de punta endiablée, cela valait le coup.
Punta Gorda
Il est temps de parler un peu des musiques et danses garífunas qui sont absolument extraordinaires. Le groupe garífuna traditionnel est composé de : tambours, maracas, carapace de tortue et conque. Les tambours sont de deux types : le large segundo donne le rythme de base grâce a un son grave ; le primero dispose souvent de deux fils métalliques en travers de la peau d’animal, lui conférant une sonorité aigue et légèrement métallique. Le joueur de primero est un musicien plus expérimenté ou talentueux qui prend plus de liberté pour improviser. Les maracas sont en calebasse remplies de petites billes. La carapace de tortue provient d’une tortue de rivière (la carapace est plus dure que celle des tortues de mer) frappée avec une baguette de batterie. Enfin la conque ou coquillage est un instrument à vent à deux tons rappelant le cor. Elle intervient par intermittence durant les chansons, apportant un coté énergique qui euphorise les danseurs. De nos jours, une guitare s’ajoute souvent aux instruments traditionnels et le chant est plus saccadé : c’est le style punta rock.
Il existe de nombreux types de danses garífunas. La plus courante est la punta. C’est une danse qui se pratique lors des velorios, lorsqu’une personne est décédée. Les versions diffèrent quant à la raison pour laquelle on danse lors d’un velorio ; a priori cela a quelque chose à voir avec les esprits. Nous avons eu la chance de voir un velorio à Tornabé mais n’avons pas osé entrer dans la maison (il parait qu’on aurait pu, mais ca fait bizarre de rentrer chez des inconnus en deuil). Mais la punta n’est pas dansée que lors des velorios et les amateurs de danse profitent de la moindre occasion pour montrer leurs mouvements.
Une petite vidéo de punta (cliquez sur le lien).
Jeune danseuse de Punta Gorda
Parmi les nombreuses autres danses garífunas, la plus spectaculaire est sans conteste le Wanaragua. A l’origine les Garífunas sur l’île de Saint Vincent étaient en conflit avec les rosbifs. Or, ils savaient que les anglais n’attaquaient pas les femmes. Ils eurent donc l’idée de tous se déguiser en big mama, avec des masques, des chapeaux, des gros seins et des grosses fesses (bon, j’en rajoute par rapport aux livres d’histoire) allant jusqu'à porter des gants pour se couvrir les mains. Ainsi, lorsque les anglais arrivèrent pour se battre, ils ne trouvèrent que des femmes dans le village. Désorientés, ils constituèrent des victimes faciles lorsque ces prétendues femmes se mirent à les tabasser. Depuis, les Garífunas célèbrent cette victoire sur les stupides rosbifs par le Wanaragua, la danse guerrière.
Vidéo de Wanaragua par Black Men’s Soul (Luís est un des deux personnages qui sautent dans tous les sens, China est la femme en rouge qui chante).
Mais revenons à Roatán. Le groupe la Amistad qui jouait a disposé un pot dans lequel les spectatrices et spectateurs de 3 à 80 ans pouvaient laisser une petite contribution. En général, ils en profitaient pour montrer leurs talents de danseurs. Ceux qui ne savent pas danser comme ceux dont le style est le plus extravagant déclenchent d’immenses éclats de rire.
La Amistad
Sur le bateau qui nous ramène vers le continent, nous tombons sur le guitariste et un des percussionnistes de la Amistad, en route vers Dangriga au Belize ou ils se produiront durant deux petites semaines. Je leur demande s’ils connaissent China, la danseuse de Triunfo de la Cruz. Effectivement, ils la connaissent et elle va danser avec eux au Belize. Comme nous aimerions bien voir danser China et que nous allons passer au Belize, peut-être que nous les reverrons là-bas… En attendant, nous allons vers la Moskitia à l’est de la cote caraïbe du Honduras.

Je sais, ca fait cliché
Tela est la troisième ville en importance de la côte Caraïbe du Honduras. Un peu plus grande que Bluefields et peuplée de Ladinos et de Garífunas, je m’attendais à une ambiance similaire. Mais il faut avouer que Tela ne m’a pas semblé avoir le charme suranné (déglingué ?) de Bluefields. Mais il faut du temps pour apprécier Bluefields, et c’est peut-être pareil pour Tela.
Tela avait certainement plus de charme dans le temps, lorsque la majorité des bâtiments étaient en bois style créole. A la différence de Bluefields, ce n’est pas un ouragan qui a détruit les maisons en bois, mais les habitants. Ils ont choisi de reconstruire en béton pour le confort, la sécurité (contre les vols et les incendies) et pour l’apparence. J’ai dit l’apparence, pas l’esthétique.
Tela et son parc central...
Mais ce qui manque surtout à Tela à mon goût, c’est de la bonne musique dans la rue. A Bluefields, la musique Caribéenne est omniprésente : socca, reggae, dancehall proviennent de tous les taxis, maisons, restaurants et magasins de la ville, si bien qu’où que l’on soit, on entend toujours du bon son.
Mon guide de voyage est un Lonely Planet Amérique Centrale de 2004 dans lequel les prix des hôtels face à la mer sont très raisonnables. Mais depuis 2004, les hôtels ont probablement été refaits et les prix ont plus que triplé. Je cherche alors un hôtel en retrait. Après être passé cinq fois devant l’endroit où est sensé se trouver l’hôtel, je demande au propriétaire d’une petite gargote. L’hôtel se trouvait juste de l’autre cote de la rue. C’était une construction en bois : l’endroit est à présent occupé par les fondations d’un édifice en béton.
... son front de mer
Afin de trouver un endroit bon marché, je demande aux hippies qui vendent des artisanats sur la plage. L’un d’entre eux, natif de Tela, me propose de camper chez lui. Par contre, nous ne pourrons pas avoir accès aux toilettes parce qu’il faudrait entrer dans la maison, et sa femme ne veut pas. Je lui dis que c’est un peu un problème, quand même, et que nous allons réfléchir.
Finalement, nous trouvons un hôtel correct et pas trop cher, mais un peu excentré. Je retourne me balader du côté de la plage et retombe sur le hippie, qui me donne quelques conseils de sécurité : « si un type dans la rue te demande un peu de sous, sois sympa avec lui et donne lui 10 lempiras (environ 0,40€). Il te demandera peut-être vers où tu vas et assurera ta protection dans le quartier. Si tu n’es pas sympa avec lui… il va t’arriver des problèmes. » Bien reçu.
... sa plage
Le hippie me demande aussi ce que je suis venu faire ici. Il soupçonne que je cherche de la drogue. Je lui dis qu’il n’en est rien, je souhaite seulement faire plus ample connaissance avec les peuples indigènes et afro-descendants d’Amérique Centrale. Très bien me dit-il, je suis tombé au bon endroit pour connaitre la culture garífuna (sans blague). Il y a justement près de nous quelques groupes de femmes garífunas qui vendent du pain de coco (qui soit dit en passant n’est en rien comparable au délicieux pain de coco de Bluefields). Il leur explique que je souhaite découvrir la culture garífuna : leur musique, leurs danses, leur cuisine, leur langue… « Très bien, et qu’est-ce qu’il va nous donner ? » Le temps que le hippie m’explique qu’elles ne partageront rien si je ne paye pas, elles ont déjà tourné le dos. «Les vale verga y un pedazo de coño que tu t’intéresses à leur culture. » La bienséance m’interdit de traduire.
... sa baie
Après Tela nous décidons de nous rendre dans les villages garífunas des alentours. Par chance, dans le bus pour nous rendre à Tornabé, Dina reçoit un appel de Luís, son ami Garífuna qui vit à La Ceiba. Il a une amie qui est de Tornabé. A Tornabé, une femme monte dans le bus : « Le Français et la Nicaraguayenne, venez avec moi ! » Jeaneth a une quarantaine d’années, elle parle francais, anglais et patois (anglais créole) en plus de l’espagnol et du garífuna. Elle est passionnée par la culture de son peuple et la défense de l’environnement et des droits de l’homme. En plus de cela, elle est pour le moins affable et éclate sans arrêt, d’un rire très Caribéen.
Jeaneth nous emmène dans un musée garífuna. C’est en fait la maison d’un vieux bonhomme fin connaisseur de la culture et de l’histoire des Garífunas. J’y achète un livre : La Cultura Garífuna. Par la suite, tous les Garífunas qui verront ce livre le trouveront fantastique. Il est en fait très médiocre mais c’est un des seuls ouvrages qui abordent le sujet. Jeaneth nous aide ensuite à trouver un endroit où loger – jamais vu une chambre d’hôtel qui puait autant, je crois qu’une famille de rats logeait dans le matelas – puis nous présente sa mère et sa sœur, qui cuisinera pour nous.
Pêcheur garífuna
Le lendemain, nous décidons de nous rendre à la communauté voisine de Miami. Au cas où vous ne le sauriez pas, Miami est un village de pêcheurs garífunas d’une centaine d’âmes, dont les maisons sont construites en canne et en palme, sans électricité. On se demande vraiment pourquoi les gens font tout un foin de ce Miami. De fait, c’est un des plus beaux endroits qu’il m’ait été donné de voir. Pour quelle raison les habitants y ont-ils maintenu l’architecture traditionnelle garífuna ? Cela reste pour moi un mystère, alors que toutes les constructions de Tornabé, mises à part quelques cabanes touristiques sur la plage, sont en béton.
Architecture traditionnelle garífuna à Miami
Les habitants de Miami sont intrigués par la visite d’une Garífuna Nicaraguayenne, qui ne comprend pas un mot de leur langue. En effet, les Garífunas du Nicaragua ont adopté la langue majoritaire de la Côte, c’est-à-dire l’anglais. L’espagnol est pour eux une langue secondaire, et le Garífuna n’est plus parlé en tant que langue maternelle que par un nombre réduit de personnes, âgées pour la plupart. Ils trouvent aussi très amusant de voir un français essayer de parler leur langue, notamment s’y reprendre à 5 fois, livre sous les yeux, pour dire « enchanté de faire votre connaissance. »
Miami beach
Après Miami, nous allons dans deux villages garífunas de l’autre côté de Tela. A la Ensenada, nous profitons de la plage et des fruits de mer, avant d’aller à Triumfo de la Cruz. Nous allons rendre visite à China, la sœur de Jeaneth. China, en plus de diriger un restaurant à Triumfo de la Cruz, est danseuse professionnelle de punta (le rythme garífuna le plus courant). Elle nous informe qu’elle se rendra au Belize dans quelques semaines pour y donner quelques représentations. Malheureusement, nous n’y serons probablement pas à ces dates-là.
Retour de Miami
Le lendemain, nous quittons les environs de Tela, direction : la Ceiba.
La Ensenada
Remonter la côte Caraïbe du Nicaragua n’est pas chose facile. Le transport commercial y est quasiment inexistant, et le transport privé, pour le moins irrégulier. La rumeur dit qu’il existe un bateau qui voyage entre Puerto Cabezas et Bluefields une fois par mois, mais pour trouver le bateau en question, bon courage. Par contre, il y a des pangas qui partent deux fois par semaine vers Karawala, une communauté à environ quatre heures de Bluefields en panga, c’est-à-dire quasiment à mi-chemin de Puerto Cabezas.
Nous avons tenté notre chance de ce coté. Au pire, je savais par mon ami et collègue Hector que nous pourrions nous loger dans un petit hôtel là bas.
Dans cette communauté indigène, nous avons l'impression d'être arrivés dans un autre pays. Bien que les habitants soient Ulwas, ils parlent tous en Miskitu et nous ne comprenons rien à ce qu’ils se disent entre eux. Mon Miskitu est vraiment basique, mais heureusement ici tout le monde parle Espagnol et Anglais (créole). De toute façon, les gens ici ne sont pas très causants. Ah, détail notable, si le concours existait, Karawala obtiendrait probablement le titre de communauté la plus propre de la côte Caraïbe du Nicaragua.
Karawala
De Karawala, il n’y a pas de transport vers Puerto Cabezas. Il faut aller à Sandy Bay Sirpi (la petite Sandy Bay) d’où, selon les locaux, « des pangas privées partent régulièrement vers Puerto Cabezas ». Bon, ca a l’air bien, Sandy Bay est à environ une heure de marche de Karawala ; nous allons voir ce qu’il s’y passe… mais en moto : en effet, selon les locaux, il y a pas mal de jeunes dans le coin « qui aiment bien fumer du crack et braquer les gens, surtout ceux qui ne sont pas d’ici ». Pas de problème, il y a des motos qui vous emmènent pour moins de 3€. Nous trouvons un chauffeur qui nous assure qu’il n’y a pas d’autre motos qui font le trajet vers Sandy Bay, et donc qu’il doit m’emmener en premier, puis revenir chercher Dina. Le trajet n’est pas désagréable et le chauffeur me parle un peu de la vie à Karawala, et notamment du problème des jeunes générations qui « aiment bien fumer du crack et braquer les gens », et m’assure qu’avec les anciennes générations il n’y a pas de problèmes. Il me laisse au pied d’un petit pont piétonnier qui traverse un cours d’eau, en compagnie de deux chiens sauvages et du bruit des tronçonneuses au loin, et part chercher Dina. De l’autre côté du pont, me dit-il, se trouve Sandy Bay. Une fois le chauffeur reparti, trois silhouettes se profilent au loin, venant de Sandy Bay. Je devine à leur démarche que ce sont des jeunes, et l’un d’eux a une machette à la main. J’espère qu’ils ne font pas partie des fameux « jeunes qui aiment bien fumer du crack et braquer les gens ». Je m’approche de mon sac duquel dépasse ma machette et m’efforce de prendre un air détaché. Les jeunes passent en me jetant un regard en coin.
Dina arrive en moto
La communauté de Sandy Bay s’étend en effet de l’autre coté du pont. D’abord très éparses, les maisons sont plus rapprochées au fur et à mesure que nous nous rapprochons du centre. Le conducteur de la moto nous a recommandé d’aller chez Doña Victoria, gérente d’un petit hôtel sur la plage d’où nous pourrons guetter les allées et venues de pangas. Doña Victoria est une sympathique mama mariée à un Créole. Elle nous informe qu’elle souhaite également se rendre à Puerto Cabezas, et qu’une panga devrait partir cette semaine, mais elle ne sait pas quel jour.
La savane autour de Sandy Bay
Sandy Bay
Du coup, il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre. J’en profite pour faire un tour sur la plage et assiste au calvaire des tortues marines attendant d’être transportées sous les maisons des pêcheurs qui les ont capturées. Elles y seront posées sur le dos pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que le pêcheur décide que le moment est venu de les tuer, généralement pour en consommer une partie et vendre le reste. Elles sont une dizaine, d’une bonne centaine de kilos chacune. Sans vouloir blâmer les pêcheurs qui ne font que poursuivre une tradition millénaire qui leur permet de nourrir leur famille, je ne souhaite pas participer à l’extinction accélérée de ces reptiles si émouvants lorsqu’ils nagent gracieusement dans les eaux transparentes des Caraïbes.
Une des malchanceuses du jour
Vers midi, Doña Victoria vient nous demander si nous souhaitons manger.
«Bien sur, qu’est-ce-que vus nous proposez ?»
« De la tortue. »
« Ah. Et à part ca ? »
« C’est tout. »
Durant les 5 jours que nous avons passé à Sandy Bay, nous n’avons mangé quasiment que de la tortue, comme tout le monde dans le village (et ce, bien que la période de pêche à la tortue soit officiellement terminée). Le pire c’est que je dois bien avouer que la viande de tortue est délicieuse.
Une fois que la viande est détachée de la carapace, celle-ci est rotie
Au cours de ces 5 jours, nous avons crû à plusieurs reprises que nous allions pouvoir partir pour Puerto Cabezas. Un jour, Doña Victoria nous informe que Suru, le panguero qui devait l’emmener à Puerto Cabezas partira dans l’après-midi. Elle ne partira pas, mais m’indique où le trouver. Il me confirme qu’il partira à 3 heures de l’après-midi et nous emmènera pour 800 C$ (près de 30€) chacun. Une belle somme, mais il n’y a pas le choix, et puis c’est ce que les locaux ont l’habitude de payer. Plus tard, Doña Victoria me confie que Don Suru est en train de s’alcooliser sérieusement. Je commence à me demander si c’est une bonne idée de partir en panga en pleine mer, avec un Miskitu bourré, alors que le temps se fait menaçant et qu’en partant vers 3 heures nous devrions arriver de nuit. Mais il n’est pas nécessaire de me poser trop de questions : lorsque je retourne voir Suru vers 3 heures, il roupille la bouche grande ouverte en plein soleil, devant sa maison. Pour lui, le réveil sera désagréable.
Le surlendemain, alors que nous nous baladons du côté du terrain de baseball, un homme d’allure sérieuse nous aborde :
« C’est vous qui cherchez à aller à Puerto Cabezas ? »
« Oui, vous aussi ?»
« Non, mais Kaliman part chercher mon chef ce matin. Il a dit qu’il partait vers 7 heures. »
Il est près de 9 heures, mais nous cherchons quand même où il habite. La mère de Kaliman est seule à la maison : il est déjà parti.
Il y a une autre option pour se rendre à Puerto Cabezas : des pangas se rendent régulièrement (pour de vrai) jusqu’à Kuanwatla, un village perdu au milieu de nulle part, entre Sandy Bay et Puerto Cabezas, mais légèrement à l’intérieur des terres. De là, nous pourrions trouver une embarcation qui nous emmènerait jusqu’à Puerto Cabezas. Selon les habitants de Sandy Bay, la probabilité de trouver une panga depuis Kuanwatla vers Puerto Cabezas est encore plus faible que depuis Sandy Bay. Reste l’idée de marcher durant environ trois jours sur des plages fréquentées de bandits et de narco trafiquants en tout genre. Parlez de ce projet à n’importe qui au Nicaragua et il vous dira la même chose. C’est une très mauvaise idée.
Panga immobile à Sandy Bay
Au bout de 5 jours, nous nous sommes lassés de manger de la tortue et de glandouiller toute la journée. Nous sommes retournés à Bluefields (encore), décidés à nous rendre au Honduras sans plus perdre de temps. Le retour en panga a été mouvementé : les trombes d’eau qui se sont abattues sur nous ont désorienté le panguero, qui nous a menés durant une bonne demi-heure sur une fausse route. Ajoutez à cela qu’il a entassé les passagers dans la panga comme des parigots dans un métro un jour de grève de la RATP, sans compter les poissons (dans la panga, pas dans le métro). Résultat : il n’y avait pas assez d’essence pour atteindre Pearl Lagoon, et nous avons attendu au milieu de nulle part qu’une autre panga vienne nous ravitailler. Nous sommes arrivés à Bluefields juste à temps pour prendre une autre panga, direction el Rama, puis le bus jusqu’à Managua. Le lendemain, nous achetons les billets de bus direct pour San Pedro Sula, dans le nord du Honduras, où nous passerons une nuit, avant de nous rendre sur la côte, à Tela.
Retour en panga vers Bluefields
Mon voyage a commencé à Corn Island avec l’idée de prendre le bateau de nuit vers Bilwi (Puerto Cabezas), la ville du Nord de la côte Caraïbe du Nicaragua. Hélas, finalement le bateau a été annulé et j’ai passé une semaine à Corn Island pour rien…
Enfin, ce n’est pas très grave. Comme d’habitude à Corn Island, il y a eu : des plages de rêve ; de l’excellent snorkelling ; de la langouste ; du poisson ; de la bonne musique. Bref, de quoi passer quelques jours pas trop pires.
Dina (à droite) et sa cousine Vivian à Little Corn
Peu de surprises donc pour cette première étape, si ce n’est quelques rencontres sous-marines : requins nourrisses, différentes espèces de raies et des tortues. Avec un temps ensoleillé et une très bonne visibilité, je me suis bien fait plaisir.
A Corn Island, il y a deux îles. La grande, avec ses hôtels pour riches touristes, et ses pensions familiales ; ses grandes plages de sable blanc bondées les weekends et vacances scolaires mais aussi sa petite plage gazonnée et déserte face aux récifs coralliens ; son ranch (boîte de nuit) très sympa au bord de l’eau ; son unique route qui fait le tour de l’île et ses taxis. Big Corn Island, c’est un peu Bluefields en plus petit, plus joli, plus Créole… et les plages en plus. Little Corn Island, sans route, avec son ranch pas terrible mais avec ses innombrables petites plages désertes et superbes, ses nombreux spots de plongée et ses activités pseudo hippies genre feu de camp sur la plage, attire plus les visiteurs étrangers.
Moi, j’aime bien les deux alors j’ai passé quelques jours sur chaque île. Bon, la vérité c’est que sur Little Corn il n’y a pas de distributeur de billets donc il a bien fallu que je rentre sur Big Corn quand les reales commençaient à manquer. Mais, la Semaine Sainte était terminée, les pensions étaient vides, les plages quasi désertes, et les prix bien plus accessibles que sur Little Corn, donc j’y ai passé du bon temps quand même.
Big Corn Island
Comme je le disais donc, peu de surprise jusqu’à présent mais la vraie aventure commence demain : nous partons à Karawala, un village Miskitu situé entre Bluefields et Puerto Cabezas. De là… on verra bien.
Après maintes hésitations et autant de prolongations de contrats, j'ai décidé de tourner la page blueEnergy. Vous allez donc avoir le privilège de revoir ma sale trogne très bientôt en France... mais avant cela, je vais profiter quelques mois de la grande richesse culturelle de l'Amérique Centrale.
Au programme : remonter la côte Caraïbe du Nicaragua, du Honduras, du Guatemala, du Belize et du Yucatan, pour ensuite redescendre par l'intérieur des terres du côté du Chiapas, Guatemala, Honduras et enfin revenir vers Bluefields. L'idée est d'aller découvrir d'un peu plus près les traditions des habitants de ces régions, en particulier les Indiens et Afro-descendants : Miskitus, Garífunas et Créoles sur la côte Caraïbe, Mayas au Chiapas et au Guatemala. Mais comme c'est aussi des vacances, je n'ai pas oublié mon équipement de snorkeling (plongée masque et tuba) et mon maillot de bain pour profiter des plages paradisiaques.
Je pars avec Dina, une copine Garífuna de Bluefields qui a très envie de découvrir les villages Garífuna du Honduras et du Belize, où les traditions de ce peuple sont bien mieux conservées qu'au Nicaragua. C'est lors d'un voyage au Nicaragua qu'Andy Palacio, le plus grand musicien Garífuna contemporain décida de consacrer son oeuvre à la sauvegarde des traditions de son peuple. En efet, au Nicaragua les jeunes ne parlent plus la langue Garífuna et les passionantes traditions chamaniques et la médecine naturelle ne sont connues que des anciens, faute de jeunes intéressés pour prendre la relève.
Première étape de ce voyage : Corn Island, les îles paradisiaques des Caraïbes Nicaraguayennes, dont je vous donnerai des nouvelles bientôt.